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Prises d’intérêts et réseau d’influence sous l’Occupation

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, « Prises d’intérêts et réseau d’influence sous l’Occupation », laurentdingli.com, février 2017. Mise en ligne 22 février 2017. Dernière mise à jour : 19 octobre 2017.

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L’industriel Hermann Röchling portant l’insigne du NSDAP

A l’automne 1944, alors qu’il était poursuivi pour collaboration, François Dupré, P-DG de l’hôtel George-V, livra aux enquêteurs une information capitale. Afin de prouver la pureté de ses intentions, il révéla qu’au début de l’année 1941, il avait organisé une rencontre entre un Allemand, Alexander Kreuter, et un avocat américain, Charles C. Parlin, « proche du président Roosevelt ». L’entrevue aurait eu lieu dans les salons de l’hôtel George-V, en plein Paris occupé, alors que les Etats-Unis et l’Allemagne n’étaient pas en guerre. La rencontre aurait eu pour but de préserver les intérêts des futurs Alliés. Un Américain naturalisé français, Henry Seymour Weller, se portait garant des affirmations de Dupré. D’après son témoignage, Kreuter et son associé Röchling auraient été abattus par la Gestapo après l’attentat manqué contre Hitler, le 20 juillet 1944, ce qui allait se révéler inexact. Weller prétendait en outre que Kreuter avait injecté 400 MF dans des entreprises françaises afin de détourner ces fonds de l’économie de guerre allemande[1].

Disons-le tout de suite : cette version des faits, très peu convaincante, est infirmée par l’examen des sources. Loin d’avoir organisé une quelconque « résistance » financière, le geheimrat (conseiller privé) Alexander Kreuter participa au contraire à la mainmise nazie sur l’économie française.

Le dossier d’épuration de François Dupré fut le point de départ d’une vaste recherche qui allait nous permettre de mieux cerner le système mis en place par Kreuter sous l’Occupation. Les sources traitant de ce sujet sont abondantes et, pour l’essentiel, inédites. La découverte de ces documents soulève la question du financement des prises d’intérêt allemandes dans l’économie de l’Europe occupée, question indissociable de la spoliation des Juifs –, les mesures antisémites, économiques et militaires formant un tout dans la vision du monde nationale-socialiste. Enfin, nous serons amenés à nous interroger sur les relations nouées entre les milieux d’affaires américains et l’Allemagne nazie avant, pendant et après de la Seconde Guerre mondiale.

Une mystérieuse négociation

Weller, Parlin, Kreuter…, qui étaient réellement les protagonistes de cette mystérieuse rencontre ?

Henry Seymour Weller est né à Milwaukee dans l’Etat du Wisconsin, le 22 juillet 1893, fils de Henry Seymour et de Pearl Davis. Envoyé très tôt dans un internat de Genève, formé au Haverford College puis à l’Université de Stanford, il se rendit pour la première fois en France, le 4 juillet 1917, comme engagé volontaire dans l’American Field Service”, organisation qui recrutait des combattants parmi les étudiants américains. Officiellement démobilisé le 25 juillet 1919, titulaire de la Croix de guerre, il fut employé dans la succursale de Chicago de la banque new-yorkaise Dillon, Read & Co, dont son oncle par alliance, Clarence Dillon, était le dirigeant[2].

Le banquier Clarence Dillon (au centre) © Harris & Ewing – American Legacy s.d. Image ID# 3AB6D430

Dillon & Read, c’était le dernier né du capitalisme financier américain, un enfant dont l’appétit d’ogre avait été stimulé par la situation catastrophique de l’Europe, sortie exsangue et endettée de la Grande Guerre. Dillon & Read, ce fut aussi l’un des multiples rouages qui fit vaciller Wall Street et précipita le monde dans une crise économique sans précédent. Dillon & Read, ce fut enfin, pendant le second conflit mondial, puis la Guerre froide, un Etat au sein même du plus puissant Etat de la planète.

A l’origine de cette réussite exceptionnelle : Clarence Dillon. « C’est un joli garçon, brun avec de beaux yeux et pas du tout la mâchoire carrée de l’homme d’affaires », s’amusa Louis Thomas dans L’Intransigeant, en octobre 1926, alors que toute la Presse française glosait sur l’installation imminente de la banque américaine en Europe[3].

La maison William H. Read, créée en 1905, était encore un établissement d’envergure moyenne quand son fondateur croisa la route de Clarence Dillon. Né en 1882 à San Antonio au Texas, Dillon était issu d’une famille de commerçant relativement aisés. Diplômé de Harvard en 1905, employé de la compagnie du gaz de Milwaukee, il s’était marié puis avait passé deux ans en Europe avec l’intention d’étudier les Beaux-Arts. Mais ce fut pour les affaires qu’il montra rapidement de remarquables dispositions. Avec son beau-frère Douglas, il fonda la Milwaukee Machine Tool Company, entreprise rapidement menée à la prospérité puis revendue à des conditions avantageuses[4]. En 1913, de passage à New-York pour placer son argent, il croisa fortuitement un ancien condisciple qui le présenta à son employeur, le banquier William Read. En quelques années seulement, Dillon s’imposa comme l’un des associés de l’affaire dont il prit la direction après de la mort de Read, en 1921. Dès lors, la société, rebaptisée Dillon, Read & Co, connut un développement spectaculaire.

La banque profita en effet du contexte de la crise financière de 1920 pour asseoir sa puissance. Premier coup de maître : elle renfloua la société Goodyear pour 100 millions de dollars à un moment où les capitaux hésitaient à investir. Forte de son succès, elle plaça sur le marché américain les obligations d’une société d’électricité japonaise, prit le contrôle de l’Union Oil Company, assura le sauvetage des automobiles Dodge, finança plusieurs Etats souverains ainsi que des municipalités : 50 millions de dollars pour le Brésil en 1921, 150 millions de florins pour la Hollande l’année suivante, 30 millions de dollars pour la ville de Milan… Dillon Read venait de poser son regard d’aigle sur l’Europe, investissant en Pologne, en France, en Italie et, surtout, en Allemagne. Ses dollars permirent de relancer l’industrie lourde de l’ancien Reich, notamment les géants Siemens et Thyssen. Dillon Read acquit en outre un part notable de l’héritage du magnat de l’acier Hugo Stinnes dont l’empire était en liquidation[5]. C’est pour cette raison, qu’après la Seconde Guerre mondiale, et sans craindre l’anachronisme, le PCF dénonça la banque américaine comme étant responsable du réarmement allemand. Il est vrai que Dillon & Read se garda bien de rompre, après 1933, ses liens avec les industriels allemands. Fritz Thyssen avait d’ailleurs largement contribué au financement du NSDAP avant l’accession au pouvoir d’Hitler. Il faut préciser que dans les années vingt, Dillon & Read proposa un prêt de 25 millions de dollars à la jeune Union soviétique en échange du droit d’exploiter la mine de potasse de Solikamsk[6]. L’intérêt financier l’emportait alors nettement sur les choix idéologiques contrairement à ce qui serait de règle pendant la Guerre froide.

Hugo Stinnes par Franz Richard Scholz, 1935 (d’après une photo de 1910)
Öl/Leinwand © Deutsches Historisches Museum, Berlin

Quoi qu’il en soit, Dillon & Read s’était imposé en moins de cinq ans comme l’une des premières banques d’investissement au monde, devançant les Rothschild sur le marché sud-américain, rivalisant avec la toute puissante Morgan en Europe. Entre 1921 et 1926, la société vendit au public américain des émissions nouvelles de valeurs pour un montant d’environ deux milliards de dollars. Suivant la déclaration faite par Clarence Dillon lui-même devant la commission des Finances du sénat français en 1932, sa banque avait déjà émis à cette date 252 millions de dollars d’obligation uniquement pour l’Allemagne[7].

Afin de mieux suivre les affaires européennes, la firme new-yorkaise fonda en janvier 1928 une société anonyme, The Dillon Read Corporation, dont le siège était à Hartford dans le Connecticut et qui fut dotée d’un capital de 250 000 dollars[8]. En fait, dès juillet 1926, Henry Seymour Weller se rendit à Paris en compagnie du vice-président de la banque, William M. L. Fiske[9]. Il ne s’agissait pas de traiter dans l’immédiat des affaires mais de tâter le terrain au cas où le Parlement français ratifierait les accords de Washington sur la dette. Le représentant de la banque pour l’Europe était le colonel James A. Logan, ex-délégué officieux des Etats-Unis à la Commission des réparations, ce qui en dit long sur l’intrication des intérêts politiques et financiers. Clarence Dillon avait choisi Logan parce que celui-ci avait noué d’importantes relations sur le vieux continent et parce qu’il savait que les Européens se méfieraient davantage d’un banquier[10]. L’agence française fut officiellement fondée le 12 janvier 1928 au 39 de la rue Cambon, non loin du lieu où, cinq ans plus tard, seraient inaugurés les locaux de la Chancellerie américaine –, la proximité entre le pouvoir politique et la haute finance s’inscrivant jusque dans l’espace du pays d’accueil. Aussitôt, l’intervention de Dillon & Read se révéla décisive, permettant entre autres d’introduire les titres d’une grande entreprise de la chimie française, Kuhlmann, sur les places de New York, d’Amsterdam et de Genève[11].

Clarence Dillon – Château Haut-Brion © www.terroirs-france

Au plan technique, Dillon, Read & Co n’était pas une banque privée. Contrairement à des établissements tels que J.-P. Morgan & Co, elle limitait ses activités aux opérations d’investissement bancaires et n’assurait pas les fonctions d’une banque commerciale (surtout à partir de 1927)[12]. Clarence Dillon fut entendu par la commission sénatoriale américaine chargé d’enquêter sur le crash de 1929. A cette occasion, ce n’est que sur les demandes pressantes du sénateur Couzens qu’il accepta de donner le nombre d’actions approximatif dont il était le détenteur majoritaire[13]. La commission révéla que la société avait créé deux trusts d’investissements, « The United States and Foreign Securities Corporation », en 1924, et « The United States and International Securities Corporation », quatre ans plus tard. Le premier, doté d’un capital de 30 millions de dollars, avait théoriquement pour objectif de financer des entreprises de l’industrie, du transport et des mines, essentiellement à l’étranger. En fait, il s’agissait en grande partie d’un montage qui servit à financer le second de ces deux trusts d’investissement avec des fonds qui auraient dû être reversés comme dividendes aux actionnaires du premier ! Lors d’une seconde audition, le juge et avocat Ferdinand Pecora, qui dirigeait le comité d’enquête sénatorial, résuma le bénéfice de ces transactions : pour une dépense initiale de 5, 1 millions de dollars, Dillon, Read & Co avait acquis deux fonds de placement dont les actifs s’élevaient à la bagatelle de 90 millions de dollars !

Clarence Dillon, Georges Duprat et Henry Seymour Weller © www.terroirs-france

L’énorme fortune de Clarence Dillon lui permit, entre autres, d’investir en France. Il fit ainsi l’acquisition du Château Haut-Brion, le 13 mai 1935, et son neveu, Henry S. Weller fut nommé la même année président de la société vinicole qui en gérait l’exploitation. Weller, qui était alors domicilié rue de Longchamp à Neuilly, gérait aussi l’agence londonienne. Le 23 aout 1939, il présida au 6 Austin Friars, à Londres, une assemblée extraordinaire de la succursale britannique au cours de laquelle la résolution fut prise de mettre volontairement la société bancaire en liquidation afin de la recréer, H.S. Weller étant lui-même désigné comme liquidateur[14]. On peut s’interroger sur les motivations qui conduisirent à ce remaniement, quelques jours seulement avant le début de la guerre.

Quant au rôle exact joué par l’émissaire présumé de Roosevelt en 1941, il demeure assez opaque.

Charles Coolidge Parlin © Crédit inconnu

Interlocuteur de l’Allemand Kreuter au George-V, Charles Coolidge Parlin est connu aux Etats-Unis pour être le premier concepteur du marketing moderne. Né à Wausau dans le Wisconsin en 1898, diplômé en Economie (Université de Pennsylvanie, 1919) et en Droit (Harvard, 1922), il dirigea la division « Recherche commerciale » créée en 1911 au sein de la Curtis Publishing Company, un groupe d’édition qui publiait des journaux comme le Saturday Evening Post. Parlin mit au point des méthodes statistiques permettant d’évaluer les attentes des consommateurs et d’y adapter ainsi la publicité des entreprises. C’est lui qui effectua la première étude de marché aux Etats-Unis. Avant la Seconde guerre mondiale, ses recherches portaient sur le marché automobile, les produits alimentaires, les grands magasins…[15]. Après l’obtention de son diplôme de Droit à Harvard, il exerça ensuite le métier d’avocat d’affaires au sein de Wright, Gordon, Zacchry & Parlin dont le siège était 63, Wall Street, mais aussi pour la société Shearman, Sterling & Wright et enfin, pour le compte de Clarence Dillon. Charles Parlin joua enfin un rôle de premier plan au sein de l’Eglise méthodiste américaine.

Quel était l’objet de sa mission ? L’avocat d’affaires faisait partie du conseil d’administration de la US & Foreign Securities Corporation, l’un des deux fonds de placement de Dillon & Read épinglés par la commission Pecora[16]. Cette société avait créé une filiale en Europe avec des bureaux à Berlin et à Paris qui avaient dû interrompre leur activité en raison de la guerre. Or la loi américaine venait d’accorder aux entreprises le droit de prendre en compte leurs pertes fiscales dans les zones touchées par le conflit. La US Foreign Securities voulut en profiter pour se débarrasser de sa filiale européenne mais, d’après Parlin, les dirigeants allemands demandèrent à la maison-mère de leur revendre la société plutôt que de la liquider. C’est pour cette raison que le voyage de l’hiver 1940-1941 fut organisé[17].

Cordell Hull © Crédit inconnu

Craignant d’enfreindre le Neutrality Act, Parlin se rendit au préalable à la Maison Blanche où il rencontra le sous-secrétaire d’Etat Summer Wells puis l’amiral Leahy, qui venait d’être nommé ambassadeur des Etats-Unis à Vichy, ainsi que le secrétaire d’Etat Cordell Hull. Selon Parlin, le président Roosevelt était favorable à son voyage car il souhaitait obtenir des informations sur les liens financiers tissés entre Berlin, Vichy et la France occupée.

Parlin arriva à Lisbonne le 24 décembre 1940 ; de là, il se rendit à Vichy puis à Paris où il fut accueilli par Henry S. Weller. Le soir de la Saint-Sylvestre, il dîna chez Prunier avec l’homme qui avait organisé sa venue en France : Alexander Kreuter.

Parlin connaissait bien le financier allemand avec lequel il avait travaillé après la Grande Guerre. Il avait même rendu service à Kreuter lorsque celui-ci avait eu des ennuis avec la Gestapo, en 1937, non pas pour de prétendues activités antinazies, mais parce qu’il avait enfreint la législation du Reich sur la sortie de devises. La Gestapo découvrit à cette occasion que Kreuter possédait des « comptes secrets » chez Dillon & Read.

En janvier 1941, l’avocat américain dut prolonger son voyage à Berlin afin de régler la vente de la filiale new-yorkaise. Il installa son bureau dans les locaux de la Deutsche Kreditsicherung KG. Ce fonds d’investissement, dirigé par Kreuter et son associé Udo Böszörmény, avait été créé dans les années vingt grâce à des investisseurs américains par le biais de Dillon & Read.

Le monde des affaires germano-américain était un cénacle dont les membres cultivaient depuis longtemps de bonnes relations. Parlin profita de son séjour à Berlin pour dîner avec le directeur de Siemens & Halske et August Diehn, directeur général du syndicat allemand de la potasse, qui avait été l’un des financiers du NSDAP avant 1933.

La filiale américaine du fonds de placement de Dillon & Read fut revendue aux Allemands en janvier 1941, la transaction ayant été menée grâce au Dr Kreuter.

Qui était donc ce personnage incontournable que François Dupré présenta dès l’Occupation comme un « agent de l’Amérique »?

Le système Kreuter

La Tredefina

Alexander Kreuter est né à Spire dans l’actuel land de Rhénanie-Palatinat, le 29 novembre 1886. Après avoir suivi les cours du lycée Maximilian de Munich, il étudia le Droit et les Sciences politiques à l’université de la ville et soutint sa thèse de Doctorat sous la direction de l’économiste Walther Lotz (1865-1941). Commissaire de la province de Louvain dans la Belgique occupée par le Reich pendant la Grande Guerre, il devint, après la défaite, rapporteur près la commission d’armistice et la délégation pour le traité de paix de Versailles. Kreuter s’illustra surtout comme l’un des principaux artisans de l’accord germano-hollandais du 11 mai 1920. A cette époque, l’industrie des Pays-Bas, comme le reste de l’Europe, était gravement touchée par la pénurie de charbon –, la consommation nationale ayant chuté de 7 millions de tonnes avant-guerre à une seule tonne en 1919. De leur côté, les Allemands, producteurs de charbon, avaient besoin de financer la reconstruction de leur industrie. Suivant les clauses de cet accord, le gouvernement des Pays-Bas accordait un crédit de 200 millions de florins à l’Allemagne à un intérêt de 6 %, dont 60 millions pour l’importation de produits alimentaires hollandais en échange de charbon et 140 millions destinés à l’achat de matières premières par l’industrie allemande sur le marché mondial[18]. C’est pour gérer le second volet de ce crédit annuel que fut créée en 1921 la Treuhandverwaltung für das deutsch-niederländische Finanzabkommen G.m.b.H (l’Administration fiduciaire de l’accord financier germano-néerlandais), plus connue sous l’abréviation de Tredefina. Alexander Kreuter en fut le concepteur et le dirigeant[19]. Il participa ainsi au financement de l’industrie allemande au même titre que Dillon & Read.

