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Anima – Introduction (2006-2007)

Anima – Roman

Mais l’amour de la nature sauvage est plus qu’une soif de ce qui est hors d’atteinte ; c’est aussi une affirmation de loyauté à l’égard de la terre, cette terre qui nous fit naître, cette terre qui nous soutient, unique foyer que nous connaîtrons jamais, seul paradis dont nous ayons besoin – si seulement nous avions les yeux pour le voir. Le péché originel, le vrai péché originel, est la destruction aveugle par simple appât du gain de ce paradis naturel qui nous entoure – si seulement nous en étions dignes.

Lorsque je parle de paradis, je veux dire le Paradis, pas le banal Ciel des saints. Lorsque j’écris le mot « paradis » je ne pense pas seulement aux pommiers d’amour et aux femmes d’or mais aussi aux scorpions et aux tarentules, aux mouches, aux serpents à sonnette et aux monstres de Gila, aux tempêtes de sables, aux volcans, aux tremblements de terre, aux bactéries et aux bouquetins, aux cactus, aux yuccas, à la coquerelle, à l’ocotillo et au mesquite, aux torrents de boue et aux sables mouvants et, oui, à la maladie et à la mort et à la pourriture de la chair.

Edward Abbey, Désert solitaire, 1968, Gallmeister, 2010, p. 218.

Première partie

Vallée de la Mort, désert de Mojave, printemps 2006

I

Elle évoque quelque planète lointaine dont le ventre de sel, aride et brûlant, serait balafré par de longues routes d’asphalte. Ces veines de sang noir, bouillonnantes, miroitantes sous le soleil, à deux pas des roches nues, sont ici l’un des rares témoignages de la société des hommes. Sur ces lignes droites et monotones, sur ces frêles nervures dont un regard versé des hauteurs dirait tout le dérisoire, on voit passer parfois des patrouilles de police, de gigantesques camions aux chromes rutilants et des véhicules tous terrains affrétés par les touristes.

La Vallée de la Mort est une griffure profonde imprimée en diagonale sur le poitrail de l’Amérique. Ici, on a enregistré, il y a près d’un siècle, l’une des températures les plus élevées du globe. Cette terre, les randonneurs doivent l’effleurer avec prudence, au péril de leur vie.

Sur le cœur de l’entonnoir, ce matin-là, alors qu’un soleil rouge s’est déjà imposé, menaçant, prêt à dévorer l’espace, il n’y a aucune présence humaine. Le vent règne en maître, sculptant le basalte, le calcaire et la dolomite, faisant chanter les dunes de sable fin, découpant les plaques de sel en forme de saucières, déplaçant même quelques mégalithes avec la lente assurance d’un géant. La pluie est rare. Seule la rosée vernit patiemment la roche sur laquelle des peuples disparus ont gravé leurs rituels.

L’univers et l’espace n’existent pas en dehors du regard créateur de l’homme, prétendent certains. Il faut croire que, ce jour-là, le monde, tel un chaos enténébré, une masse informe, ne se reflète pas dans l’œil du coyote, du serpent ou de l’aigle et que ces animaux eux-mêmes n’existent pas puisque les hommes distraits, occupés ou endormis, les ignorent.

Puis, soudain, à l’horizon, aux marges de cette terre aride qu’encroûtent d’immenses nappes blanches, apparaît une ombre mince, gondolée et fluette, une ombre agitée comme une flammèche qu’une brise intermittente ferait virevolter. Serait-ce une parcelle de cette conscience du monde dont l’homme se croit l’unique détenteur, un touriste isolé, un promeneur ? Ou bien un simple mirage, un phénomène de réfraction, scientifiquement explicable, comme le ciel qui, en raison de la chaleur, brille près du sol et se grime en oasis. II y a un mouvement de plus en plus perceptible, une forme déjà discernable, une matière progressivement dégrossie par le regard de l’observateur. Une tête, deux bras, un buste et deux jambes, puis ce déhanchement caractéristique, ce balancement flegmatique des épaules ; cela ne peut-être qu’un humain en déplacement, seul, à pied, au milieu du désert de sel, un individu jonglant avec sa propre mort.

