Muriel Arnal, biographie d’une militante de la cause animale

murielJe voudrais présenter aujourd’hui, dans le cadre d’un second portrait, une femme d’exception, Muriel Arnal, présidente et fondatrice de l’association One Voice.

Là où un animal souffre, victime de la bêtise et de l’indifférence des hommes, vous la trouverez présente, attentive, déployant une énergie inépuisable pour soulager des êtres vivants que nous avons trop souvent l’ignorance et l’insensibilité de mépriser, des êtres que le droit assimile encore à des biens meubles, des êtres marchandises, instrumentalisés, maltraités aux quatre coins du globe. Dans son histoire, l’homme n’a même pas eu l’élégance et la générosité de rendre à l’animal le centième de ce que ce dernier lui avait apporté. Chiens d’avalanche ou sauveteur en mer, compagnons de prisonniers, de personnes âgées ou d’enfants malades, ce sont les mêmes que nous abandonnons, par milliers, chaque année, attachés à des poteaux, sur le bord des routes, les oreilles parfois coupées, pour que l’on ne puisse pas lire le numéro de tatouage et reconnaître ainsi le lâche qui les a abandonnés. Et ce sont les même que nous utilisons dans l’expérimentation animale pour améliorer nos cosmétiques.

Avide, cruel et ingrat bipède ! Les animaux qui ont porté sur leur dos des générations d’hommes, les ont guidées, sauvées, habillées, nourries ; bêtes de trait, condamnées à vie, attachées à la meule, tournoyant sans fin pour moudre notre blé ou broyer nos olives ; bêtes de somme fouettées, harassées, bastonnées, aiguillonnées ; bêtes de foire, enchaînées, encagées, dressées, mutilées, pour le plaisir barbares de nos jeux du cirque, anciens et modernes, combats de coqs et de chiens, taureaux pour corridas, divertissements et traditions criminelles, bains sanglants des îles Féroé et Matanza de Sicile ; bêtes objets de nos superstitions, de l’idolâtrie la plus fanatique à la diabolisation la plus effrénée, chats des Egyptiens momifiés avec leur maître ; chats noirs du Moyen Age, encloués aux portes des granges ou brûlés pour sorcellerie ; bêtes de guerre, dauphins ou chiens bardés d’explosifs, chevaux, mis en pièces par millions dans nos batailles absurdes, étalons dont les têtes et les membres étaient arrachés par la mitraille ou les boulets, haridelles éventrées à coup de baïonnette ou gisant dans nos tranchées, animaux gelés de Stalingrad, chevaux abattus pour une patte cassée, quand la vie chosifiée ne nous était plus utile ; bête aussi de ventre et de mangeaille, oies et canards de France et d’ailleurs dont la vie se passe à être gavées, la panse massée pour que la purge pénètre vite et mieux ; chiens et chats, battus à mort en Chine pour être plus goûteux ; requins découpés à vif puis rejetés dans l’eau sans leur aileron, parce que l’équarrisseur veut aller plus vite et gagner davantage ; veaux arrachés à leur mère dès la naissance, pour passer leurs six mois de vie, seul, dans la cage exiguë des élevages industriels, à chercher le contact d’un autre être vivant, et surtout celui de leur mère, léchant pour cela désespérément les barreaux de leur infecte prison ; poulets égorgés à la chaîne pour nos fast-food, afin que des générations d’humains repus, et autres nouveaux obèses, aient l’illusion d’apaiser leur mal-être ou leur ennui ; vaches qu’on a rendu folles en les rendant cannibales, pour satisfaire notre monstrueuse avidité et notre matérialisme désenchanté ; volailles, entassées sans air, sans espace, sans lumière, poussins écrasés, piétinés, truies aux dents sciées, vaches à viande et vaches à lait, surexploitées avant d’être balancées en boucherie, animaux qui, s’ils sont malades de leur confinement, paieront cher notre propre faute en étant massacrés par millions, gazés dans des sacs, à la chaîne, de la même manière expéditive et froide avec laquelle on les avait destinés d’abord à nos assiettes ; bêtes cobayes, torturées pour expérimenter les effets toxiques de nos rouges à lèvres et de nos pommades bronzantes ; bêtes médicaments, ours dont la bile est extraite à vif, toujours en Chine, avec une cruauté inouïe, corne de rhinocéros et vie de tigres pour vieux pénis qui bandent mou ; bêtes d’habillement, visons, martres, phoques du Canada assommés par millions, traînés par des pics à glace, puis écorchés sur place, pour draper la poule de luxe ou la mémère en vadrouille ; bêtes encore trop souvent transportées dans des conditions infâmes, crevant dans la chaleur des camions et agonisants dans leurs propres excréments. ourson_inde

Il ne faut pas rire lorsqu’on parle de protection animale, car c’est contre tout cela que, chaque jour, depuis douze ans, combat inlassablement Muriel Arnal. J’admire son courage car il en faut beaucoup, lorsqu’on est sensible comme elle, pour côtoyer constamment la souffrance et l’horreur, celles que nous ne voulons pas voir ou que nous n’osons pas nous-mêmes affronter. Et même si l’on finance son association, ce qui est la moindre des choses, ce n’est rien encore comparé à cette confrontation directe et, le plus souvent insoutenable. Bien sûr, il y a la compensation qu’apporte l’action, le baume que l’on applique sur une plaie constamment et largement ouverte..

one_voice_chevauxLe combat de Muriel Arnal est né d’un choc et d’une admiration. Le choc, le jour où, très jeune encore, elle découvre les ménageries de cirque et la souffrance des animaux qui y sont exploités. L’admiration, c’est celle qu’elle porte à une femme courageuse, la primatologue Dian Fossey, assassinée par des contrebandiers, parce qu’elle avait voué sa vie à sauver les gorilles et leur milieu naturel ; se dégage aussi la haute stature d’un homme, non moins célèbre ni moins admirable, Théodore Monod, le marcheur du désert, celui qui a eu, avant bien d’autres, l’intelligence et le sens du vivant, celui du respect et de l’émerveillement que l’on peut avoir gratuitement pour l’exceptionnelle biodiversité de notre planète.