C’est d’ailleurs à New York, en 1922, alors qu’il représentait la banque Mendelssohn de Berlin, que le financier allemand fit la connaissance de Weller[20]. Sans pour autant quitter ses fonctions d’administrateur de la Tredefina, il devint dès lors « l’agent dévoué » de Dillon & Read en Europe centrale[21].

Le crédit hollandais constitua une manne pour l’industrie du IIIème Reich même si le Dr

Le Dr Hans Max Hirschfeld en 1932 © Unknown photographer – GaHetNa (Nationaal Archief NL)

Hirschfeld[22], représentant des Pays-Bas auprès de la Tredefina, tenta d’en relativiser l’apport après la Libération, affirmant que les fonds ne furent pas entièrement utilisés en 1938 et 1939 et qu’ils ne dépassèrent pas les 100 millions de florins annuels[23]. Pendant la drôle de guerre, la Tredefina permit en outre de contourner le blocus britannique avec la complicité des Pays-Bas et de l’URSS dans le cadre du pacte germano-soviétique. A l’automne 1939, lors d’une conversation avec Emil Wiehl, directeur à la section économique du ministère allemand des Affaires étrangères, le Dr Hirschfeld déclara que le gouvernement hollandais souhaitait que l’Allemagne poursuivît ses importations depuis les Indes néerlandaises « à une échelle aussi importante que possible », Amsterdam allant jusqu’à encourager le fret via le Transsibérien. Le 18 octobre 1939, Kreuter rendit visite à Wiehl afin d’étudier la question. « Il a déclaré, rapporta Wiehl le jour même, que l’entreprise d’Arnold Otto Meyer (Hambourg) était très intéressée par ces transports. En raison du large réseau qu’elle entretient de longue date en Extrême-Orient, (cette société) était particulièrement adaptée pour organiser le camouflage nécessaire (…) » [24]. Le 23 janvier 1940, le consulat allemand de Batavia fut informé que les autorités consulaires soviétiques au Japon et en Mandchourie allaient fournir les papiers autorisant les expéditions vers le Reich.

Dr Emil Wiehl © George Grantham Bain Collection (Library of Congress)

Toujours en janvier 1940, le ministre des Affaires étrangères néerlandais, Eelco van Kleffens, assura Kreuter que le minerai suédois destiné à l’Allemagne continuait de parvenir sans difficulté dans le port de Rotterdam, l’opération étant facilitée par le maquillage cordial (friendly shadowing) opéré dans les eaux territoriales néerlandaises par la Marine des Pays-Bas[25]

Au total, les investissements hollandais en Allemagne s’élevèrent, avant-guerre, à un total de 669 millions de dollars suivant l’estimation effectuée en 1949 par H. M. Hirschfeld[26].

Un rapide coup d’œil à l’équipe dirigeante de la Tredefina donne une idée de l’importance de la société pour l’industrie allemande. Présidé par le conseiller d’Etat Friedrich Reinhart, président de la Chambre économique à Berlin et du comité d’organisation des banques privées, le conseil d’administration comprenait les Dr Hermann Bücher, P-DG de la très puissante AEG de Berlin ; Albert Vögler, président du CA de la Vereinigte Stahlwerke AG de Düsseldorf (le consortium du charbon et de l’acier créé en 1926 grâce aux finances de Dillon & Read) et Hermann Röchling, administrateur des usines Röchling de Völklingen qui fut également, administrateur-séquestre des usines de Meurthe-et-Moselle sud, membre du Rüstungsrat (Conseil de l’Armement) créé par Albert Speer en avril 1942 et, à partir de juin, Commissaire du Reich pour le fer et l’acier dans les territoires occupés[27]. Pour ceux qui entretenaient encore des doutes sur les buts de la Tredefina, une attestation délivrée en 1943 à Kreuter par le ministère de l’Economie du Reich spécifia que la société « s’occupait de financements et de gestion de l’économie de guerre »[28].

Un cheval de Troie de l’économie allemande

Une fois la France occupée, Kreuter vint s’installer au Ritz, place Vendôme, à Paris. Quelle était

Walter Schellenberg en 1943 © Alber Kurt/Bundesarchiv

alors sa mission ? De quelle autorité dépendait-il exactement ? En 1946, les Américains découvrirent qu’il était inscrit comme membre actif de la SS. Kreuter prétendit que ses liens avec l’organisation étaient « purement symboliques » et avaient pour seul mobile « des raisons d’affaires »[29]. D’après Hans Martin Zeidler, qui fut interrogé par les Américains après-guerre, Kreuter faisait partie de l’Amt VI, SD-Ausland, service de renseignement politique à l’étranger, dirigé par Walter Schellenberg[30].

Ce qui est certain c’est que Kreuter voulait exploiter l’économie française afin d’alimenter la machine de guerre nazie. Pour atteindre cet objectif, il existait deux méthodes : ou bien se contenter de poursuivre le pillage initié dès juin 1940, ou bien lui donner une apparence de légalité, ce qui constituait une simple différence formelle. Alexander Kreuter était favorable à la seconde alternative. C’est ce qu’indique la déposition de Wilhelm Scheueurmann, qui fut conseiller ministériel au sein du bureau « Economie et finance » du ministère Speer. Interrogé par les Américains en 1945 dans le cadre du projet « Safehaven », Scheuermann affirma que Kreuter était partisan d’une « exploitation de la richesse industrielle française, non pas par le biais d’une expropriation directe, mais plutôt par celui de la coopération »[31]. Scheuermann aurait pu ajouter que Kreuter n’était pas favorable à une expropriation directe, sauf en ce qui concerne les biens juifs, mais cela était trop évident pour qu’il eût besoin de le préciser.

L’aryanisation était en effet l’une des plus efficaces portes d’entrée au sein des économies de l’Europe occupée. Si Kreuter appartenant au camp des hauts responsables allemands favorables à la collaboration et à l’exploitation « en douceur » de l’économie française, comme Otto Abetz, Hans-Joachim Caesar, ou encore Elmar Michel dont il était l’ami intime –, il entretenait aussi d’excellentes relations avec le Dr Blanke, responsable de l’aryanisation des entreprises.

Elmar Michel témoin au procès de Nuremberg – US Army Photographers 1945-1948

Première étape : obtenir les fonds. Kreuter eut véritablement les moyens de ses ambitions à partir de février 1941, date à laquelle un nouvel accord intervint entre les autorités néerlandaises et la Tredefina : 100 millions de RM prélevés sur l’actif hollandais du clearing, furent ainsi confiés comme crédit pour 12 ans à la Tredefina dont 80 millions de RM placés dans l’industrie allemande et 20 millions de RM convertis en 400 MF[32] destinés à des placements industriels et financiers en France.

Le système Kreuter ne fut pas mis en place d’emblée ; il succéda à plusieurs tentatives avortées comme celle concernant la Société des schistes bitumineux d’Autun, entreprise dans laquelle Kreuter tenta d’investir 50 MF en 1941[33].  Le financier se heurtait à la fois aux réticences de certains chefs d’entreprise français, peu empressés de voir les Allemands s’emparer de leur patrimoine, et à l’obstruction de quelques représentants du gouvernement de Vichy, soucieux de préserver ce qui restait de la souveraineté nationale. Le ministre de la Production industrielle (MPI), Jean Bichelonne, s’opposa ainsi à toute participation de la Tredefina dans le capital des Galeries Lafayette.

Kreuter avait donc besoin d’un cheval de Troie pour pénétrer l’économie nationale, une société financière qui donnerait une base juridique française à ses prises de contrôle[34]. Sur les conseils de son ami Weller, Kreuter s’intéressa à la banque Seligmann avec laquelle Weller travaillait depuis 1926 : l’essentiel des actifs de cette société avait été repris en octobre 1940 par l’homme d’affaires Maurice Devies à la demande même de ses administrateurs juifs qui avaient anticipé la législation antisémite. Il s’agissait donc, probablement et bien que le cas soit très ambigu, d’une aryanisation de complaisance qui put passer avec succès le filtre de la surveillance allemande et du commissariat général aux questions juives (CGQJ)[35]. Maurice Devies et son associé François Gamberini, effrayés par l’ampleur de l’investissement déclinèrent l’offre de Kreuter. Ils firent toutefois l’acquisition d’une banque juive, la Société financière pour l’étranger (SFE) par le biais d’une de leur filiale aryanisée, l’Union financière de Paris. Après une augmentation de capital de 1 à 25 MF, et un changement de la raison sociale, la SFE devint la Société de crédit et d’investissements (SCI) contrôlée par la Tredefina. Associée à la banque Devies-Seligmann, la SCI fut véritablement l’outil de combat de Kreuter[36].

La négociation fut conclue lors d’un entretien à l’hôtel Majestic, le 22 juillet 1942. L’abdication française était matériellement et symboliquement très grave car elle légalisait l’activité d’une entreprise ennemie grimée en société nationale. Afin de mieux vaincre les réticences de ses interlocuteurs français, Elmar Michel, chef de la division économique du haut commandement militaire en France (MBF), prétendit que la SCI ne fonctionnerait qu’avec des avoirs britanniques confisqués dans l’hexagone, ce qui n’était que très partiellement exact.

Les sources financières qui irriguaient le binôme Devies-SCI étaient constituées par la Tredefina mais aussi par la Barclays Bank qui travaillait elle-même pour le compte de la Treuhand und Revisionsstelle im Bereich des MBF (Service fiduciaire et de contrôle comptable dans le ressort du MBF). Cette filiale de la Treuhandgesellschaft de Berlin, société d’expertise comptable, contrôlait la gestion des administrateurs-provisoires des entreprises aryanisées et ennemies du Reich. L’argent était versé par les sociétés sous séquestre allemand, soit à la Barclays, soit à l’Aero-Bank, et parfois encore à la Lloyds[37]. Les biens des Juifs étrangers étaient confiés à la filiale française de la Barclays dirigée par Marcel Cheradame. Après 1945, les enquêteurs américains découvrirent que la banque britannique avait même reçu les liquidités dont les déportés juifs du camp de Drancy en partance pour Auschwitz avaient été dépouillés[38].

Dans le cas de la SCI de Kreuter, l’argent provenait d’un compte ouvert à la Banque Devies par la Treuverkehr Deutsche Treuhand AG, 47 avenue de l’Opéra, lui-même alimenté par la Barclays. La filiale de la banque britannique effectua ainsi un versement de 200 MF à la banque Devies, le 3 juillet 1942. Les fonds provenaient en outre de la Reichskreditkasse dont l’activité ne se limitait pas à gérer les frais d’occupation imposés à la France[39] : 40 MF furent ainsi versés en août 1944 à Devies. « En somme, notèrent les experts comptables du tribunal de la Seine, la plus grande partie des fonds dont a disposé le Dr Kreuter lui sont arrivés par le canal de la Barclays Bank » [40].

A partir du 5 février 1943, la SCI fut administrée uniquement par des Allemands : les Dr Kreuter, Ernst Röchling, délégué pour le fer et l’acier dans la France occupée, et Hans Buwert. Né à Berlin en 1897, Hans Buwert était depuis 1935 le rédacteur principal de la revue de lutte national-socialiste, L’économie nationale, qu’il dirigea jusqu’en 1945. Buwert avait écrit à propos de sa revue à Hans Franck, futur gouverneur général de la Pologne : « Elle se veut un reflet de la volonté national-socialiste et entend unifier intellectuellement et idéologiquement le grand cercle des juristes d’affaires »[41]. Contributeur à l’Annuaire national-socialiste, collaborateur du Front allemand du Travail, membre de l’Académie pour le Droit allemand, toute son action s’inscrivait dans la promotion du NSDAP, de ses idées et de son action[42]. Au début du conflit, il fut chargé de rationaliser l’ensemble de l’industrie dans le territoire des Sudètes, puis fut employé en France, au Majestic, dans la section « Biens ennemis » (Wi I/2). C’est à ce titre qu’il prit la succession de Hans Kadelbach comme commissaire des éditions Hachette[43]. Suivant certains auteurs, Buwert aurait été envoyé en Espagne et au Portugal par Carl-Heinrich Von Stülpnagel, chef du MBF, pour entrer en contact avec les Alliés et leur proposer un armistice ou une paix séparée[44].

Dès la nomination des administrateurs allemands de la SCI, Elmar Michel fit pression sur les autorités françaises afin que la société pût commencer son activité « dans la semaine »[45]. Le 15 février 1943, le CA s’empressa d’accorder un crédit de 100 MF aux usines sidérurgiques contrôlées par Hermann Röchling, cousin de l’administrateur de la SCI[46]. L’argent fut mis à la disposition de la société chez Devies au nom de la Tredefina par le biais de la Treuverkehr, le 23 février 1943. Un an plus tard, une somme supplémentaire de 80 MF était accordée aux mêmes sociétés.

En fait, le crédit total de 180 MF fut repris par l’Etat français. Vichy acceptait ainsi de racheter les usines d’entreprises privées dont les Allemands s’étaient emparés dans la « zone réservée » de Meurthe-et-Moselle[47]. L’affaire était non seulement juteuse, mais techniquement intéressante dans la mesure où Hermann Röchling avait pris soin de conserver le contrôle des usines concernées. Ainsi les Allemands, qui manquaient alors de cadres, continuaient-ils de jouir d’une production essentielle pour leur effort de guerre, production gérée par des Français et sans que le Reich eût un seul mark à payer. S’ils avaient restitué ces usines, c’est que leur gestion était déficitaire et qu’ils recherchaient un fond de roulement, d’où l’opération montée par les Dr Röchling, Kreuter, et Michel avec l’accord des ministres français Cathala (Finances), et Bichelonne (MPI)[48].

Société des Hauts Fourneaux et Fonderies de Pont-à-Mousson : coulée de fonte © Ministère de la Culture – Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / François Kollar

La SCI reprit le projet concernant la Société des schistes bitumineux d’Autun, mais il fut abandonné, de même que les tentatives visant à contrôler les Chantiers de Saint-Nazaire et la Société des moteurs et automobiles Lorraine (SMAL). En revanche, les tractations engagées par Kreuter avec d’autres firmes – l’Entreprise forestière de Provence ou la Société des moteurs Renée furent couronnées de succès –, les Galeries Lafayette constituant un cas particulier[49]. Ce fut encore grâce à Weller, représentant en France de la firme américaine Pullman auprès de la SA des Entreprises industrielles charentaises (EIC), que Kreuter fit l’acquisition de cette entreprise[50]. En tant que bien ennemi, la firme était gérée depuis juin 1942 par le Dr Ludwig Noé, directeur des Chantiers navals de Dantzig et conseiller technique auprès du commandant de la Kriegsmarine en France. L’EIC, dont les ateliers se trouvaient à Aytré, près de La Rochelle, fabriquait du matériel ferroviaire (tenders et locomotives) pour la Reichsbahn.

Le sénateur de Dantzig, directeur général, Prof. Dr. Ludwig Noë, par le célèbre peintre expressionniste Otto Dix, 1928 © Kunstforum Ostdeutsche Galerie, Regensburg

Le rôle de Buwert consistait à effectuer des expertises comptables afin d’évaluer l’intérêt des prises de contrôle. Ces dernières s’opéraient généralement par des augmentations massives du capital social. Kreuter acheta en outre des actions provenant des parts américaines sous séquestre de l’EIC , filiale de la société Pullman[51]. Agissait-il ainsi pour favoriser des intérêts privés aux Etats-Unis ? C’est probable et toute son activité semble indiquer qu’il jouait habilement sur les deux tableaux. Il s’arrangea pour que l’entreprise échappe à la fois à la mainmise du groupe Göring et à celle du service des bien ennemis du MBF[52]. A la Libération, l’entreprise ne fut pas placée sous séquestre par l’administration des Domaines car 50 % des actions libérées étaient encore détenus par des Américains et des Français. Notons cependant que, d’après Edouard Kopp, citoyen suisse et comptable de la SCI, Kreuter avait initié des tractations pour s’emparer des parts de Pullman avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941[53].

Pillées et réquisitionnées par les Allemands dès juin 1940, la Société des moteurs Renée et son usine de Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans, avaient été acquises en avril 1942 par quatre garagistes français puis achetées par l’ingénieur allemand Paul Schaurte avec les fonds de la SCI de Kreuter. Schaurte, dont le frère codirigeait la société Bauer & Schaurte KG de Neuss, une entreprise de boulonnerie qui fournissait la Luftwaffe, se révéla un piètre gestionnaire et peut-être un escroc. Malgré les 15 MF investis par Kreuter, la société produisit très peu pour l’Allemagne avant la Libération, notamment en raison du contexte de l’année 1944[54].