Il n’y a rien ni personne d’autre que ce randonneur calme dont la marche régulière, décidée, fière, est presque provocante. Cet être-là n’a pas encore de sexe. Mais il s’approche de l’invisible, des pierres qui roulent, des concrétions et des dunes ardentes, des cactus et des prosopis secs et décharnés, des animaux galopant et rampant, en somme de ces mille regards vivants ou pétrifiés constamment braqués sur lui. Il se trouve désormais à la merci de cet œil inhumain et multiple qui le considère avec curiosité.

L’étranger a l’aspect androgyne. Ses cheveux sont longs, souples, flottant légèrement sur son dos et ses épaules déployées. Son visage est délicat, à la fois émacié et doux, jeune et lumineux, presque virginal. Il existe toutefois quelque chose de proprement masculin dans sa musculature fine et ferme, dans le froncement de ses sourcils, dans le triangle abrupt et sensuel de son visage. Il ressemble à l’image que l’on se fait du Christ dans certaines cultures, mais un Christ métis, mi-indien, mi-espagnol, avec une chevelure de jais et des yeux clairs de nordique. L’homme suggère le syncrétisme religieux, l’entrelacement culturel, le lien entre le passé et l’avenir, le minéral et l’animal. Il fait songer à un saint de bois polychrome, à ces statues aux peintures écaillées dont il possède en même temps la sécheresse et les couleurs vives. Il est une sorte de totem, un dieu à la figure naïve qui recèlerait une grande profondeur aux détours de son écorce rugueuse ; une tunique de lin sale, bariolée comme un poncho, lui enserre d’ailleurs le torse et le haut des cuisses.

Sa marche est une pulsation régulière, un battement de cœur qui rythme l’espace insolite, la Vallée de tous les extrêmes. Le pas est volontaire mais lent. Il évoque la cadence d’une procession péruvienne, celle du Señor de los Milagros, le Seigneur des Miracles, ce Sauveur brun que l’on promène sur un brancard, chaque automne, dans les rues de Lima. Mais ici, il n’y a pas de foule, de descendants d’Incas drapés de violet et ceinturés de blanc arborant pieusement leurs scapulaires. Ici, pas de brochettes de cœur de bœuf, de gelée de maïs noir ou de gâteau de miel que l’on savourerait en admirant le crucifié, ni recueillement ni prières, ni guitares ni mise à mort de taureau, seulement l’immensité du ciel et ce désert parcouru par un étranger auréolé de poussière.

L’oreille devine l’écho sans vraiment l’entendre car tout, au centre de la Vallée, est résonance, silence accompagné, sourds et brefs fracas de rafales, lents chuintements du vent. La chaleur est accablante. Lorsqu’ils descendent de leurs voitures climatisées, croyant communier un instant avec la vie sauvage, les touristes sont happés par un souffle torride et suffocant. Le randonneur, lui, ne paraît pas souffrir. Il y a un contraste saisissant entre la désolation supposée du désert, sa rudesse, et l’air de sérénité rayonnant sur son visage. L’effort de la marche, bien sûr, est tangible, mais comme un murmure, un bruit de fond, une plainte étouffée et patiemment supportée.

Certains indiens du Mexique, dit-on, sont capables de parcourir, en petites foulées, plus de cent kilomètres sans interruption. Mais ici, le plus endurants seraient déjà morts, déshydratés. Qui est cet homme ? Un clandestin ? Comment aurait-il pu remonter si loin vers le Nord, depuis la frontière, et pourquoi se dirigerait-il maintenant vers le Sud, en direction de Furnace Creek ? Un voyageur ? Seul, sans voiture ni provisions d’eau suffisantes ? Serait-ce alors un illuminé, un fou, un drogué ? Mais la pupille de l’étranger ne reflète ni cette lueur de rage et d’extase, ni la froideur absolue, terrifiante, qui caractérise certaines formes de folie ou d’égarement mystique.