Muriel veut donc agir et fonde pour cela One Voice en 1995. Ses valeurs : le respect absolu qu’elle porte à l’intégrité morale et physique de tout être vivant. L’association est imprégnée par la philosophie de sa fondatrice : la non-violence, l’apolitisme et l’indépendance totale. Elle milite pour l’unité des droits humains, animaux et environnementaux. En France, plus de 20 000 personnes ont rallié son mouvement.

primates_gambodLes réalisations de One Voice sont trop nombreuses pour être énumérées ici. Donnons seulement quelques exemples. L’association fait partie de la Coalition européenne pour la fin de l’expérimentation animale (ECEAE) qui a fait voter la directive « cosmétique » au Parlement européen et lutte pour l’abolition des tests sur les animaux. Les campagnes ont pour but de démanteler les trafics et faire cesser leur exploitation ; d’interdire la capture des ours, d’arrêter la chasse aux phoques ; de faire reconnaître le droit des grands singes ; de cesser l’utilisation des animaux dans les cirques et de mettre fin à l’élevage industriel.

L’association défend les animaux où qu’ils se trouvent et quelles que soient leurs difficultés, même si certaines causes paraissentone_voice_elephant_1 désespérées. One Voice a pu ainsi libérer des animaux de laboratoire (chiens, chats et primates), faire opposition à la création d’élevages de primates et de chiens pour les laboratoires, empêcher l’agrandissement d’un élevage de visons, empêcher l’ouverture d’élevages industriels et libérer les dauphins. Les animaux sauvages des pays lointains ne sont pas oubliés puisque l’association protège leur milieu naturel en Asie, en Amérique du sud et en Afrique. Un exemple parmi d’autres. Il y a quelques années, la situation difficile dans laquelle se trouvait l’association Kalaweit, consacrée à la protection des gibbons d’Indonésie, a ému Muriel et One Voice a fait d’importants efforts financiers pour la soutenir (Soulignons aussi au passage le soutien personnel de la comédienne Muriel Robin). En Inde, l’intervention de One Voice permet de sauver des ours auxquels les dresseurs cassent les dents à vif, pour les empêcher de mordre, avant de les torturer.

dessin_cabuMuriel est donc constamment sur le terrain. Un jour, la voici avec la gendarmerie et des caméras de télévision pour intercepter un camion dans lequel des animaux sont en train d’agoniser ; le lendemain, on la retrouve avec ses adhérents et le dessinateur Cabu, interpellant le gouvernement canadien, par l’intermédiaire de son ambassadeur, pour faire cesser le massacre des phoques. Une autre fois encore, elle met à l’index de la même manière le gouvernement chinois qui laisse perdurer l’exploitation barbare des ours. La voici encore avec la police indienne en train de libérer des oursons capturés par des braconniers, lesquels panseront leurs plaies dans le refuge qu’elle a créé. A tout moment, elle piste les animaux en détresse, comme cette éléphante, Samba, qui vivait un calvaire dans un cirque, ou ces chiots et chatons importés des pays de l’Est par les trafiquants. Avec son équipe, elle mène de véritables enquêtes, filme en caméra caché et prend des risques afin d’alerter l’opinion publique. Pour toutes ces raisons, il faut saluer la grande modestie de Muriel. Elle ne veut pas de publicité personnelle, seule la renommée, et donc l’efficacité de son combat, la préoccupe vraiment.

Certains diront peut-être que, dans la nature, les animaux n’ont aucun droit. Je répondrais que l’homme non plus n’en avait pas avant de s’en attribuer lui-même. Aujourd’hui, notre niveau de civilisation dépend aussi de la manière avec laquelle nous nous comportons envers les animaux. Trop souvent encore, nous oscillons entre des extrêmes, entre la vénération (dans le meilleur des cas) et la maltraitance (dans le pire), mais le plus souvent, l’animal est le simple reflet de notre image. Le message que tente de faire passer Muriel, à travers son action, est tout autre ; c’est celui de la reconnaissance de l’animal dans son individualité, celui du respect que nous devons à son existence propre, à son altérité et à la singularité des ses besoins. Des femmes ou des hommes de son calibre, et bien d’autres, moins connus ou laborieux anonymes, sont irremplaçables. Il faut les aider car leur combat est noble et désintéressé. Et si la prise de conscience progresse lentement dans le monde, elle doit toujours affronter de puissants intérêts et des réalités tragiques ; C’est encore, à bien des égards, la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

14 août 2007

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser : Laurent Dingli, « Muriel Arnal, biographie d’une militante de la cause animale », Le site de Laurent Dingli, août 2007.

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