Fin mars, la SCI décida de prêter 3 MF à la SARL Entreprise forestière de Provence (EFP), petite société au capital de 1 MF, gérée par Antonin Jullien et dont le siège se trouvait à Avignon. L’objectif était de fournir du bois à l’Omnium forestier, qu’administrait un commissaire allemand, le Dr Loskant, afin de fabriquer 30 000 lits sous doute pour la Wehrmacht ou pour les sinistrés du Reich. L’EFP autorisait l’Omnium forestier à prélever 15 francs par lit à titre de commission pour la Tredefina. L’opération fut renouvelée le 28 juin avec un crédit de 1 MF destiné cette fois à fournir une entreprise allemande d’ameublement installée à Paris, avec une commission de 2% pour la Tredefina[55].

Kreuter était très éclectique dans le choix de ses « proies ». Il s’adaptait ainsi au programme de l’Europe allemande dans laquelle, une fois la paix acquise, la France ne devait constituer qu’un Etat-croupion vampirisé par le « Reich millénaire ». A ces mobiles d’ordre idéologique, qui étaient davantage le fait des hauts responsables de Berlin que de Kreuter lui-même, s’ajoutait un appât du gain que le financier partageait avec certains hauts dignitaires nazis tels Hermann Göring.

Alfred Rosenberg © Crédit inconnu

Kreuter déploya par ailleurs une certaine activité dans le domaine artistique ou, plus exactement, dans le pillage des biens culturels juifs. Sa maîtresse, Fraülein Dr Helga Eggmann, était membre de l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), organisation nazie dédiée à ces spoliations. Ancienne étudiante à l’Institut d’art d’archéologie de Paris, cette jeune francophile avait été emmenée dans la capitale par le baron Von Behr pour diriger les Services intérieurs du Musée du Jeu de Paume. D’après l’une de ses collègues, Helga Eggmann s’était brouillée avec le nouveau directeur du musée, le Dr Lhose « en raison d’une affaire Seligmann où celui-ci voulait l’entraîner pour cacher ses bénéfices personnels »[56]. Malgré les dénégations de Lohse en 1945, la piste de l’enrichissement personnel ne peut être écartée ni pour Kreuter ni pour ses comparses[57]. Scheuermann déclara d’ailleurs aux Américains que Kreuter avait utilisé la Tredefina « aussi bien pour augmenter sa fortune privée que pour conclure un certain nombre d’accords avec les industriels français »[58].

Helga Eggmann quitta l’ERR début 1944 et tenta d’organiser un centre culturel franco-allemand dans la galerie Wildenstein, 57, rue de la Boétie, avec l’aide financière de son amant. C’est en partie pour cette raison que Kreuter s’intéressa à cette société aryanisée que Buwert administrait depuis novembre 1942. Le projet, défendu par Otto Abetz, reçut l’assentiment du ministre de l’Education nationale, Abel Bonnard, et les détails de la négociation furent mis au point dans le bureau de Lucien Boué, secrétaire général du CGQJ, en présence de Kreuter et de Jacques Bruyer, l’administrateur-provisoire de la société, les 9 et 22 février 1944[59]. Au total, la SCI investit 1 MF dans le capital social de SARL rebaptisée « Galerie des Beaux Arts » et 2,5 MF pour l’achat du mobilier, des tableaux et de la bibliothèque Wildenstein. Les livres et les objets d’art ne purent toutefois être enlevés par les Allemands en raison de la Libération de Paris.

A noter enfin qu’Albert Heilmann, consul général à Munich, s’adressa à Kreuter afin d’obtenir un prêt de 2 MF pour l’acquisition d’une toile du Titien à laquelle s’intéressait Adolf Hitler et que l’on destinait au Stuck Museum[60].

Le maréchal Göring offrant à Hitler La Fauconnière d’Hans Makart © Le Figaro/Scherl

Mais le cœur de l’activité de Kreuter concernait le domaine industriel et, plus précisément, la recherche d’un minerai hautement stratégique pour la Luftwaffe avec lequel était produit l’aluminium : la bauxite. Dans ce but, Kreuter fit l’acquisition de la Société des Travaux et Mines du Midi (TMM), entreprise déficitaire dont le siège était à Toulon. Sachant que le gérant cherchait à s’en défaire, l’ingénieur-chimiste français Grossman le mit en relation avec Paul Girod, patron d’Ugine, qui l’adressa à son gendre, Henri de Styczynski, ancien directeur de la division tôlerie de l’aciérie Renault de Saint-Michel-de-Maurienne[61].

Paul Girod © Institut pour l’histoire de l’aluminium

Les usines mosellanes exceptées, ce fut l’investissement le plus important de Kreuter avec un total de 120 MF destinés à développer l’extraction de bauxite en France, mais dont 80 MF « seulement » furent effectivement investis en raison de l’évolution rapide de la situation militaire[62]. Du côté des intermédiaires français de la TMM, la collaboration se révéla intense et décomplexée. Car sans le concours de l’ancien gérant Janoir, sans l’intervention des ingénieurs Grossmann et Styczynski, jamais les Allemands n’auraient pu remettre aussi rapidement sur pied les mines dont certaines étaient à l’abandon avant leur prise de contrôle. Pressés par le temps, les missi dominici du Reich injectèrent des sommes importantes et firent volontairement l’acquisition de terrains et de matériel d’exploitation à des prix surévalués –, le but n’étant pas l’équilibre financier, mais la rapidité d’exécution afin de fournir la Wehrmacht dans les plus brefs délais. Avant le départ des Allemands, la production s’élevait à 10 000 tonnes par mois[63].

Début août 1944, quand la déroute allemande fut manifeste, Kreuter s’arrangea pour transférer une partie des avoirs de la SCI à une entreprise monégasque, spécialisée dans le commerce maritime, la SAMACO, firme dont le président, le Norvégien William Duborgh, avait trafiqué avec les Allemands dès l’hiver 1940[64]. L’homme de paille et complice de Kreuter, Henri de Styczynski, reçut directement des liquidités de la Tredefina afin de mener à bien l’opération. Dans le même temps, Kreuter fit en sorte d’introduire son ami Weller dans le conseil d’administration de la SCI et de lui revendre la totalité des actions de la SAMACO, qui détenait elle-même une grande partie des titres de la TMM. L’avenir semblait donc assuré.

L’impunité

Dès les premières semaines de la Libération, les autorités françaises se penchèrent sur les montages financiers de Kreuter. La justice ouvrit plusieurs informations touchant les sociétés acquises par le groupe allemand, la TMM et la Tredefina étant placées sous séquestre par l’administration des Domaines. Les intérêts du Reich et ceux du gouvernement hollandais étaient tellement intriqués au sein de la Tredefina qu’il fallut attendre 1952 pour qu’un accord entre la France et les Pays-Bas débloque enfin la situation. Les créances détenues par la SCI sur la TMM furent rachetées en 1958 par le groupe Pechiney[65].

Quant à Kreuter, il demeura longtemps introuvable. En réalité, il vivait en Allemagne, dans la zone d’occupation américaine de Berlin, au 10 de la Mohrenstrasse, siège de la Tredefina. Les autorités néerlandaises intervinrent en 1946 auprès des autorités américaines pour qu’il pût effectuer un voyage « professionnel » aux Pays-Bas. Les Américains acceptèrent et c’est seulement après le départ du financier que la division économique des forces d’occupation, qui connaissait ses liens avec la SS, fut mise au courant du voyage. Mais une telle information ne modifia en rien le sort de Kreuter qui bénéficia constamment de protections dont celles du gouvernement néerlandais[66], des autorités américaines, qui refusèrent les demandes d’extradition adressées par la justice française, et, très probablement aussi… de Dillon & Read.

On peut en effet le supposer si l’on considère les hautes fonctions occupées par les représentants de la banque new-yorkaise au sein de l’appareil d’Etat américain. Le secrétaire de la Défense des Etats-Unis n’était autre que James William Forrestal, président de la banque Dillon & Read à partir de 1938. Le responsable de la Division économique au sein du Conseil de contrôle allié pour l’Allemagne de 1945 à 1947, l’homme qui, dans le cadre de ses fonctions, s’opposa au démantèlement de l’industrie allemande, se nommait William H. Draper Jr, vice-président de Dillon & Read. Kreuter avait d’ailleurs dirigé The German Credit and Investment Corporation of New Jersey, société fondée par Dillon & Read en 1926 afin de servir de financement à court terme à Hugo Stinnes. Or William H. Draper Jr était l’un des employés de cette firme[67]. Enfin, l’ambassadeur des Etats-Unis en France de 1953 à 1957, secrétaire au Trésor de 1961 à 1965, était Douglas Dillon, fils de Clarence Dillon, ami de Charles Parlin, lui même proche de Kreuter auquel il rendit visite après la guerre avec ses enfants.

James William Forrestal © inconnu vers 1948

L’analyse de ces faits est complexe et invite à se méfier à la fois de la théorie du complot et de l’angélisme. Le monde de la haute finance et de la grande industrie possède ses codes et sa propre logique qui s’affranchissent parfois aisément des règles communes[68]. Il faut préciser que l’industrie allemande fut constamment irriguée par la finance occidentale. Sur les 3,2 milliards de RM de chiffre d’affaires déclarés par les 816 entreprises allemandes sous contrôle des Etats-Unis en 1945, 882 millions de RM (27,3%) étaient américains, 878 millions RM (27,3 %) britanniques et 399 millions RM (12,4 %) hollandais[69].

Enfin, les responsabilités individuelles ne sont pas les mêmes suivant la profession des intervenants, leur intérêt du moment ou leurs convictions.

canon de DCA Flak 28 Oerlikon de 20 mm armée allemande © loutan.net

En 1946, Charles Parlin se chargea de défendre pour le compte du cabinet Sherman, Sterling & Wright, les intérêts de l’entreprise suisse Oerlikon d’Emil Georg Bührle qui avait fourni du matériel de guerre, aussi bien aux armées alliées qu’à la Wehrmacht. Parlin réclama 30 millions de dollars de royalties, essentiellement à l’US Navy pour la fabrication du canon antiaérien de 20 mm[70]. Mais Parlin, qui exerçait son métier d’avocat, avait respecté le Trading with the Ennemy Act, ce qui était loin d’être le cas de tous les dirigeants d’entreprises américaines dont certains avaient commercé avec les Allemands bien après Pearl Harbor[71].

L’attitude de Henry S. Weller est beaucoup plus

Aldebert de Chambrun en 1937 © Harris & Ewing/Library of Congress

ambiguë. Quelles que fussent les raisons invoquées à la Libération et le bien-fondé de ses interventions pour protéger des intérêts privés aux Etats-Unis, il a favorisé les prises de contrôle de Kreuter sur des entreprises juives et ennemies du Reich. Or Weller semble avoir été très proche des milieux vichysto-américains, milieux dans lesquels figuraient notamment le général Jacques Aldebert de Chambrun, son fils René et l’épouse de celui-ci, Josée, la fille de Pierre Laval. Ce fut chez leur ami Henry Weller que René de Chambrun et sa femme se cachèrent à la Libération[72]. D’après James Stewart Martin, qui fut directeur des enquêtes sur les cartels et avoirs étrangers pour le compte du gouvernement américain, Kreuter avait dirigé la branche allemande de la banque Worms[73]. Nul n’ignore que des représentants de cet établissement, tels que Jacques Barnaud, Gabriel Leroy Ladurie et Pierre Pucheu, furent des membres actifs du gouvernement de Vichy.

Mais l’essentiel est ailleurs : Lorsque Kreuter créa la SCI, il installa la nouvelle société 52, avenue des Champs-Elysées, dans l’immeuble de la National City Bank et de Dillon & Read, qui abritait, depuis 1934, le bureau du comte René de Chambrun[74]. Avocat aux barreaux de Paris et de New York, ce dernier avait été, entre autres, le défenseur de sociétés de courtage américaines en France avant-guerre[75]. Or la présence de la SCI à cette adresse n’était nullement une coïncidence. En effet, Kreuter avait participé en mai 1942, six mois avant la création de la SCI, au projet visant à créer un groupe d’investissement bancaire franco-germano-américain: la Société de crédit intercontinentale. La partie française de ce consortium, dirigée par la Banque de l’Indochine, devait comprendre la banque de Schneider-Le Creusot et plusieurs sociétés d’assurances ; la partie américaine incluait Ford France tandis que le groupe allemand était dirigé par Kreuter et sa Deutsche Kreditsicherung KG[76]. Suivant le projet, le conseil d’administration, présidé par Aldebert de Chambrun, serait composé par Alexander Kreuter, Henry S. Weller, Gabriel de Mun, dirigeant de la filiale française de la National City Bank de New York, ainsi que par d’autres représentants de banques et d’entreprises d’armement françaises. Enfin, le service juridique serait confié à François Monahan qui avait travaillé pour le cabinet d’avocats Sullivan & Cromwell, société dont le futur secrétaire d’Etat Cordell Hull fut la cheville ouvrière et qui avait facilité le financement de l’industrie allemande jusqu’au milieu des années trente. Or, en 1942, Monahan et René de Chambrun étaient en contact avec le groupe Otto Wolf pour lui faciliter la prise de contrôle de la Société des mines de Guinée[77].

La création de la Société de crédit intercontinentale n’eut pas de suite. Contactées par Aldebert de Chambrun, les autorités américaines ne jugèrent pas favorablement un projet qui, d’après les informations dont elles disposaient, était mis sur pied « pour dissimuler les intérêts de Clarence Dillon en Europe »[78]. Le projet, dévoilé par un correspondant de la United Press à Vichy, suscita un tollé de protestations aux Etats-Unis[79].

Presque aucun protagoniste de ces groupes d’intérêt spécialisés dans le pillage de l’économie française et la collaboration germano-franco-américaine, ne fut condamné, voire même poursuivi.

Hans Buwert put continuer ses fonctions de conseiller financier, cette fois au service de la CDU d’Helmut Kohl dont il alimenta consciencieusement la caisse noire, sans que jamais aucun responsable du parti chrétien-démocrate ne s’attarde sur son passé nazi[80].

Hermann Röchling au tribunal de Rastatt © www.voelklinger-huette.org

Hermann et Ernst Röchling, condamnés respectivement à dix et cinq ans d’emprisonnement par le tribunal militaire de Rastatt dans la zone d’occupation française pour crimes de guerre, crimes contre la paix et crimes contre l’humanité, furent amnistiés en 1951 et 1955[81].

François Dupré, Maurice Devies et René de Chambrun obtinrent un non-lieu.

Poursuivi pour collaboration avec l’ennemi par le tribunal de la Seine puis par le tribunal militaire de Paris, Henry de Styczynski, probablement condamné par contumace[82], bénéficia le 11 janvier 1960 d’un décret d’amnistie signé par le général de Gaulle.

Henry Seymour Weller fut entendu comme témoin dans le dossier de la SCI.

Condamné le 5 juin 1952 par contumace par le Tribunal militaire de Paris à la peine des travaux forcés à perpétuité, Alexander Kreuter ne fut jamais inquiété[83]. En 1949, il servit avec son ami Charles Parlin de conseiller aux autorités d’occupation américaines lors de la création du Deutsche Mark[84]. Il continua de représenter la Tredefina, fonda en 1953 une agence de la Deutsche Kreditsicherung KG à Düsseldorf et s’occupa de mécénat artistique en tant que trésorier du Verein zur Erhaltung des kunsthistorischen institutes in Florenz (Association pour la pérennisation de l’Histoire de l’art de l’Institut de Florence), qui intervint lors des grandes inondations de 1966 dans la capitale toscane[85].