Il n’y a apparemment en lui rien de craintif, d’agressif ou de douloureux. Il semble au contraire en pleine osmose avec cet environnement hostile. Il donne l’impression de porter un regard omniscient et gourmand sur le monde, de pénétrer avec la même vigueur l’espace et le temps. Il paraît avoir sondé les profondeurs du lac Manly, pourtant asséché depuis des millénaires et qu’un hiver particulièrement humide a en partie ressuscité l’année précédente. Il connaît sans doute chaque recoin de la Vallée, chaque espèce de mammifère, de reptile et de poisson comme ces petits pupfish survivant dans quelques piteuses mares d’eau salée. Il a vu les couleurs qui émaillent la Palette de l’artiste, l’ocre jaune, le vert, le bleu et le rouge de la roche oxydée ; ou encore le spectacle somptueux qu’offre la plaine depuis la Perspective de Dante sur le versant des Montagnes noires ; il n’ignore sûrement pas les témoignages de la présence indienne et les vestiges d‘une civilisation plus récente avec ses villes fantômes et ses mines abandonnées…

Le soleil pointe maintenant au zénith. La température est insupportable. Mais l’homme poursuit son chemin sans ouvrir le grand sac qu’il porte en bandoulière et dont la lanière lui cisaille les flancs.

Les associations que nous soutenons

http://www.allianceanticorrida.fr/
L’Alliance Anti-corrida agit contre la torture et la mort données en spectacle
http://www.actioncontrelafaim.org/fr

L’organisation humanitaire Action contre la Faim, a été créée en 1979. Elle fait partie de la seconde génération des ONG (Organisations non gouvernementales), celle des “French Doctors”, ces médecins français qui en 1968, au moment de la guerre du Biafra, se sont révoltés contre le silence des humanitaires, liés par le secret et pourtant témoins des pires horreurs. Voulant forcer ce silence en dénonçant l’injustice, ces ONG ont ajouté le témoignage à l’action.

4e6fbf191294e12f3c03807c8775583c_400x400L’ASPAS oeuvre pour la protection de la faune sauvage, pour la préservation du patrimoine naturel et pour la défense des droits des usagers de la nature.

Elle mène des campagnes d’information pour mobiliser l’opinion publique et interpeller les élus . Elle réalise des expositions, des diaporamas et édite des guides et brochures pour sensibiliser le grand public à la nécessité de protéger les milieux et les espèces. Elle demande l’arrêt de la chasse le dimanche, réhabilite les animaux dits « nuisibles », protège les oiseaux migrateurs vis-à-vis de la chasse, etc.

Croc Blanc a pour vocation de :
Recueillir, via des familles d’accueil, des chats et des chiens et des nac (lapins, rats, gerbilles,…) abandonnés, maltraités ou errants.
Les soigner, les nourrir, les faire stériliser, vacciner et éventuellement les rééduquer
Les faire adopter
Mettre en place des campagnes d’information ayant pour but de limiter les abandons, d’enseigner les bases du comportement et des besoins des animaux, ainsi que les aspects légaux et civiques.
Agir en amont, via le Resto Animo, en fournissant alimentation, accessoires, soins et conseils aux personnes en difficultés financières afin de leur permettre de conserver leur animal.

https://www.sheldrickwildlifetrust.org/
The David SheldrickWildlife Trust – A lifetime dedicated to the protection and preservation of Africa’s Wilderness and it’s denizens, paticularly endangered species as such elephants and Black Rhino
http://www.30millionsdamis.fr/

Lutter contre les abandons, contre l’expérimentation animale et les trafics d’animaux, sensibiliser l’opinion, faire évoluer les lois et le statut de l’animal. L’action de la Fondation ne se limite pas aux animaux abandonnés et au territoire français. Notre lutte s’impose partout où les animaux souffrent et ont besoin de reconnaissance.

http://www.help-primates.org/index.html

Le projet HELP (Habitat Ecologique et Liberté des Primates) se compose de deux associations partenaires : HELP Congo et HELP International.
HELP Congo est une association congolaise loi 1901 créée en 1990. Le domaine d’action de cette ONG est la protection des primates, en particulier celle des chimpanzés, et de leur habitat. Elle agit en République du Congo.

http://www.l214.com/

L214 agit par des actions ciblées, dans les médias et sur le terrain pour changer la condition des animaux élevés et abattus pour la consommation. Par des campagnes de sensibilisation, nous luttons par exemple contre l’élevage en cages des poules pondeuses, le gavage des canards ou l’élevage des lapins en batterie. Nos actions s’adressent notamment aux décideurs politiques ou enseignes de la grande distribution qui tiennent entre leurs mains le sort de millions d’animaux.
Avec ténacité, nous parvenons à changer les choses. Suite à nos actions, Monoprix a retiré les oeufs de batterie de sa marque d’enseigne.

http://www.fondationbrigittebardot.fr/

La Fondation Brigitte Bardot

Histoire d’un combat

Brigitte Bardot a mené la carrière que l’on connait sans que jamais ne s’estompe sa passion pour les animaux. Elle découvre qu’elle ne peut limiter son amour à ses propres animaux, tant la misère de tous leurs congénères est importante. Elle décide de relever le défi et voue son existence à cette cause difficile qu’est la protection animale (…)
http://www.ifaw.org/france
IFAW sauve des animaux.
Nous sauvons des individus, protégeons des populations entières et préservons leurs précieux habitats.
 La mission des amis de J.A.C.K est la préservation et la sauvegarde des chimpanzés de République Démocratique du Congo
http://janegoodall.fr/

Depuis 38 ans, l’Institut Jane Goodall a engagé des programmes de recherche sur les chimpanzés et de protection de la biodiversité. L’Institut Jane Goodall dispose par ailleurs de programmes d’aide au développement durable des populations, et d’un vaste programme mondial éducatif. 

http://www.kalaweit.org/
L’association Kalaweit (loi française 1901) a été créée en France en 1997. Son objectif est la sauvegarde des gibbons et de leur habitat en Indonésie. C’est aujourd’hui le plus grand projet de sauvegarde des gibbons au monde.
https://www.lpo.fr/

Forte d’un siècle d’engagement avec plus de 46 000 adhérents, 5000 bénévoles actifs, 400 salariés sur le territoire national et d’un réseau d’associations locales actives dans 79 départements, la LPO est aujourd’hui la première association de protection de la nature en France. (Consultez la carte du réseau d’associations locales LPO)
Elle œuvre au quotidien pour la protection des espèces, la préservation des espaces et pour l’éducation et la sensibilisation à l’environnement.

http://www.msf.fr/

Médecins Sans Frontières est une association médicale humanitaire internationale, créée en 1971 à Paris par des médecins et des journalistes (…)

http://www.one-voice.fr/

À travers son combat, One Voice, force de résistance et de proposition, ouvre des pistes de réflexion et d’action qui apportent une réponse aux problèmes que nous dénonçons : violences infligées aux animaux, réchauffement climatique, déforestation, pénurie et pollution de l’eau, crise alimentaire et sanitaire…

http://www.planfrance.org/
  • Plan international intervient depuis plus de 75 ans dans 51 pays, auprès des enfants les plus exclus. 1,3 million d’enfants sont aujourd’hui parrainés dans le monde.
http://www.welfarm.fr/

WELFARM – Protection mondiale des animaux de ferme est une organisation française, dont la mission a été Reconnue d’Utilité Publique par arrêté préfectoral du 16 avril 2010, qui travaille au niveau international en partenariat avec de nombreuses autres organisations de défense des animaux.