Quelles conclusions tirer de l’activité de Kreuter en France ? Le bilan de ses prises de contrôle, près d’un demi-milliard de francs, peut paraître relativement modeste. A titre de comparaison, le bureau d’achat « Otto », dirigé par l’homme d’affaires allemand Hermann Brandel, aurait généré à lui seul plus de 40 milliards de francs de chiffre d’affaires, selon les experts français à la Libération. Le bilan de Kreuter est cependant loin d’être négligeable, surtout si l’on considère que ce système fut mis en place tardivement, pour l’essentiel dans le courant de l’année 1943, et qu’il commença à produire ses fruits en 1944, à une époque où l’armée allemande était partout en reflux. Il eut d’ailleurs un impact certain sur le plan industriel en permettant de financer les usines mosellanes qui alimentaient la machine de guerre nazie. En développant l’exploitation de la bauxite dans le Var et l’Hérault, il compléta le dispositif de pillage des gisements français organisé par le Vereinigte Aluminium-Werke (VAW), le très puissant consortium allemand de l’aluminium qui contrôlait plusieurs entreprises d’extraction comme la S.A. des bauxites du Midi et la Société générale de bauxite et minerais (SGBM)[86]. A noter que les Dr Alexander Kreuter, Ludger Westrick, directeur général des VAW, et Elmar Michel, assistèrent ensemble au déjeuner de la Table ronde du 1er juillet 1942 alors que s’organisait la mainmise allemande sur ce minerai stratégique[87]. Avec d’autres sites d’Europe (Yougoslavie, Hongrie, Italie), les gisements français contribuèrent à alimenter la Wehrmacht dans une phase de pénurie aiguë. En 1943, la production française pulvérisa même tous les records de production enregistrés dans l’hexagone depuis 1860 avec 916 000 T.[88], soit 200 000 T. de plus qu’en 1938-1939 et cela, malgré les bombardements, les difficultés de main-d’œuvre et de transports. Même si la TMM contribua de manière marginale à ce total, il faut évaluer le système Kreuter pour ce qu’il révèle ou confirme de l’organisation allemande : une expérience déjà longue en matière de gestion des carences tant sur les plans matériel qu’humain, ce dernier point étant illustré par le recours à un petit nombre de spécialistes, habilement sélectionnés. Sans vouloir extrapoler à partir d’un secteur très particulier, le cas de la bauxite permet de nuancer les conclusions de l’historiographie récente, notamment celle d’Adam Tooze, sur l’inefficacité relative de l’exploitation allemande des territoires occupés.

Quant à l’attitude complaisante des Pays-Bas à l’égard du Reich, avant l’invasion de mai 1940, elle s’explique en grande partie par l’interdépendance des économies allemande et néerlandaise. A l’instar de la Suède et de la Suisse, la Hollande avait un besoin vital du charbon allemand pour faire fonctionner son industrie mais aussi de débouchés proches pour écouler ses denrées périssables[89]. Même si les exportations britanniques de charbon vers l’Italie, l’Allemagne et la Hollande, connurent une nette augmentation au cours des six premiers mois de 1939[90], l’Allemagne demeurait, depuis la fin du XIXème siècle, le partenaire privilégié des Pays-Bas.

Le système Kreuter illustre enfin la prégnance des liens commerciaux, industriels et financiers germano-américains. Du plan Dawes au plan Marshall, les Etats-Unis jouèrent un rôle de premier plan dans la résurrection de l’industrie allemande. La puissance de ce lien s’est manifestée pour le meilleur – l’aide à la république de Weimar et le refus de démanteler l’industrie du pays vaincu après 1945 –, mais aussi pour le pire, comme les relations troubles entretenus pendant le conflit à l’occasion de l’aryanisation des entreprises juives et du pillage de l’économie française.

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser  : Laurent Dingli, « Prises d’intérêts et réseau d’influence sous l’Occupation », laurentdingli.com, février 2017. Dernières mise à jour : 19 octobre 2017.

[1]. Archives de Paris (ADP) 102 W 80 et Ministère public c/Dupré. AN Z 6NL 104. Je remercie Gilles Morin et Philippe Verheyde d’avoir eu la gentillesse de relire ce texte ainsi que Jacky Ehrhardt pour ses traductions des documents allemands. Je remercie également Pascal Raimbault des Archives nationales pour l’aide constante qu’il m’apporte dans mes recherches depuis plusieurs années ainsi que Vincent Tuchais des Archives de Paris, le capitaine Cianea du Dépôt central des archives de la Justice militaire et Anne Brunterc’h des archives du Crédit Agricole/LCL.

[2]. Biographical Catalog of the Matriculates of Haverford College, 1833-1922, Philadelphia, Pennsylvania, USA, 1922, p. 668 ; The Stanford Alumny Directory, 1921, Stanford Alumni Association, p. 531 et Préfecture de Police. Direction des Renseignements généraux. AS de M. Henry Seymour Weller, candidat à la Légion d’Honneur, 11 juillet 1937. APP 1 W 1288 et AN 19850675/3 dossier 220 – Dillon & Read.

[3]. L. Thomas, « Le comingman de la finance américaine », L’Intransigeant du 30 octobre 1926.

[4]. Ibid. et l’excellent article de Paul Lévy, « M. William Draper et la banque Dillon Read », Aux écoutes de la finance, 21 février 1952. AN 19850675/3 dossier 220 – Dillon & Read.

[5]. Note de novembre 1926. Ibid.

[6]. AS de la Banque Dillon-Read Cie et les affaires russes, 16 juillet 1927. AN 19850675/3 dossier 220 – Dillon & Read.

[7]. Coupure de presse (titre illisible), 6 janvier 1932. Ibid.

[8]. AS de la Banque Dillon-Read Corporation, 28 septembre 1928. AN 19850675/3 dossier 220 – Dillon & Read.

[9]. Commercial West, volume 50, p. 5. Voir Justia US Law – U.S. Court of Appeals for the Seventh Circuit – Commissionnal of internal revenue v. Fiske’s Estate, 128 F.2d 487 (7th Cir. 1942), May 23, 1942 et Ibid.

[10]. R. C. Perez, E. F. Willett, Clarence Dillon, A Wall Street Enigma, Lanham, New York, London, Madison Books, 1995, p. 68. Voir aussi AS de la présence d’observateur de banques américaines à Paris, 13 octobre 1926 et Note du 16 juillet 1927. AN 19850675/3 dossier 220 – Dillon & Read.

[11]. A.S. de Kuhlmann, 28 janvier 1928. Ibid.

[12]. The Pecora Investigation. Stock exchange practices and the causes of the 1929 Wall Street crash, U.S. Senate Committee on Banking and Currency, Cosimo Reports, New-York, 2010, p. 224.

[13]. T. Hoopes, D. Brinkley, Driven Patriot : The Life and Times of James Forrestal, Naval Institute Press, Annapolis, Maryland, 1992.

[14]. The London Gazette, 8 septembre 1939. Recueil, p. 6145. www.thegazette.co.uk

[15]. Alfred E. Clark , « Charles C. Parlin, led a church unit », The New York Times, 16 novembre 1981 ; Curtis Publishing Company Records Ms Coll. 51. Penn Libraries – University of Pennsylvania.

[16]. The Pecora Investigation, op. cit., pp. 334-340.

[17]. Toutes les informations sur le voyage de l’hiver 1940 sont tirées de l’enregistrement sonore de Charles C. Parlin s.d. et de J. & B. Parlin, Incidents in the Lives of Charles Coolidge Parlin and Daisy Blackwood Parlin and their descendants, vol. 3, pp. 69-88, texte familial imprimé dont la rédaction a débuté en 1932. Je remercie M. Blackwood Parlin et son épouse Joan pour l’envoi de ces documents exceptionnels. Toutes les recherches que j’ai menées dans les archives américaines à ce sujet sont restées vaines. Je tiens à remercier pour leur aide précieuse M. William Baehr de la Franklin D. Roosevelt Library et Dale Patterson de la Commission on Archives and History United Methodist Church (CGAH).

[18]. J. Euwe, Dutch-German relations after the Great War. Interwoven economies and political détente, 1918-1933, Erasmus Universiteit, Rotterdam (thèse de Doctorat non publiée), 2012, pp. 111-112.

[19]. Comisaris der nederlandsche regeerung voor het nederlandsch-duitsche credietverdag, à M. le conseiller privé Dr Alexander Kreuter, 21 janvier 1943, signé De Wries. ADP 1632 W 762 Tredefina.

[20]. Déposition de Henry S. Weller, 11 décembre 1947. Ministère public c/Maurice Devies. AN Z 6NL 574 dossier 14186 f° 32. On trouvera une copie de ces dépositions dans Ministère public c/x (Société de crédit et d’investissement). AN Z 6 NL 174 dossier 4175 f° 714.

[21]. Ministère public c/Maurice Devies. AN Z 6NL 574 dossier 14186 f° 31.

[22]. Hans Max Hirschfeld fut notamment secrétaire général du ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Navigation des Pays-Bas, du 8 mai 1940 au 1er janvier 1947.

[23]. Déclaration – Traduit de l’Anglais. Dr Hirshfeld, 3 février 1948. Signé illisible – Directeur de la Chancellerie – Sceau de l’ambassade des Pays-Bas à Paris. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI).

[24] N° 274. Memorandum by the Director of the Economic Policy Department – confidential, Berlin, October 18, 1939 – The shipment of tin from the Netherlands Indies via the Siberian Railway. Documents on German foreign policy 1918-1945, pp. 314-315. NARA.

[25]. Idem pièce n° 536 du 13 janvier 1940, p. 663.

[26]. M. Lak, “How to get one’s stuff back. Dutch government efforts to defend Dutch investments in Germany, 1945-1952 “, 14 th Annual Conference of the EBHA 2010 : « Business beyond the firm », The center for Business History, University of Glasgow, 28-08-2010.

[27]. «Note concernant la Treuhandverwaltung », s.d. signé Dr Kreuter. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI). L’organigramme a déjà été publié par P. Verheyde, Les mauvais comptes de Vichy. L’aryanisation des entreprises juives, Paris, Perrin, 1999, p. 500 note 46. Sur Röchling : M. Manale, « Hermann Röchling, un baron de fer allemand en Lorraine», Les Temps Modernes, 2014/3 n° 679, pp. 236-237.

[28]. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI). Rapport Bieuville et Heusse, 31 juillet 1946, p. 16.

[29]. J. S. Martin, All honorable men. The Story of the Men on Both Sides of the Atlantic Who Successfully thwarted plans to dismantle the Nazi Cartel System, Little Brown, First Edition, Boston, 1950, rééd., Open Road Integrated Media, New York, 2016.

[30]. F. Calvi et M.-J. Masurovsky, Le Festin du Reich. Le pillage de la France occupée, Paris, Fayard, 2006, pp. 390-394. Malheureusement, je n’ai pu trouver le document cité en référence par ces auteurs. Je remercie Mme Cate Brennan de la NARA pour les recherches menées à ce sujet.

[31]. Headquarters Third United States Army (…) Interrogation Report n° 46. Source : Scheuermann, Wilhelm, 10 september 1945. NARA. Document aimablement communiqué par Daniel Catan.

[32]. Au cours imposé par les nazis pendant l’Occupation, soit 20 francs pour 1 RM.

[33]. A. Lacroix-Riz, Industriels et banquiers sous l’Occupation, Paris, A. Colin, 1999, pp. 352-354.

[34]. P. Verheyde, op. cit., pp. 146-147.

[35]. Ministère public c/Maurice Devies. AN Z 6NL 574 dossier 14186 f° 33-35 et 31. M. le secrétaire général Boué du CGQJ au délégué du MBF pour l’aryanisation de l’économie près le CGQJ, 27 décembre 1943. AN AJ 40 830. Seligmann & Cie au DSK, 13 décembre 1940. AN AJ 40 1081.

[36]. Les montages de Kreuter en France ont été abordés en 1999 par P. Verheyde, op. cit., pp. 146-148, et A. Lacroix-Riz, op. cit., puis en 2006, par F. Calvi et M. Masurowsky, op. cit. Ces derniers ne citent ni l’apport essentiel de P. Verheyde ni celui d’A. Lacroix-Riz qui ignore elle-même celui de ces trois auteurs dans sa réédition de 2013. Enfin, les deux derniers ouvrages n’ont pas suffisamment utilisé les sources disponibles sur le sujet, F. Calvi et M. Masurowsky se fondant sur un résumé du rapport d’expertise transmis à la Haute Cour et sur deux documents de la NARA dont un mal référencé et A. Lacroix-Riz essentiellement sur la série F37 des archives nationales enrichie de quelques articles des séries AJ 38 et AJ 40.

[37]. Lettres des 9 octobre, 4, 22 et 26 décembre 1947 et Kennerley Hall à l’Administration des Domaines, 9 décembre 1947. ADP 1632 W 760 Dossier Treuhand und Revisionsstelle.

[38]. « Holocaust Shame of Barclays », The Guardian, 28 march 1999 et « Parisian Branch of British Bank Offer to turn Jews on during the War », JTA, 30 march 1999. Sur la Treuhand : A. Nielen, L’occupation de la Belgique et de la France (1940-1944) et les archives de l’administration militaire allemande, IHTP-CNRS, s.d.

[39]. Nazi Conspiracy & Aggression, Volume VI. Copy of Document 3615-PS, Walter W. Ostrow to Benedict S. Deinhard, Examination of the Records of the Reichskreditkasse, Frankfort/Main, 29 September 1945. The Nizor Project. Archive/File: imt/nca/nca-06/nca-06-3615-ps.

[40]. Rapport Bieuville et Heusse, pp. 33-34 et 165. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI).

[41]. « “Das Judentum hat ausgeträumt“ Die Nazi-Vergangenheit der führenden CDU-Spendensammler », Der Spiegel, 26 juin 1989. Je remercie mon ami Jacky Ehrhardt pour avoir eu la gentillesse de traduire tous les textes en allemand utilisés pour la rédaction de cet article.

[42]. Ibid.

[43]. J.-Y. Mollier, Edition, presse et pouvoir en France au 20ème siècle, Paris, Fayard, 2008, p. 1957.

[44]. W. Von Schramm, Conspiracy among generals, Charles Scribner & Son, Lyn (MA-USA), 1956, p. 113 et J. Steinmetz, Das Stauffenberg-Attentat aus französicher Perspektive : Der 20 juli. 1944 in Paris, Diplomica Verlag, Hamburg, 2012, pp. 22-23.

[45]. Nous suivons ici l’analyse des experts comptables chargés de la SCI, p. 60. En mars 1943, les services du MBF firent accélérer la régularisation de l’aryanisation des sociétés contrôlées par Kreuter (SFP et SFE). Economie I/1S/Do au Groupe Economie V/2 (Banques), 24 mars 1943. AN AJ 40/830.

[46]. Et non son « frère », contrairement à ce qu’écrit A. Lacroix-Riz, op. cit., p. 438. Il s’agissait des usines mosellanes de la Cie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt, de la Cie des Forges de Châtillon, Commentry et Neuves-Maisons, de la SA des Hauts-Fournaux et fonderies de Pont-à-Mousson et enfin de la SA des Hauts-Fournaux, forges et aciéries de Pompey.

[47]. Aux usines des entreprises citées supra s’ajoutèrent celles de la SA des Aciéries du Nord et de l’Est, de MM. de Wendel et Cie et de la Sté des Hauts Fournaux de Maxéville. Loi n° 153 du 1er avril 1944 relative à la reprise des usines de Meurthe-et-Moselle. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI) f° 83.

[48]. Déposition de Robert Babouin, directeur de la Sidérurgie au MPI, 20 décembre 1944. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI) f° 91.

[49]. Sur les Chantiers de Saint-Nazaire, la SMAL et les Galeries Lafayette voir P. Verheyde, op. cit., pp. 91-92, 141-146 et 259-260.

[50]. Rapport Bieuville et Heusse, p. 57. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI).

[51]. Rapport de l’inspecteur Robert des « Domaines » sur la SA des Entreprises charentaises. Ibid.

[52]. Note de R. Derazey du 5 décembre 1944. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI).

[53]. Audition d’E. Kopp par la DST, le 29 novembre 1944. Ibid.

[54]. PV de l’AGO du 11 janvier 1945 ; Rapport de l’inspecteur Dacher du 13 avril 1945 ; Déposition de Maurice Audeux du 19 décembre 1947 ; Exposé des motifs. Ministère public c/x (SCI), p. 8 ; Idem et BA – Berlin R 8121 Bank der deutschen Luftfahrt AG dossier 232.

[55]. Dossier EFP. AN Z 6 NL 174 dossier 4175.

[56]. Records of the American Commission for the Protection and Salvage of Artistic and Historical Monuments in war areas – The Roberts Commission, 1943-1946. Roll 85. NARA

[57]. Records concerning the central collecting points Ardelia Hall Collection (…) 1945-1951. Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, Bruno Lhose interrogations, 16 June 1945. NARA.

[58]. Interrogation Report n° 46. Source : Scheuermann, Wilhelm, 10 september 1945. NARA.

[59]. Rapport de l’inspecteur Robert des « Domaines » sur la société Wildenstein. AN Z 6 NL 174 dossier 4175.

[60]. The Roberts commission, pp. 104 et 787. NARA.

[61]. Rapport Bieuville et Heusse, p. 127.

[62]. La correspondance entre les Dr (SS Hauptsturmführer Karl Maria) Hettlage, Kreuter, Scheuermann, Michel et Buwert se trouve dans le dossier R3 1948 des Bundesarchiv de Berlin.

[63]. Le Pr Dr Hettlage au Dr Kreuter, Berlin, 8 janvier 1945. BA – Berlin R3 1948. Pour donner un ordre de grandeur la production française était de 670 000 T. en 1937. L’économie militaire en France. OKW, 26 août 1939. BA-MA RW19 5285.

[64]. Commission d’épuration du 1er arrondissement. Affaire Duborgh. Interrogatoire du 30 novembre 1944. AN Z 6 NL 174 dossier 4175 (SCI). Pour tout ce qui concerne Monaco, voir P. Abramovici, Un rocher bien occupé. Monaco pendant la guerre 1939-1945, Paris, Seuil, 2001 et Id., Szkolnikoff, le plus grand trafiquant de l’Occupation, Paris, Nouveau monde éditions, 2014.