http://www.seashepherd.fr/

Fondée en 1977, Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) est une organisation internationale à but non lucratif de conservation de la faune et de la flore marines. Notre mission est de mettre un terme à la destruction des écosystèmes marins et au massacre des espèces dans le but de conserver et de protéger la biodiversité des océans du monde entier (…)

Nous sommes Survival, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes. Nous sommes la seule organisation qui se consacre exclusivement à la défense des peuples indigènes du monde entier. Nous les aidons à défendre leurs vies, protéger leurs terres et déterminer leur propre avenir.
http://www.toitamoi.net/

TOIT à MOI AIDE LES SANS-ABRI à CHANGER de VIE

– D’abord en les LOGEANT dans de vrais appartements
– Ensuite en  les ACCOMPAGNANT de manière importante pour les aider à résoudre leurs problématiques
– En créant du LIEN SOCIAL par exemple boire un café, partager un repas, aller à un concert, etc.

http://www.tchendukua.com/
Fondée en France en octobre 1997, Tchendukua – Ici et Ailleurs, association loi de 1901, réunit celles et ceux qui souhaitent préserver un mode d’existence basé sur le respect de la nature, des autres et la recherche de l’équilibre.
http://www.wwf.fr/
WWF – France

Adepte d’une action fondée sur le dialogue et le respect de l’autre, le WWF oeuvre au quotidien pour construire un avenir où l’Homme vit en harmonie avec la nature.

L’horreur du broyage des poussins vivants: 36 parlementaires interpellent le ministre Le Foll

Trente-six députés et sénateurs de tous bords* demandent au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll de mettre fin à la pratique du broyage et du gazage des poussins dans les couvoirs.
Par question écrite, les élus ont soulevé que dans la production d’oeufs de consommation, “seuls les nouveau-nés femelles sont conservés (…) et les poussins mâles sont détruits : en effet, n’ayant pas les mêmes caractéristiques que les poulets élevés pour leur chair, ils sont considérés comme inutiles par la filière avicole. En France, ce sont environ 50 millions de poussins mâles qui sont ainsi éliminés de façon particulièrement cruelle au premier jour de leur vie : déchiquetés vivants à l’aide de broyeuses, gazés ou étouffés.” (…)
Lire la suite sur le site de l’association L214 

Algérie: le sort dramatique des tailleurs de pierre

http://appels-urgents.peuples-solidaires.org/appel-urgent/tailleur-pierre-algerie?constituent=3&canal=emailing-change&utm_source=emailing-change&utm_campaign=AU381
Une tragédie silencieuse se déroule en Algérie où les tailleurs de pierre respirent des particules qui condamnent beaucoup d’entre eux à une mort certaine. L’introduction de nouvelles techniques de taille, avec du matériel importé de Chine, est montré du doigt (…)

Lire la suite et signer la pétition sur le site de Peuples solidaires:
http://appels-urgents.peuples-solidaires.org/appel-urgent/tailleur-pierre-algerie?constituent=3&canal=emailing-change&utm_source=emailing-change&utm_campaign=AU381