[65]. Cession – transport de créances, 8 juillet 1958. ADP 1632 W 658 Dossier Travaux et mines du Midi. Les dossiers de la Tredefina se trouvent aux ADP sous les cotes 1632 W 762 et 1863 W 107.

[66]. Notamment du Dr L. J. A. Trip, ancien secrétaire général du ministère des Finances et président de la Banque néerlandaise, et de Hans Max Hirschfeld.

[67]. J. S. Martin, op. cit., pp. 220 sq.

[68]. Voir entre autres A. Deysine, « Industrie et politique aux Etats-Unis : confusion des pouvoirs, confusions des genres », D. Barjot et alii (dir.), Industrie et politique en Europe occidentale et aux Etats-Unis (XIXème – XXème siècles), Paris, PUPS, 2006, pp. 355 sq.

[69]. M. Lak, loc. cit.

[70]. Memorandum to the commanding general – OMGUS, July 26, 1946, (signed) Philip Blacklow. NARA.

[71]. C. Higham, Trading with the ennemy. The Nazi-American money plot 1933-1949, Delacotte Press et iUniverse Inc., 1983, 2007 dont on nuancera certaines affirmations grâce à l’excellente étude d’A. Tooze, Le salaire de la destruction. Formation et ruine de l’économie nazie, Paris, Les Belles Lettres, 2012.

[72]. Y. Pourcher, Pierre Laval vu par sa fille d’après ses carnets intimes, Paris, Le Cherche-Midi, 2002, Tallandier, 2014.

[73]. J. S. Martin, op. cit., pp. 220 sq.

[74]. Ce fut aussi le siège de la Société des moteurs Renée et de la TMM.

[75]. Embassy of the USA – Jesse Isidor Straus to the Secretary of State, Paris, June 1, 1936. State Department Records – France. NARA.

[76]. J. S. Martin, op. cit., pp. 220 sq. Pierre Abramovici a été le premier, en France, à évoquer le projet germano-franco-américain, dans le documentaire Une Etrange neutralité [Arte, 1999] puis dans son livre Un rocher bien occupé, Paris, 2001, pp. 81-82. En citant leur source de manière incomplète, F. Calvi, M.-J. Masurovsky, op. cit. p. 393, mentionnent pour les groupes américains, tous clients d’Aldebert (et non pas Albert ou Adalbert comme écrit pp. 393 et 643) de Chambrun : « Chase National, Guaranty Trust, National City Bank, Morgan, Ford France et Watson International Business Machine. Parmi les groupes français on trouve la banque Schneider, l’Union européenne, la banque de l’Indochine, la Société française d’assurances et de crédits, les Assurances générales Phoenix, la Société d’Assurance et réassurance, la Société des grands hôtels et Gibbs, Segard & Cie ». Clarence Dillon était le dirigeant et non « le fondateur » de la Banque Dillon & Read, et non « Dillon Reed », contrairement à ce qui est écrit p. 391. F. Calvi, M.-J. Masurovsky, op. cit. pp. 391 et 643 notes 66 et 67.

[77]. Otto Wolff Paris An die Otto Wolff – Geschäftsleitung Köln, 29 april 1942. Records of the external assets Investigation Section of the Property Division OMGUS 1945-1949, pp. 126-129. NARA.

[78]. F. Calvi, M.-J. Masurovsky, op. cit. p. 393.

[79]. J. S. Martin, op. cit., pp. 220 sq.

[80] . Der Spiegel, loc. cit.

[81]. M. Manale, loc. cit., p. 244.

[82]. TMP c/Henri de Styczinski. Jugement N° 2979A du 11 février 1960. DCAJM. Le dossier a malheureusement disparu lors d’un incendie survenu au dépôt du Blanc en 2004.

[83]. DCAJM – TMP de Paris c/ Alexander Kreuter – Jugement 781/5953 du 5 juin 1952.

[84]. J.T. Lisle, Deputy Chief Public Finance Branch, 24 june 1949, p. 6. Records regarding intelligence and financial investigations of the financial intelligence group – OMGUS. NARA

[85]. C. Giannini, « I giorni dell’ alluvione al Kunsthistorisches Institut dalla corrispondeza di Alexander Kreuter et Hans Martin von Herffa », Mitteilungen des Kunsthistorisches Institutes in Florenz, Max-Planck, 2010-1012, pp. 196-206.

[86]. On peut consulter les dossiers de séquestre aux ADP sous les côtes 1632 W 699 (Cie d’exploitation de bauxite), 576 (Société des bauxites du Midi).

[87]. Ministère public c/Dupré. AN Z 6NL 104 ; BA–Berlin R2 17762 et 21606. Voir A.-S. Milward, The New order and the French economy, pp. 86-89 et 235-243 ; M. Margairaz, L’Etat, les finances et l’économie…, vol. I, Paris, CHEFF, 1991, pp. 489 sq.

[88]. H. Isnard, « La production de la bauxite en France », L’Information géographique, 1952, vol. 16, n°1, pp. 9-12.

[89]. Pour la Suisse et la Suède, voir A. Tooze, op. cit. p. 376. Pour les Pays-Bas, J. Euwe, Dutch-German relations, op. cit., pp. 251 et 263.

[90]. « Britain sells more coal. Increase exports to Italy, Germany and Holland », The Northern Times, 8 september 1939, National Library of Australia.

Le silence des oiseaux – Un périlleux voyage

Le silence des oiseaux, excellent documentaire de Su Rynard qui explique pourquoi environ 40% des passereaux (mésanges, alouettes, moineaux) ont disparu depuis les années soixante

Présentation :

« Imaginez un monde privé de chants d’oiseaux… La population de passereaux décline de manière alarmante. Avec des scientifiques, des écologistes et des amateurs, ce documentaire en deux parties décrypte ce phénomène.

La disparition des passereaux pourrait, à terme, avoir de graves conséquences pour l’écosystème. Cette première partie va à la rencontre de scientifiques, écologistes et amateurs mobilisés dans le monde entier pour comprendre le déclin de ces populations migratrices, dont le parcours est semé d’embûches. Le film explore la vie de ces oiseaux et les principaux dangers auxquels ils sont confrontés. Prédateurs en tous genres et environnements urbains hostiles sont un fléau pour ces populations migratrices. Les scientifiques développent de nouvelles technologies dans l’espoir de sauver les passereaux de ce terrible déclin. Est-il encore temps d’intervenir avant que le chant des passereaux ne soit plus qu’un souvenir ? »

A revoir aussi sur le site d’Arte en HD.

Rwanda : un déni français

Ossements de victimes du génocide des Tutsis au Rwanda © Wikipedia

Je publie ici plusieurs extraits des commentaires que j’ai écrits au mois de juillet 2015 en réaction à l’article de Philippe Bilger, Un vieil homme indigne. L’auteur y évoquait le cas d’Oskar Gröning, condamné le 15 juillet, à l’âge de 94 ans, par un tribunal de Lunebourg, dans le nord de l’Allemagne, à quatre ans d’emprisonnement pour « complicité » dans l’assassinat de 300 000 Juifs dans le camp d’extermination d’Auschwitz entre 1942 et 1944.

Les commentaires ont digressé sur le Rwanda, un ancien militaire à la retraite, intervenant sous le pseudonyme de « Trekker » ayant défendu la thèse odieuse du double génocide contre laquelle je me suis élevé. D’après, les partisans de cette thèse, défendue notamment par des responsables politiques et d’anciens militaires français, les Tutsi auraient perpétré un génocide équivalent à celui des Utu. A travers cette équivalence, pourtant démentie par les faits, il s’agit bien entendu de minimiser, voire de nier la responsabilité de la France dans le génocide rwandais. L’article de la Revue XXI et l’action en justice de l’association SHERPA rouvrent  le dossier, grâce à des éléments nouveaux. Ces rebondissements permettent d’espérer qu’un jour toute la lumière sera faite sur le rôle précis joué par la France dans l’une des plus grandes catastrophes humaines du 20ème siècle.

Dans un premier temps, le dénommé « Trekker » avait tenté, suivant la même logique, de minimiser la responsabilité de la France dans la déportation des juifs pendant l’Occupation en déviant le sujet sur la fermeture des Etats-Unis à l’immigration juive. Voici exactement ses propos tels qu’il les adressa à un autre intervenant du blog de Philippe Bilger, propos que je m’en voudrais de déformer :

« @Parigoth,

Vous faites bien de rappeler que les alliés ignoraient l’ampleur du fait concentrationnaire et plus encore les exterminations qui se déroulaient en leur sein. Certes dès 1942 et 1943 Londres et Washington avaient reçu plusieurs rapports sur ces faits, et notamment celui très précis de Jan Karski résistant Polonais non juif. Churchill fut dubitatif face à ces informations, et Roosevelt avec les principaux membres de son gouvernement ne les crurent pas. Ils pensèrent que les faits étaient largement exagérés car ils étaient totalement hors norme, de plus le MI6, SOE et OSS disposaient de très peu d’agents en Pologne et Allemagne pouvant valider ces informations.

Même Morgenthau qui était juif et principal conseiller de Roosevelt, eut la même incrédulité ainsi que les responsables des grandes organisations juives – congrès juif mondial entre autres. La grande presse US traita ces informations sous forme d’encarts succincts et assortis de grandes réserves. Londres et Washington ne doutaient pas des massacres des juifs à l’Est par les einsatzgruppen, ce dont les soviétiques les avaient informés, mais de là à croire des rapports tels ceux de Jan Karski !

Bravo pour votre rappel judicieux de la conférence de Wannsee le 20 janvier 1942, où fut décidée dans le plus grand secret la solution finale, il permet de bien contextualiser les rafles des juifs avant et surtout après celle-ci. En France lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’ en juillet 1942 et de même en province, policiers et gendarmes requis pour cela savaient seulement que ces juifs devaient être internés dans des camps français. Seule la haute hiérarchie de la police et gendarmerie avait été informée que cet internement était provisoire, et que tous les juifs raflés seraient transférés dans les pays à l’est de l’Allemagne dans des colonies agricoles. Les nazis étaient suffisamment roués pour ne pas leur révéler leur véritable sort final, l’extermination dans des camps.

Il en fut de même pour la SNCF et ses conducteurs de train, qui étaient ne l’oublions pas placés sous tutelle militaire allemande, on leur avait seulement dit qu’ils transféraient ces juifs au camp de Drancy. Puis lors de leur déportation vers l’univers concentrationnaire, on leur avait servi la même fable qu’aux dirigeants de la police et gendarmerie. De plus les cheminots français s’arrêtaient à la frontière allemande et étaient remplacés par leurs homologues allemands, ils étaient bien loin de pouvoir constater de visu la destination réelle des juifs transportés.

Alors tous ces procès intentés par des organisations sionistes américaines à la SNCF, gouvernement français, etc. pour complicité de génocide sont d’une monstrueuse hypocrisie. Au plus on pourrait les taxer de complicité de génocide par ignorance de celui-ci, mais cette incrimination tient-elle en droit ? Notre hôte pourrait nous apporter ses lumières sur ce point.

Ces organisations sionistes américaines feraient mieux de se retourner sur le gouvernement US de l’époque, car jusqu’en novembre 1942 il eut une représentation diplomatique à Vichy. Bien que le maréchal Pétain fut très américanophile, et a contrario fort anglophobe, l’ambassade US délivra au compte-gouttes des passeports pour les USA aux juifs résidant en France : seuls ceux « utiles » tels les scientifiques ou artistes de renom en bénéficièrent. La grande masse des juifs surtout étrangers résidant alors en France voulaient émigrer, le gouvernement de Vichy et de même l’occupant allemand voulaient se débarrasser d’eux. Il aurait donc été aisé pour les USA de les faire émigrer en masse, cela avec la bénédiction de Pétain et la neutralité allemande. Car il ne faut pas oublier que ces juifs étrangers résidant en France constituèrent près des trois quarts de ceux envoyés dans les camps d’extermination.

@Trekker

Avec vous, les responsabilités sont toujours inversées suivant vos détestations (les Américains, les sionistes, etc.) et à vous lire on finirait même par s’imaginer que les Tutsi sont responsables de leur propre génocide, que les Allemands le sont de la faillite des Grecs et que les juifs de France auraient survécu sans l’égoïsme des yankees…
Pour le reste, vous êtes trop péremptoire. Le fait d’ignorer les détails de l’extermination justifiait-il de ne pas être poursuivi pour avoir collaboré à la déportation des juifs ? Certainement pas, d’autant plus que si personne, à part dans les hautes sphères alliées comme vous l’avez justement rappelé, ne connaissait ou ne voulait croire aux détails de la Shoah, nombreux étaient ceux qui avaient compris que les juifs étaient persécutés et risquaient la mort : voilà bien l’essentiel. Pensez-vous que des milliers de Français catholiques, protestants ou athées auraient pris de tels risques pour cacher des juifs (dont des enfants) uniquement afin de leur éviter des travaux agricoles et des colonies de vacances un peu forcées ? Personne n’avait conçu l’extermination méthodique des camps car elle dépassait l’entendement, mais le danger était palpable : il fallait avoir un peu de coeur et de bon sens pour le comprendre. Lors d’un crime de masse, le pire, à part l’acte criminel lui-même, réside souvent dans l’indifférence et la lâcheté. A cela s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la population française et, ceci, jusqu’au sommet de la Résistance.
Afin de mesurer ce que savaient les services de renseignements gaullistes sur la persécution des juifs en Allemagne, je vous transcris ci-dessous l’extrait inédit d’un rapport du BCRA daté de septembre 1943 :
« Wittenberge. Des PG (prisonniers de guerre, ndr) du camp III A sont employés dans la Norddeutsche Maschinenfabrik. A l’usine Zellwolle und Zellulose travaillent 40 prisonniers politiques allemands (communistes, déserteurs, etc.) et 100 ouvriers juifs qui sont gardés par des SS ; quand ils vont au travail et quand ils reviennent, on les voit défiler dans les rues de Wittenberge. Trois SS avec des mitraillettes sur le dos marchent en avant, ils crient « Fenster Zu » (Fermez les fenêtres) et la population doit s’écarter du trottoir voir (sic) entrer dans les maisons pour les laisser passer. Un juif qui essayait de ramasser un mégot dans la rue, a été abattu sur place ; un autre,qui dans l’usine ne s’écartait pas assez vite pour laisser passer un gradé SS subit le même sort (…) »
Tout à fait d’accord avec vous en revanche pour le bombardement des villes allemandes. Ce sont les raids incessants contre le réseau ferroviaire et les usines d’armement qui ont fini par paralyser la machine de guerre du IIIe Reich (en plus de bien d’autres facteurs qu’il n’est pas possible de résumer ici).

@ Laurent Dingli | 20 juillet 2015 à 11:13

Je ne cite pas des faits semblant vous déranger, au gré de mes détestations ou sympathies, mais uniquement en me basant sur sur les réalités historiques et non le politiquement correct.

Les Tutsis enrôlés dans les troupes de Kagame ont bel et bien une part de responsabilité dans leur génocide : dans le début des années 80 ils se livrèrent à moult atrocités contre les civils Hutus dans les régions qu’ils contrôlaient, et ils abattirent sciemment l’avion présidentiel revenant d’Arusha ce qui provoqua le double génocide Tutsis/Hutus : vous feriez bien de lire les ouvrages et lien que j’ai cités dans un post précédent.

Quant aux juifs résidant en France et notamment ceux étrangers ils ont bel et bien été victimes de l’égoïsme des USA, certes ceux-ci ne pouvaient pas imaginer les chambres à gaz, mais néanmoins ils savaient bien que les juifs étaient promis à un sort peu enviable : voir le commentaire précédent de Parigoth le 19 juillet 2015 à 19:25.

Les policiers et gendarmes qui arrêtèrent les juifs, comme les cheminots qui les convoyèrent jusqu’à la frontière allemande, furent au plus coupable de participer à des mesures répressives contre les juifs. Outre le fait qu’ils avaient été réquisitionnés par les nazis, le refus d’obéissance à leurs ordres était bien souvent la mort, ils savaient au plus que ces juifs seraient internés dans des conditions dures. Vous-même reconnaissez que jusqu’à la découverte de l’univers concentrationnaire, personne n’imaginait un tel génocide.

Je regrette, sur les juifs résidant en France entre 40 et 42, vous reprenez le procès inique fait à notre pays par certaines organisations US sionistes. Celles-ci outre l’attitude américaine à la même époque vis-à-vis des juifs demeurant en France, feraient bien de se pencher sur le comportement du groupe Stern en Palestine jusqu’en 1942, date de son emprisonnement pas les Anglais. Ces extrémistes juifs de droite furent d’indéfectibles suppôts des nazis. Ils considéraient les juifs européens comme des renégats qui ne voulaient pas émigrer en Palestine, écrivaient que le ghetto de Varsovie était bien moins dur que la tutelle anglaise en Palestine, et réclamaient avec insistance à l’ambassadeur allemand à Damas en 1942 des armes pour combattre les Anglais !…

Dans le même registre de complicité dans le génocide, ces mêmes organisations sionistes US devraient aussi faire le procès de Ben Gourion et Golda Meir en 1943 / 44. Ceux-ci déclarèrent et écrivirent que les seuls juifs dont devaient se soucier le mouvement sioniste pour les sauver, c’étaient les 8 à 10 % de jeunes adultes qui seraient utiles à l’édification du futur Etat d’Israël !…

Mais non, Trekker, ce n’est pas parce que vous qualifiez vos approximations et vos a priori de « réalités historiques » avec ce ton professoral un peu burlesque qui vous appartient que vos propos sont fondés.
Personne ne sait qui a provoqué la mort du président Juvénal Habyarimana (à part peut-être le si malin Trekker qui lit Pierre Péan !!) et les extrémistes du Hutu Power ont été suspectés au même titre que les Tutsi tandis que la rapport Trévidic a infirmé celui du juge Bruguière, que des proches de Kagame qui l’accusaient se sont rétractés, etc. Même si Kagame était responsable de ce crime, cela ne justifiait certainement pas de massacrer 800 000 hommes, femmes et enfants. Le penser serait aussi bête que de prétendre que les juifs auraient provoqué eux-mêmes la Nuit de Cristal parce que l’un d’entre eux avait assassiné le conseiller vom Rath. Les massacres de Hutu ? Mais les Tutsi ont été massacrés depuis 1959. Donc, je vais vous donner une petite leçon d’histoire niveau première année de fac : lorsqu’un fait n’est pas avéré après confrontation de sources contradictoires, on utilise le conditionnel et, surtout, on évite le ridicule d’échafauder toute une théorie fumeuse sur la foi de journalistes à succès ou de conspirationnistes.
Pour la complicité du génocide contre les juifs, vous nous ressortez de votre petite boîte à malice les terribles errements du groupe Stern ; c’est un peu votre joker quand vous ne savez plus quoi dire, ou plutôt lorsque vous nous servez votre argumentaire simpliste : les juifs de Palestine aussi auraient pu être inculpés pour crimes contre l’humanité (mais pas la police française ou la SNCF) ! Bravo, il fallait oser publier une telle pauvreté. Il ne vous a pas échappé que les membres du groupe Stern n’avaient pas transporté leurs coreligionnaires vers les camps du IIIe Reich et ne les avaient pas davantage conduits menottés jusqu’au camp de Drancy. J’ai pu rencontrer un policier français qui a prévenu de nombreux juifs pendant la rafle de 1942 (il se trouve qu’il était communiste). D’autres ne l’ont pas fait. C’est aussi simple que cela. En matière de justice, personne n’a dit qu’il fallait condamner le moindre petit exécutant, policier, cheminot, etc., mais votre déviation sur les Etats-Unis ne convainc pas sur le point essentiel, à savoir que les responsables (comme Papon, Bousquet) devaient être inculpés pour leur collaboration active dans la déportation des juifs de France. (Et puis, de grâce, ne revêtez pas l’habit blanc du briseur d’idées reçues, la blogosphère est remplie de théories fumeuses comme la vôtre.

@ Laurent Dingli | 21 juillet 2015 à 10:41

Je passerai sur vos propos fort déplaisants sur mon compte, mais pas sur l’attentat de l’avion présidentiel au retour d’Arusha. Le juge Bruguière établit après une longue enquête la culpabilité de l’entourage de Kagame dans cet attentat, et le juge Trévidic n’a jamais infirmé ce fait. Il a seulement été réalisé sur place une expertise technique tendant à prouver le contraire, mais fortement contestée par les parties civiles ; après il n’a plus commis d’actes d’instruction à ma connaissance, et avant de quitter ce dossier il l’a seulement laissé en l’état : ni classement sans suite ni renvoi devant une cour de justice.

J’ai uniquement écrit que cet attentat est le facteur déclencheur du génocide des Tutsis, car la haine entre les deux communautés était réelle et ancienne : massacres effectués par les Tutsis à l’encontre des Hutus, dans les zones dont ils avaient pris le contrôle au début des années 80 : voir le rapport d’enquête parlementaire français. Par ailleurs il faut faire un peu d’histoire, les Tutsis qui représentent ~  20% de la population du Rwanda, servaient en grande majorité d’auxiliaires dans l’administration coloniale belge. A l’indépendance de ce pays, les Hutus qui les considéraient comme collaborateurs de l’ex-colonisateur les chassèrent en partie en Ouganda et conjointement en massacrèrent une partie. Paul Kagame servait fin 1970 dans l’armée ougandaise, ainsi que ses troupes. En conséquence ils étaient considérés en 1980 comme des militaires d’un pays étranger puissant tentant de conquérir le Rwanda. Bien évidemment cela ne justifie pas ce double génocide mais l’explique.

La mise en cause de Pierre Péan est quasi systématique depuis qu’il a publié un livre sur le massacre de Sabra et Chatila, dont la responsabilité est due à Sharon et à ses troupes présentes sur place. De plus il a le mauvais goût de rappeler que depuis les années 60, les services secrets de l’état d’Israël sont fort présents en RDC, Ouganda et région dite des grands lacs.

Quant au groupe Stern, certes il n’a participé ni de près ni de loin à la déportation des juifs en Europe. Mais pour autant dans un premier temps il avait proposé de les déporter à Madagascar (ceci s’est avéré impossible du fait de la guerre), mais il se refusait à les accueillir en Palestine et s’est comporté comme un collaborateur zélé des nazis. En France il n’aurait bien évidemment pas été inculpé pour crimes contre l’humanité, mais fusillé pour intelligence avec l’ennemi !…

L’Irgoun moins marqué à droite que Stern fit quand même sauter en 1940 dans le port d’Haïfa un bateau anglais ne transportant que des juifs vers la Nouvelle-Zélande ou l’Australie pour les mettre à l’abri de persécutions. Mais ces « infâmes renégats » n’avaient pas fait le choix de la Palestine !… Sur la responsabilité indirecte des USA dans la déportation de juifs, lisez donc, ce que vous ne semblez pas avoir fait, le commentaire précédent de Parigoth le 19 juillet 2015 à 19:25.

@ Laurent Dingli | 21 juillet 2015 à 10:41

Concernant l’attentat contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana, vous devriez lire avec attention l’article fort détaillé du colonel de gendarmerie (ER) Michel Robardey qui se trouvait à l’époque à Kigali.

Il figure aux pages 19 à 21 dans le lien suivant :
http://p4284.phpnet.org/france-turquoise/wp-content/uploads/2012/07/afriquereellenumero3101.pdf

Et du même auteur son article sur le contexte historique du Rwanda :

http://www.france-turquoise.com/justifier-linjustifiable-par-linjustifiable

@Trekker

Je vous réponds et m’arrêterai là pour cette fois :

1. Les terroristes juifs de Stern et de l’Irgoun n’ont rien à faire dans une démonstration sur les complicités françaises dans la déportation des juifs.
2. Gardez vos leçons d’Histoire pour vous, un peu d’humilité ne vous ferait pas de mal.
3. Je n’ai aucun problème avec la dénonciation de la responsabilité d’Israël dans les massacres de Sabra et Chatila (je vous signale toutefois, puisque vous semblez encore une fois ignorer les premières responsabilités, que les massacres ont été perpétrés par des Libanais chrétiens, ce qui ne minimise en rien les responsabilités d’Israël).
4. Vous n’apportez aucune preuve définitive sur l’attentat qui a causé la mort de l’ancien président du Rwanda (la question de la trajectoire du missile n’est pas anecdotique). Surtout, vous vous êtes servi de cet événement pour suggérer de manière assez tendancieuse que les Tutsi étaient pratiquement coresponsables de leur génocide. Je n’aime pas cette façon de présenter les choses que je trouve odieuse et je le dis. Vous avez trop souvent utilisé ce procédé de détournement des responsabilités (les USA dans le cadre du génocide en France, l’Allemagne pour la faillite de la Grèce, les Tutsi au Rwanda, l’omission des Phalangistes au Liban, etc.) pour que je fasse l’économie de cette mise au point.

@Parigoth | 21 juillet 2015 à 18:35
« …L’historien africaniste Bernard Lugan – qui a été expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) – apporte ici plusieurs éléments sur l’attentat ayant coûté la vie au président Habyarimana :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2012/01/lassassinat-du-president-habyarimana.html »

Je connais fort bien les travaux de Bernard Lugan, auxquels d’ailleurs Pierre Péan se réfère dans ses deux livres sur les génocides des grands lacs. Je n’ai pas osé le citer, probablement par une forme de lâcheté, afin de ne pas déchaîner l’ire de Laurent Dingli !

@ Parigoth, Trekker

Je ne suis pas pour la pensée unique, je lirai donc avec intérêt les articles de Bernard Lugan que vous avez mis tous deux en lien, bien que cet historien soit en effet très controversé. Pensez tout de même à varier vos sources…

@Laurent Dingli
Je ne suis pas pour la pensée unique, je lirai donc avec intérêt les articles de Bernard Lugan que vous avez mis tous deux en lien, bien que cet historien soit en effet très controversé.

Controversé par qui ?
Par ses confrères de l’Université française, experts en pensée unique marxisante et pas uniquement dans le domaine de l’histoire, cherchant à faire taire tous ceux qui s’écartent de la ligne ?

Bernard Lugan sait de quoi il parle, il a en plus de ses connaissances théoriques, sillonné dans tous les sens bien des pays d’Afrique ce qui lui a permis de tenir compte des réalités, tant honnies des idéologues.

Enfin, en ce concerne l’article de Bernard Lugan sur le Rwanda, il est plus dicté par l’expert au TIPR que par l’historien.

@ Parigoth | 23 juillet 2015 à 10:21

Vous avez entièrement raison pour Bernard Lugan, les critiques souvent virulentes émanent de ses pairs de l’université française. Ces derniers, outre leur lecture de l’Afrique au travers de concepts marxistes ou tiers-mondistes, ne la connaissent guère concrètement : leurs voyages d’études sur quelques régions de ce continent se limitent bien souvent à quelques mois.

Bernard Lugan contrairement à ses confrères français, est lu et reconnu dans de nombreux pays, notamment anglo-saxons. De plus, être nommé expert auprès du TPIR qui jugeait le génocide du Rwanda n’est pas à la portée du premier venu et entre autres de certains charlatans universitaires français.

Si l’école de Saint-Cyr lui confie depuis des années la tenue de conférences sur l’Afrique, ce n’est pas dû au hasard : les officiers supérieurs encadrant son enseignement ont généralement une connaissance très concrète de la réalité africaine.

De plus, si un journaliste d’investigation scrupuleux comme Pierre Péan, bien que ne partageant pas les idées politiques de Bernard Lugan, s’est référé à ses travaux sur le Rwanda, cela ne relève pas du hasard.

@ Parigoth et Trekker

Vous m’envoyez tous deux le même article issu du blog de Bernard Lugan et en profitez pour vous conforter l’un et l’autre dans vos certitudes… Amusant !
Les visions unilatérales ne m’intéressent pas.
Je répète donc ce que j’ai déjà écrit à Trekker : même si Kagame est responsable de cet attentat, cela ne permet nullement d’établir une équivalence entre les responsabilités des Hutu et des Tutsi en matière de génocide.

@ Laurent Dingli | 25 juillet 2015 à 10:43
« …Vous m’envoyez tous deux le même article issu du blog de Bernard Lugan et en profitez pour vous conforter l’un et l’autre dans vos certitudes… »

Je vous ferai remarquer que l’objectivité consiste à s’informer auprès de sources divergentes. Vous ne semblez vous contenter et prendre pour « vérité d’évangile » que les versions actuelles de Libé, du Monde, de l’association Survie et d’ONG anglo-saxonnes : tous des défenseurs zélés de la vérité selon Kagamé !… Quand on vous cite Bernard Lugan c’est quasi l’horreur, et je doute que vous ayez condescendu à lire son article sur le Rwanda car vous seriez alors moins péremptoire.

J’ai par ailleurs cité dans un précédent commentaire les deux ouvrages de Pierre Péan (pas spécialement un homme de droite), les livres des généraux Lafourcade et Tauzin, le site « France Turquoise », et le rapport d’enquête de la commission parlementaire française en 1998 présidé par Paul Quilès. Vous semblez ne pas les avoir lus, ou même feuilletés.

Je vous signale un autre ouvrage sur le sujet « Les larmes de l’honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda » du colonel Jacques Hogard aux éditions Hugo et compagnie.

En outre n’aura pas échappé à votre sagacité que Le Monde et Libération, jusqu’en 2004/2005, prirent globalement fait et cause pour la politique française conduite au Rwanda entre 1990 et 94 ainsi que lors de l’opération Turquoise. Étrangement après (soit dix ans après les faits) ils firent un 180 degrés, mais leurs journalistes traitant alors de cela n’étaient plus les mêmes et étaient loin de connaître aussi bien l’Afrique que leurs prédécesseurs.

Exemple : Stephen Smith responsable du service « Afrique » à Libération de 1986 à 2000, puis à la direction du département « Afrique » du Monde de 2000 à 2005, et depuis professeur invité à l’université Duke aux USA. Il avait alors défendu la position française au Rwanda, la thèse de l’attentat de l’avion présidentiel commandité par Kagamé, celle du double génocide et a pris la défense de Pierre Péan.

De grâce, Trekker, n’ajoutez pas le ridicule de la fatuité à votre ton lourdement sentencieux. J’ai pointé votre façon détestable de détourner les responsabilités sur ce dossier comme sur d’autres, et cela vous agace, je comprends.

@ Laurent Dingli | 25 juillet 2015 à 23:36

Les dérobades et l’injure sont des facilités quand on connaît fort mal un sujet, et surtout quand on se refuse à lire des analyses contredisant ses propres préjugés.

Pas de projection, svp, c’est vous qui vous êtes dérobé après que j’ai démonté votre sottise sur Paul Kagamé, qui serait le seul responsable des millions de morts de RDC et autres affirmations péremptoires dont vous avez le secret (sur les Tutsi, l’Allemagne, les Etats-Unis, etc).
Votre suffisance tourne d’ailleurs au burlesque lorsque vous pensez savoir ce que je lis ou ne lis pas… J’ai signalé que l’analyse de Bernard Lugan, dont j’ai évidemment lu l’article, n’apportait rien de nouveau sur ce qui a été publié concernant l’assassinat de l’ancien président rwandais. Acceptez la contradiction et cessez de m’infliger vos sources partielles et partiales ainsi que votre petit numéro de singe savant, d’autant plus qu’il est fondé sur un mélange de rapports officiels, de littérature militaire et de documentaires mal digérés.

@ herman | 26 juillet 2015 à 05:01
« Il y a des discussions qui n’en finissent jamais ! Souvent, pour ne pas dire toujours… celles entamées par des historiens… »

Hélas Laurent Dingli n’est pas historien et surtout ne connaît pas les règles de base de cette discipline, il est seulement un lecteur d’ouvrages partisans publiés généralement par des personnes très engagées politiquement. Mais naturellement, comme tous ceux connaissant fort mal un sujet, il devient agressif et méprisant.