Violence et faillite de l’Etat, de Calais au barrage de Sivens

La gestion du projet de barrage de Sivens dans le Tarn et ses conséquences dramatiques, la mort d’un jeune homme de vingt-deux ans, Remi Fraisse, suscitent colère et indignation. Colère contre certains agriculteurs irresponsables et leur représentant, la FNSEA, qui ne voient presque toujours que l’intérêt immédiat et catégoriel plutôt que l’intérêt général. Colère contre les institutions locales – chambre de commerce, conseil général -, qui font preuve de la même partialité, des mêmes calculs à courte vue sans jamais penser la globalité du problème auquel ils sont confrontés: pire en occultant délibérément les données qui gênent les projets de certains de leurs adhérents ou administrés dont ils espèrent les suffrages. Colère aussi contre une partie de la classe politique nationale, dont l’aveuglement n’a d’égal que la partialité dans la gestion des crises: la gauche de gouvernement qui, au-delà des discours lénifiants de campagne électorale, se moque en réalité comme d’une guigne de l’environnement ; cette gauche qui a préféré évincer Delphine Batho que déplaire aux lobbies productivistes, ce pouvoir dont l’un des ministres allait sans honte mégoter les quotas de pêche européens visant pourtant à protéger des espèces marines gravement menacées ; colère aussi contre cette opposition de droite, incarnée notamment par François Fillon, qui n’a, comme Jean-François Copé ou Bernard Accoyer, toujours rien compris à l’urgence de limiter, sinon d’arrêter la destruction fulgurante et massive de notre biotope. Sans parler de Nicolas Sarkozy qui prétend revenir sur l’interdiction d’exploiter le gaz de schiste. Consternation enfin à la lecture de certains articles de presse, qui ironisent sur l’opposition du barrage de Sivens, un journaliste écrivant même le plus sérieusement du monde qu’à ce titre, on n’aurait jamais construit le canal du Midi au XVIIème siècle ! Comment faire comprendre à ce “chieur d’encre” qu’au XVIIème siècle, la population mondiale ne s’approchait pas des huit milliards d’habitants, que les terres n’étaient pas empoisonnées par les pesticides, que les fleuves et les océans n’étaient pas saturés de métaux lourds et de déchets plastiques, que la rareté des ressources en eau n’était pas constamment aggravée par le changement climatique et l’élevage intensif, en un mot que l’on n’avait pas encore modifié de manière irrémédiable l’état de la planète et mis en cause la survie même d’une partie des espèces vivantes. Comment faire comprendre enfin à tous ces Diafoirus que les temps ont changé, que les passéistes, ce ne sont pas les militants écologistes (je veux dire les vrais par tous ces pitres médiatiques, ces figurants politiques si nombreux, rouge-vert ou écolo-libéraux, qui ont fait de cette belle cause un banal enjeu de pouvoir, un vulgaire fond de commerce ou le misérable exutoire de leurs obsessions idéologiques). Non, les passéistes, ce sont eux, eux qui refusent obstinément de voir que cette fuite en avant est criminelle, que le fait de détruire encore plus de zones humides, de pomper toujours plus d’eau pour produire et de consommer encore davantage, consiste à nourrir un Moloch insatiable.

La faillite et la responsabilité de l’Etat géré par François Hollande est très grave. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec la situation actuelle de la ville de Calais. Si les faits sont très différents, l’absence de réaction, de réflexion politique, est la même et ses conséquences sont désastreuses. L’envoi de CRS ou de gendarmes à Calais, à Notre-Dame-des-Landes, dans le Tarn, en d’autres termes l’emploi de la force publique – ce cache-misère -, précède souvent des abandons de projet en rase campagne et autres hypocrites reculades d’un pouvoir incapable d’anticiper et de trancher. Est-ce donc là toute la solution à la complexité du monde en ce début de XXIème siècle ? N’est-ce pas plutôt un aveu d’impuissance ? A une échelle différente, la mort du jeune Rémi Fraisse évoque la situation indigne dans laquelle les émigrés illégaux sont aujourd’hui obligés de vivre dans la mesure où elle est le fruit de la même abdication, du même aveuglement d’une autorité totalement discréditée et irresponsable. Ce pouvoir, qui devait soi-disant apaiser les conflits, ne fait en réalité que les exacerber en raison de son indifférence et de son aveuglement volontaire. Et, de même que la situation intolérable des émigrés abandonnés à Calais, a rendu possible des batailles rangées entre clandestins et permis l’instrumentalisation de ce désastre par le Front national, de même, l’incapacité à gérer la crise de Sivens a fait le jeu d’autres extrêmes et provoqué la mort d’un jeune homme de vingt-deux ans. Tout autant qu’un pouvoir tyrannique, un pouvoir faible, incapable de décider, apparaît comme l’un des pires pourvoyeurs de la violence et de la déliquescence du contrat social.