Que, faute d’arguments, un anonyme tel que vous ne reconnaisse pas ma qualité d’historien me laisse totalement de marbre. En revanche, je ne laisserai pas sans réponse votre discours négationniste sur le Rwanda qui, à l’instar des inepties publiées par les hurluberlus de votre acabit, est fondé en gros sur la thèse indécente du double génocide.
A part vous retrancher derrière les articles de Bernard Lugan, de Pierre Péan ou divers sources officielles, civiles ou militaires, vous avez été incapable de répondre aux objections que je vous ai adressées : notamment sur l’incongruité de présenter le seul Kagame comme responsable des millions de morts du Congo (une sottise parmi bien d’autres).
En fait, vous ne faites que recracher les thèses officielles, qu’au passage vous avez mal digérées, et n’avez manifestement aucun esprit critique.
Le rapport Quilès semble constituer votre Bible. Apprenez que le b.a.-ba de l’historien consiste à critiquer les sources, surtout lorsqu’elles sont officielles. C’est pour cette raison qu’on n’apprend pas l’histoire de l’URSS en lisant la Pravda ou celle de la Grande Guerre en épluchant les journaux écrémés par la censure. Seul quelques niais idéalistes ou quelques malhonnêtes n’ont pas encore compris que le rapport Quilès avait surtout pour but de dédouaner la France de ses responsabilités. Les Verts et les communistes avaient réclamé une commission d’enquête : le pouvoir s’est contenté d’effectuer une « mission d’information », ce qui a notamment eu pour conséquence de ne pas contraindre les témoins à prêter serment. Et les membres de cette mission n’ont passé que deux jours au Rwanda ! Au total, un rapport volumineux mais incomplet et dont l’objectivité est, sur certains points, plus que douteuse.
Vous gobez aussi sans sourciller toutes les conclusions du juge Bruguière et les articles de Bernard Lugan, mais ne dites évidemment rien du document remis en juin 2012 par une journaliste britannique sur l’armement des forces rwandaise ni sur les conclusions très nuancées du juge Trevidic.
Vous ne dites rien non plus des témoignages douteux et changeants effectués par le capitaine Barril, qui était proche du président Habyarimana, puis de sa veuve.
Vous ne dites rien de l’absence d’enquête après l’assassinat de trois Français dont deux gendarmes en mission au Rwanda: Jean-Paul Maïer, Alain Didot et son épouse Gilda, assassinés quelques heures seulement après l’attentat qui a coûté la vie au président rwandais.
Vous ne dites rien sur la manière dont ont été accueillies les six plaintes portées en 2005 pour complicité de génocide et de crimes contre l’Humanité, le juge Brigitte Raynaud ayant dû se battre un an contre le Parquet pour qu’elles soient jugées recevables. Et lorsque la magistrate a voulu se rendre sur place, le ministère de la Défense lui a opposé la sortie prochaine du livre de Pierre Péan (cela ne s’invente pas !) et la mise en cause imminente de Kagame !! Les mêmes arguments que vous remâchez, tel un vil perroquet, dix ans plus tard…
Vous ne dites évidemment rien du soutien apporté par la France au régime d’Habyarimana fondé sur la discrimination et les quotas ethniques, le même Habyarimana que le président Mitterrand considérait comme légitime alors qu’il était parvenu au pouvoir par un coup d’Etat (comme tant d’autres).
Vous ne dites rien évidemment sur le double discours du Pouvoir français qui, tout en prônant officiellement la démocratisation dans le pays, menait en sous-main une guerre contre le FPR, Mitterrand nourrissant une profonde hostilité à l’égard du « parti » des Tutsi.
Vous ne vous êtes apparemment jamais interrogé sur d’étranges coïncidences, comme par exemple le fait que le Hutu Power a été créé quelques jours seulement après la mission de Marcel Debarge au Rwanda, le ministre de la Coopération ayant exalté l’ethnicisme et convié tous les partis à lutter contre le FPR.
Vous ne dites rien bien sûr de l’hostilité affichée par la France envers la paix de 1993 qui, selon Mitterrand, faisait la part trop belle au FPR et aux Tutsi (et prévoyait le retrait définitif des troupes françaises).
Vous laissez penser, comme d’autres négationnistes, que les Hutu réfugiés à Goma auraient été victimes d’un contre-génocide alors que beaucoup sont morts du choléra (de 20 000 à 50 000 – Rapport Quilès, T. I, p. 335). Si ce terrible exode a eu lieu, c’est tout d’abord la faute des génocidaires eux-mêmes.
Rien non plus sur le rôle de l’armée française auprès de l’armée régulière rwandaise à partir de 1990, les Français allant jusqu’à régler les tirs de mortier ou à participer à l’élaboration des plans de bataille (rapport Quilès, T. I, p. 151).
Vous reprenez allègrement les mensonges de la propagande officielle qui veulent faire croire que l’opération Turquoise était une opération purement humanitaire alors que dans l’esprit des gouvernants de l’époque il s’agissait surtout de stopper l’avancée du FPR et de conserver une zone pour les Hutu génocidaires (dans ce cadre la ligne dure incarnée par Mitterrand, Védrine et Juppé semble l’avoir emporté sur la ligne modérée constituée par Balladur et Léotard).
Et comme gage de sérieux, mis à part Péan et autres Lugan, vous m’opposez l’association France Turquoise qui est chargée de défendre publiquement l’action de l’armée et de la France au Rwanda au début des années 1990 ! Et ça ose se prétendre historien ! Sacré comique, va !
Je m’arrête là pour l’instant, mais je vais vous dire une dernière chose en conclusion. Le rôle de la France dans le cadre du génocide n’est pas encore clairement établi pour la simple raison que les archives ne sont pas accessibles et que si quelques pitres suivistes ont, pour des raisons idéologiques, envie de répéter comme des perroquets toutes les vérités officielles, qu’ils ne se retranchent pas derrière la notion d’histoire qui n’a aucun sens ici.

PS: Non sans lucidité, vous évoquiez il y a peu cette « sorte de lâcheté » qui vous empêchait de me répondre. Il faut en effet manquer cruellement d’honneur et de courage pour lancer des attaques ad hominem sous le sceau vulgaire de l’anonymat.

@ Laurent Dingli | 31 juillet 2015 à 00:08

Je ne perdrai pas mon temps à argumenter sur vos nouveaux commentaires auxquels j’ai déjà répondu précédemment, car de plus l’injurieux le dispute au partisan le plus sectaire. Seul vous savez la vérité vraie sur le Rwanda, et bien évidemment la mission d’enquête parlementaire présidée par Paul Quilès n’était que pantalonnade, Bernard Lugan ne peut être que disqualifié de par ses idées politiques d’ordre privé, Pierre Péan n’est qu’un « charlot », et quant aux rapports et ouvrages des militaires ils ne sont qu’élucubrations autojustificatrices… sic et resic… (…)

@Trekker
Je ne perdrai pas mon temps à argumenter sur vos nouveaux commentaires auxquels j’ai déjà répondu précédemment

Non, vous n’avez répondu à rien et votre défilade opportune ne m’étonne guère.

Pour le reste, arrêtez l’intox et cessez de me prêter des propos que je n’ai pas eus. Entre autres, je n’ai jamais jugé les convictions de Bernard Lugan que je ne connaissais pas et dont, par ailleurs, je n’ai que faire, mais cet énième détournement vous permet de jouer la carte piteuse de la victimisation, toujours faute d’arguments probants.

Parlons de vos références : le colonel Tauzin qui a lui-même dirigé les opérations contre le FPR à l’époque de « Birunga » ! Un monument d’objectivité pour le comique involontaire que vous êtes… Didier Tauzin pour qui les Tutsi étaient les « Prussiens de l’Afrique » (sic) qu’il fallait renvoyer en Ouganda, le même Didier Tauzin fort marri que le début de la cohabitation, en France, le contraigne à abandonner la contre-offensive contre le FPR, le même Tauzin qui croit encore dur comme fer que, sans ces empêcheurs de guerroyer en rond, il n’y aurait pas eu de génocide un an plus tard… Ben voyons ! Dès le lendemain de l’assassinat d’Habyarimana, le preux était toujours prêt à en découdre contre le FPR et attendait le feu vert de Mitterrand, imaginant même prendre le commandement d’une armée de reconquête !! On aurait envie de rire si ce n’était tragique… Vous avez d’autres références aussi concluantes ?

@Trekker

Il me semble que Laurent Dingli dans son dernier commentaire s’appuie entre autres sur le rapport Quilès et ce dernier n’est donc pas pour lui qu’une « pantalonnade ».
Avez-vous lu le dernier commentaire de Laurent Dingli avant de lui répondre ?
Par ailleurs, ce n’est peut-être pas une licence d’histoire que de passer à la radio mais je me souviens que Laurent Dingli fut un jour l’invité de Franck Ferrand sur Europe 1 en tant qu’historien…

@herman | 31 juillet 2015 à 20:12

Laurent Dingli bien évidemment se garde de taxer de « pantalonnade » le rapport de la commission parlementaire présidée par Paul Quilès, mais ce terme traduit bien l’appréciation qu’il lui porte dans ses deux commentaires.

Qu’il fut invité sur Europe 1 en tant qu’historien (concernant le Rwanda 🙂 :)… cela ne prouve en rien son objectivité, et je dirais même son honnêteté intellectuelle sur ce sujet. Car toutes ses démonstrations ne sont qu’un décalque des thèses véhiculées par l’association Survie, celle-ci est de fait le propagandiste zélé de Kagame et de certains milieux anglo-saxons.

Vu sa référence aux critiques des parlementaires ELV et communistes au sujet de la commission parlementaire sur le drame rwandais, il se démasque : l’historien ne fait qu’habiller sa haine des militaires français, et ce quelles que soient les opérations auxquelles ils sont mêlés. Cela transparaît manifestement à la lecture de ses appréciations sur les livres et les sources militaires que je lui ai cités.

Certes il n’est pas le seul historien chez qui l’idéologie prime sur l’examen lucide des faits, critiques et comparaisons non partisanes des sources. Il me rappelle fâcheusement, sur un autre thème, une Annie Lacroix-Riz ex de Normale supérieure, agrégée d’histoire, docteur ès lettres et professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII… dont une pétition comportant les signatures de nombreux historiens a demandé sa révocation de l’université !…

@Trekker

Une fois encore, vous projetez sur moi votre propre sectarisme. C’est décidément votre mode de fonctionnement. Comme j’ai eu le front de souligner quelques-unes de vos énormités sur le Rwanda et la politique française dans la région, et que vous êtes incapable de me répondre, vous me rangez, de manière cocasse, dans le camp des méchants gauchistes internationalistes et de l’anti-France ! Chacun appréciera l’épaisseur de l’argument (à ce propos, merci herman pour votre intervention objective). Je n’ai rien contre l’armée, mais, contrairement à vous, je conserve un esprit critique : certains militaires se sont comportés de manière honorable lors de ce drame ; d’autres ont fait preuve, pour le moins, d’aveuglement volontaire, voire davantage.
Vous vous faites du mal, mon pauvre Trekker. Plutôt que de griffonner votre rage sur le blog de Philippe Bilger à trois heures moins le quart du matin ! vous devriez prendre un bon bain glacé et aller vous coucher.

Pour lire l’ensemble des interventions à cet article, voir Un vieil homme indigne sur le blog de l’ancien magistrat Philippe Bilger, Justice au singulier.

Martin Gray, La vie renaîtra de la nuit

Je voulais faire partager ce passage extrait de La vie renaîtra de la nuit que Martin Gray, rescapé de la Shoah, a écrit après la disparition tragique de toute sa famille, lors de l’incendie de sa maison, survenu dans le sud de la France :

« Une nouvelle fois, je découvrais la tendresse, la sensibilité profonde des animaux, que trop d’hommes croient avec orgueil sans sentiments. Comment oublierai-je le chat du bord du fleuve, à Varsovie, qui, alors que tant d’hommes n’étaient que bêtes sauvages, était pour moi, enfant pourchassé, la douceur et l’affection !
« Ici, aux Barons, j’avais vu nos chiens puissants se laisser chevaucher par mes enfants, jouer avec eux, en mesurant tous leurs mouvements de manière à ne pas leur faire mal, pleins d’une attention humaine pour le dernier-né. Et sans doute mon chien, au lieu de s’enfuir quand les flammes avaient atteint la voiture, avait-il voulu rester près des miens, jusqu’au bout, périr avec eux.
« Et maintenant Lady, qui souffrait avec moi, qui refusait la nourriture, comme si elle avait voulu se laisser mourir, et il fallait que, morceau après morceau, en lui parlant, en lui présentant longuement la viande, je la force à manger. Il fallait, pour qu’elle accepte, que je lui parle, que je la raisonne. « Tu vois Lady, nous sommes tous les deux. Tu ne veux pas m’abandonner ? Tu ne veux pas me laisser seul ? Tu me restes toi ! Mais il faut que tu manges. »
« Lady me regardait avec ses yeux graves et doux. Elle avalait avec difficulté. Elle se forçait, je le sentais, pour me satisfaire, mais en elle, quelque chose résistait. Elle n’avait plus le désir de vivre. Et pour moi qui devait me décider à chaque seconde à continuer d’exister, la présence de Lady, son désespoir qu’elle ne pouvait exprimer par des mots mais qui était visible dans chacune de ses attitudes étaient une remise en cause de chaque instant. J’avais envie de m’étendre près d’elle et nous serions restés côte à côte, jusqu’à ce que le sommeil nous prenne et nous emporte vers ceux que nous aimions ».

Martin Gray, La vie renaîtra de la nuit, Paris, Le Livre de Poche, 1996.

Mon beau renard

Renard roux © Crédit inconnu

Mon petit prince à la robe feu, mon goupil, mon âme sauvage,
Je me souviendrai du jour où je t’ai vu trotter sur la lande. Toi mon bandit de grands chemins, mon paria famélique, mon solitaire. Je t’ai surpris dans cette quête sans fin, au hasard d’un sentier, essayer d’échapper aux fusils des chasseurs.

Mon petit prince à la robe feu, mon goupil, mon âme sauvage,
Quand j’ai vu ce qu’ils t’avaient fait. Quand je les ai vus t’enfermer dans une cage jusqu’à te rendre fou de douleur, puis t’électrocuter par l’anus pour te voler ta belle fourrure. Quand je les ai vus te déchirer le corps avec leur piège de fer, te brûler les entrailles avec leur poison, te déterrer pour te faire déchiqueter par leurs chiens. Quand je les ai vus rire de ta souffrance et de ta mort puis s’en glorifier devant ta pauvre dépouille, j’ai compris que c’étaient les mêmes qui avait inventé Auschwitz et Hiroshima, le génocide des Arméniens et celui du Rwanda.

Mon petit prince à la robe feu, mon goupil, mon âme sauvage,
Je t’ai vu, tout petit encore, pendant tes si rares moments d’insouciance, jouer dans mon jardin en courant derrière un papillon. Une autre fois, je t’ai surpris, sur un sentier du Finistère. J’étais contre le vent, avec mon labrador Master, et nous nous sommes arrêtés tous deux. Moi, pour t’admirer, et Master, pour renifler les odeurs poivrées et musquées de la lande. Comme tu avais l’air heureux et libre alors. Tu t’étirais de plaisir, au soleil, sur l’un des chemins creux qui mènent à la plage de l’Aber. Je ne sais pas combien de temps a duré cette ivresse. Et puis tu nous as vus et tu es parti avec ta légèreté coutumière comme un songe empanaché. Il m’a fallu un effort pour me remettre de cet état, mélange d’extase, de curiosité et de torpeur.

Mon petit prince à la robe feu, mon goupil, mon âme sauvage,
Je n’oublierai jamais le jour où je t’ai vu agoniser sur une route de la région parisienne, la nuit, non loin du parc de Saint-Cloud. Tu venais de te faire renverser, et le conducteur,
à la fois pressé et tranquille, comme tous les tueurs involontaires, avait déjà passé son chemin. Nous nous sommes arrêtés, ma femme et moi, et nous avons croisé, impuissants, ton dernier regard qu’éclairait la lumière diaphane des réverbères.
Comme ce regard, bientôt voilé par la mort, était poignant tant il recelait d’incompréhension, de souffrance et de tristesse. J’aurais voulu te parler, te caresser, te dire que je n’étais pas comme eux, que je savais que tu existais et que je ne me voyais pas comme l’unique habitant de ce monde.

Mon petit prince à la robe feu, mon goupil, mon âme sauvage,
Je te rends grâce, toi l’ange rebelle, tu m’as sorti un peu de la médiocrité de mon espèce en m’indiquant la voie de la paix, du respect et de la tendresse.

Laurent Dingli 27 juin 2017

Illustration : extrait de l’affiche du merveilleux film de Luc Jacquet, Le renard et l’enfant.

Le renard : un massacre perpétuel

Voici les méthodes atroces utilisées chaque année pour « réguler » le renard, une espèce qui s’auto-régule naturellement et qui est bien plus utile à la nature que les assassins qui la traque.

Mobilisons-nous, partageons cette vidéo ! Mettons fin à cet acte de barbarie.

Signons également la pétition :

Le collectif Bernard Le Renard lutte pour retirer le renard des listes des animaux nuisibles (injustement répertorié) en France afin de le protéger des pratiques barbares et de masse qui sont employées pour sa destruction. Sa page Facebook et son compte twitter.

Vous pouvez aussi soutenir les associations qui luttent plus particulièrement pour la protection de la faune sauvage telles que l’ASPAS (Association de protection de la faune sauvage) ou FERUS (Ours-loup-lynx Conservation).

Presse : Voir Le renard est-il vraiment un animal nuisible ?, l’interview de François Mautou, parue dans La Croix à l’occasion du colloque national sur le renard des 12 et 13 mai 2017, et Le renard n’est pas un animal nuisible, arrêtez de le massacrer, la tribune d’Ariane Ambrosini, juriste auprès de l’ASPAS, sur le site de reporterre.

La belle Zorah : ni pute ni soumise !

Zorah – plage de l’Aber © Laurent Dingli – Tous droits réservés

Douce, intelligente, élégante et gracieuse sont les quelques qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour décrire notre chienne Zorah. Voici un petit résumé de son histoire et de sa personnalité si tant est que nos sens humains, toujours limités, aient pu les percevoir.

Zorah est née au Maroc, dans la ville de Fez. Elle est ce qu’on appelle au Maghreb une « beldi », un chienne « du pays » (balad en arabe), c’est-à-dire locale, indigène, une « corniaud » ou une « bâtarde » comme on disait sous nos latitudes un peu bêtement des chiens qui ne sont pas racés. Son intelligence, Zorah l’a forgée grâce, ou plutôt, à cause de la dureté de la vie dans la rue,  au Maroc où, comme dans tout le Maghreb, et dans bien d’autres régions du monde, les chats et les chiens errants sont régulièrement massacrés de manière épouvantable après avoir souvent vécu une vie de souffrances et de misère [Sur les opérations d’abattage de chiens au Maroc voir notamment la page d’observer.france24]

Zorah © Laurent Dingli – Tous droits réservés

C’est en 2008, alors que nous visitions notre ami André à Fez que nous l’avons vue sortir de l’arrière d’une voiture où elle s’était sans doute dissimulée pour jouir d’un peu d’ombre tout en évitant les mauvais traitements des humains ou les conflits avec d’autres animaux. Elle était dans un état pitoyable, maigre, couverte de crasse et de parasites. A-t-elle senti que nous pouvions être bienveillants à son égard ? Sans doute car elle s’est immédiatement plantée devant nous avec son regard d’enjôleuse à nul  autre pareil ! Il faut voir en effet le regard, les oeillades et les mines de la belle et mutine Zorah pour savoir ce qu’est une vraie charmeuse.

Et elle a su faire notre conquête. Ma femme et moi avons échangé deux mots et décidé de l’adopter. Et nous avons bien fait car, quelques jours ou quelques semaines plus tard, tous les chiens errants de la ville ont été massacrés. Combien d’individus doux et intelligents comme elle ont été tués parce que les hommes par cruauté ou indifférence, au Maroc ou ailleurs, pensent qu’il est bien plus simple d’empoisonner, de fusiller ou de battre à mort un être sensible plutôt que d’apprendre à endiguer certaines maladies comme la rage ou à gérer certaines réalités très relatives comme la « surpopulation ». La France où l’on martyrise les renards, gaze des cochons, torture les taureaux et broie ou asphyxie des poussins vivants, n’a malheureusement pas de leçons à donner aux autres pays dans ce domaine, sans parler de la situation catastrophique des Antilles ou de La Réunion [Voir l’article de France-Soir sur la Réunion ; Le chien dans la société martiniquaise, un mémoire de Claude Vilo, et la page de guadeloupe.franceantilles.fr].

Nous avons demandé à notre ami André s’il pouvait garder Zorah le temps de faire les papiers nécessaires (vaccins etc.). Sans la gentillesse d’André, qui l’a gardée près de lui pendant plus de deux ans – les démarches furent interminables -, nous n’aurions jamais pu partager avec Zorah notre vie en Bretagne. Zorah a aussi profité de l’affection et de la gentillesse de ses gardiens marocains à qui je veux rendre ici un hommage appuyé, notamment à Abderazak (c’est-à-dire « le serviteur du Donneur de substance, du grand pourvoyeur de toutes choses », l’un des qualificatifs de dieu dans la religion musulmane). Malheureusement, lorsqu’Abdou est parti pendant un moment rejoindre sa famille dans le sud marocain, Zorah a été confiée à une cantine où on l’a bien nourrie mais aussi enfermée dans le noir. Pendant des années, elle a refusé de s’approcher de notre cave et ce n’est que bien plus tard que j’ai su ce qu’elle avait vécu et que j’ai compris sa réaction.

André et Zorah à Crozon © Laurent Dingli – Tous droits réservés

Et voici notre charmeuse enfin avec nous ! La belle marocaine est devenue une séduisante bretonne qui cumule les attraits des deux cultures ! (Je ne fais pas d’anthropomorphisme, je plaisante seulement). Lorsque nous ne sommes pas en Presqu’île, c’est notre amie Jeannine qui profite de la présence de Zorah (Zozo pour les intimes).

Ni pute ni soumise, Zozo est tendre mais ne s’en laisse pas conter et, comme beaucoup d’animaux qui ont été maltraités, elle ne supporte pas qu’on lève la main en sa présence, et encore moins si cette main est munie d’un bâton.  Comme tous les autres êtres sensibles, Zorah est un individu qui doit être aimé et respecté. C’est son cas désormais. Elle a de la chance. En l’espace de quelques années, elle s’est attiré bien des sympathies et s’est construit une petite célébrité à Crozon où l’on reconnaît de loin les balancements gracieux de sa belle queue en panache.

La belle Zorah jouant sur la plage de l’Aber © Laurent Dingli

Zorah, dont les petits ont malheureusement achevé leur vie tragiquement au Maroc, a pu retrouver un peu de son instinct maternel tout en exprimant une chaleureuse autorité avec la petite Inti, la nouvelle « fille » de notre amie Josiane et « filleule » de ma femme. Eh oui, on ne plaisante pas avec les liens de parenté !

Zorah procédant à l’éducation d’Inti, un mélange de jeu et d’autorité propre aux chiens et à certaines autres espèces de mammifères © Laurent Dingli – Tous droits réservés

Zorah – plage de l’Aber © Laurent Dingli – Tous droits réservés

Depuis lors, Inti, véritable privilégiée, a le droit de tout faire ou presque : monter en voiture avec elle pour effectuer de belles ballades sur la lande bretonne, bref investir l’espace de Zozo sans que cette dernière, qui monte d’ordinaire la garde de manière très sourcilleuse, n’aboie ou ne retrousse un seul instant ses babines. Et puis la Bretagne, c’est chouette, on peut jouer dans de grands espaces et se baigner avec sa copine !

Il existe beaucoup d’associations ou de simples particuliers qui tentent de venir en aide aux chats et chiens errants du Maghreb. C’est le cas notamment, en Tunisie, de Sabrina Hajji dont vous pouvez découvrir le travail quotidien épuisant sur sa page Facebook (cliquer sur son nom). Je suis également Kaouther Ben Janet, qui fait un travail magnifique, toujours en Tunisie. Ce ne sont là que deux exemples. Sur les réseaux sociaux, il faut faire cependant attention aux fausses cagnottes organisées par de vrais escrocs qui profitent de la détresse animale et de la sensibilité des donateurs pour gagner de l’argent facilement. N’hésitez pas à vérifier et à demander des garanties. Sabrina elle-même a été récemment victime d’un tel malfaisant. Enfin, lorsque vous voyagez, n’hésitez pas à évoquer la condition animale et votre réprobation des massacres. En revanche, je suis opposé au boycott qui constitue selon moi une arme contreproductive, arme, qu’en toute logique, nous devrions nous appliquer à nous-mêmes !

D’autres photos seront bientôt ajoutées.

Les renards : un massacre légalisé ?

Le renard est encore considéré comme un animal nuisible en France alors que celui-ci est primordial à l’écosystème et que sa chasse s’avère néfaste pour l’environnement.

Le collectif Bernard Le Renard lutte pour retirer le renard des listes des animaux nuisibles (injustement répertorié) en France afin de le protéger des pratiques barbares et de masse qui sont employées pour sa destruction. Sa page Facebook et son compte twitter.

Anima – Extrait du chapitre VII : « Las Vegas » (2006)

Badwater Desolation © Unknown – Wikipedia

Je publie aujourd’hui un second extrait de quelques pages de mon manuscrit « Anima », qui fut rédigé en 2006-2007. Comme beaucoup de romanciers, je conserve plusieurs textes inachevés. Celui-ci m’a longtemps hanté avant que je prenne la décision de l’abandonner. Le sujet est probablement trop proche de mes préoccupations quotidiennes en matière d’écologie et de protection animale pour que j’aie la distance suffisante, le filtre nécessaire à la création littéraire. D’autres auteurs de fiction ne sont nullement embarrassés par ce rapport direct à la réalité. C’est d’ailleurs le sujet d’un beau livre de Delphine de Vigan que je viens de lire sur les conseils de ma femme. Ce n’est pas mon cas. J’ai encore besoin du filtre que constitue l’Histoire, même récente, pour composer une fiction. Les choses évolueront peut-être, je l’ignore.

Pour restituer rapidement le contexte de ce passage. Nous sommes aux Etats-Unis en 2006 : un étrange randonneur défraie la chronique parce qu’il vient de réussir l’exploit de traverser le désert de la Vallée de la Mort en portant très peu d’eau sur lui. Est-ce un canular, un vulgaire coup publicitaire ? Un jeune journaliste d’origine mexicaine, Joe Sanchez, vétéran de la seconde guerre du Golfe, est envoyé sur place pour tenter de tirer l’affaire au clair. Une fois sur les lieux, il assiste à ce qui évoque étrangement la naissance d’une secte : Anima a en effet réuni quelques curieux, dont certains se transforment déjà en fidèles, pour une promenade matinale dans le désert. C’est l’occasion de faire une critique acerbe de La Vegas dont on aperçoit les lumières dans le lointain.

Joe s‘évade un moment. Il connaît bien Sin City, la ville du péché, pour y avoir réalisé quelques papiers, notamment sur les milliers de camés et de sans-abri qui tentent quotidiennement d’y survivre ; il a même joué une fois à la roulette, comme beaucoup de touristes. C’est vrai que cet endroit est grotesque quand on y songe… Que reste-t-il de l’étape, autrefois fertile, où s’était fixée une petite communauté de Mormons ? Que reste-t-il de l’agglomération où vivait, avant-guerre, deux mille personnes et où s‘entassent désormais un million et demi d‘habitants ?… Depuis, il y a eu les casinos, la mafia, la prostitution, puis le tourisme de masse, jovial, familial… Et la consommation est devenue le but suprême de l’existence : vivre pour consommer et non plus consommer pour vivre ; les hommes se sont transformés en simples tubes digestifs, destinés à pérenniser le système, l’insatiable pompe à fric. Bouffer, jouer, chier, dormir, et puis rebouffer, rejouer, rechier encore, se glisser au milieu de cette foule décérébrée, être soi-même l’un de ces automates qui marchent entre les vitrines clinquantes, les devantures tape-à-l’œil, les façades aux néons agressifs ; désormais, l’équation de la vie se résume à sélectionner le repas le plus plantureux et le moins cher dont on pourra bénéficier. Qu’est-ce que ce sera aujourd’hui ? Chili ou pizza, hamburger ou pasta ? Et ensuite ? Bandit manchot ou baccarat ? Joe, lui aussi, comme les autres, a sillonné downtown Las Vegas et, plus précisément, Freemont street, il a déambulé sous le dôme de verre, encagé dans cette prison dorée avec d’autres badauds en vadrouille, dans un monde d’apparences, d’ondes phoniques, de gelée lumineuses, de bleu électrique, de plastique propre, translucide, de formica blanc, de stuc verdâtre, de lucioles glacées, de caoutchouc violet à la texture de guimauve ; il a erré dans le Faschion Show Mall, le grand centre commercial où tout brille, s’anime, pétille, mais où rien ne vibre réellement. Il a passé la nuit dans l’une des trois mille chambres de l’hôtel The Mirage relié par monorail au Casino Treasure Island ; il a vu la grande cascade devant l‘entrée, le volcan en éruption et, à l’intérieur, l’habitat des dauphins, celui des tigres blancs puis le gigantesque aquarium avec ses quatre-vingt-dix mille litres d’eau. Le factice pénétrant, violant le vrai, amalgamé à lui, comme ces robots auxquels une société américaine vient de greffer des pattes de rats. Le vivant est exploité comme le reste, comme toute chose, pour le simple divertissement des touristes, le ravissement des consommateurs ; il faut pouvoir les égayer une minute, leur donner l‘illusion de s‘arracher un instant à leur vacuité, à cette existence morne, zébrée de flash, farcie de zapping, bourrée de films d‘action, irradiée de pub, de séries télévisées et d‘attractions radieuses. Ils ont souri ; ils ont esquissé un rictus de contentement ; ils se sont ébahis quelques secondes devant ce tigre majestueux en le regardant tourner tristement dans sa cage de verre ; ils l’ont fait de manière machinale, tout en rotant le reflux du repas pantagruélique qu’ils ont trop vite avalé ; on aurait pu leur montrer un Alien ou le cul d‘une poule, ils auraient arboré la même grimace, la même expression de ruminant désœuvré.

A cette époque, Joe ne faisait pas attention à la valeur réelle des choses ; elles étaient disposées ainsi dans l‘espace, vivantes ou mortes, réelles ou fausses, voilà tout, ce n’était qu’une question de business, d’interprétation, de regard et d’humeur ; on était élevé comme ça ici ; gagner le plus d’argent possible, c’était bien, très bien, une école de responsabilité et d‘indépendance. Partout ailleurs, dans la vieille Europe elle-même, c’était pareil, mais avec plus de culpabilité ou d’hypocrisie.

Lors de ses différents séjours à Vegas, Joe a visité d’autres hôtels immenses, le Bellagio, avec son grand lac et son spectacle de jets d’eau dont les gerbes s’élèvent à plus de soixante-quinze mètres ; le Louxor, sa pyramide d‘opérette, son obélisque et son sphinx de carton-pâte. Le mauvais goût de ces casernes luxueuses, aux allures d’énormes gâteaux de sucre, est lui-même pharaonique. Et devant ce spectacle exaltant, Joe se souvient d’avoir entendu quelques « ouahouh » ! admiratifs ou d’autres expressions jubilatoires, toutes aussi ramassées, toutes aussi réduites que l’imaginaire de ceux qui les proféraient. Parfois encore, on entendait quelques variantes, des « gorgious », des « very impressive », puis le touriste reprenait sa mine blasée, son expression repue, il passait son chemin, promenait ses bras ballants, agitait son corps flasque, se grattait le derrière sous son bermuda, réajustait sa chemise à carreau ou sa casquette, continuant ainsi d’alimenter le mouvement perpétuel, la grande roue invisible qui virevolte toujours dans le vide.

Joe est retourné sous les dômes de verre, les enseignes lumineuses, les façades aux décorations kitsch, les devantures aux couleurs criardes, accrocheuses, dans ce bazar clinquant, au cœur de la mystification et de l’inauthenticité, dans un lieu où le déséquilibre, la perdition hallucinogène et délirante d’un Las Vegas Parano n‘ont plus cours ; c’est désormais la bêtise endimanchée, grassouillette et sage, qui visite le temple de la mangeaille, au milieu d’une profusion écœurante où l’on se gave ; tout ici est brûlement, dilapidation, destruction ; le consommateur consume, c’est sa fonction première, sa raison d’être ; il se brûle en même temps que son autodafé de théâtre et entraîne avec lui tout ce qui est beau et fragile ; ici on trouve les divertissements les plus stupides, les plus irrespectueux, les plus vils du monde, si l’on excepte bien sûr les bordels africains et les foires aux putes thaïlandaises, là où d’autres touristes, asiatiques et occidentaux, vont sodomiser des enfants. Mais à Vegas, tout est plus propre, plus moral ; la pourriture, le sous-degré de l’argent et du sexe, c’est pour la banlieue de ce joli monde spécialisé, où l’on consomme le cul, la drogue, comme la bouffe, avec le même manque de volupté, dans la jouissance rapide, immédiate et sous l’effet d’un désir anesthésié. Emotion de sex toys, de vibromasseurs et de godemichés, amour chosifié, sentiments matérialisés. Au-delà du décor, la nature elle, reste vierge, parce que désertique. Quel contraste violent, accablant, entre la splendeur simplissime des parcs nationaux et cette ville d’artifices. Faux volcans, faux sphinx, fausse tour Eiffel et fausse Venise, faux Paris et faux New York, faux sourires et faux amis, tout ici pue le frelaté, le mercenaire, l’imposture. A grand renfort de pubs tapageuses, on vend de la féerie, vacances de rêve, hôtel de rêve, limousines de rêve, c’est la féerie des ploucs, le fantastique pour boniches, le paradis à la mesure des imbéciles. Voilà leur rêve, néons multicolores, sonneries de machines à sous, salles tamisées de casinos, écrans géants, colliers fluo, robes de strass et vêtements de marque, snikers et jeans unisexes, gueules et derrières liftés, climatisations, stripteaseuses, roulette, black jack, poker, chemin de fer, baccarat, craps… Mariez-vous en montgolfière, en saut à l’élastique, dans le décor d’un château fort ; échangez vos anneaux au sommet des montagnes russes, étourdissez-vous, faute de ressentir, d’imaginer ou de penser, unissez-vous à bord d’un bateau pirate, d’un hélicoptère, d’un vaisseau spatial modèle Star Trek. Il y a même des cloches qui se marient à moto ou en voiture, pendant que leurs enfants, s’ils en ont déjà, restent sagement assis sur la banquette arrière. Mais, dit-on, la bêtise ne gêne personne. Non, bien sûr, elle ne gêne personne, elle ne fait qu’étouffer le monde sous une vaste féerie de pacotille. Il faut voir ces touristes bedonnant s’empiffrer au milieu du décor de l’hôtel Ceasar Palace, avec ses colonnes de marbre noir cerclées de dorures épaisses dans un cadre pompier, écrasé de lumières artificielles et de fausses fresques du Rinascimento ; il faut voir le regard halluciné des joueurs, abrutis et aveuglés parce qu’ils sont restés des heures les yeux rivés sur leurs machines dont les lumières bleues, dévorantes, leur ont tétanisé la cervelle, il faut voir tout cela et ce qui est moins apparent, moins caricatural encore, pour comprendre à quel point ce monde est déchu.

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser, Laurent Dingli, « Anima – Extrait du chapitre VII : « Las Vegas » (2006) », laurentdingli.com, juin 2017.