Les difficultés de la pêche européenne

Commentaire écrit en réaction de l’artile de Madame Corinne Lepage Les marins pêcheurs victimes des temps modernes.

Pêcheur, Le Guilvinec – 1996 © Laurent Dingli

Lundi 26 mai 2008

Je partage pleinement votre analyse au sujet de la situation des pêcheries et des ressources halieutiques. Cela fait longtemps déjà que nous réclamons un véritable plan de reconversion dans ce domaine, car il serait bien inutile, et même dangereux, de chercher à reculer encore l’échéance. Vous prenez les autres pays européens en exemple. Vous savez, cependant que la situation est loin d’y être toujours idyllique. Le dépassement systématique des quotas, la pêche illégale du thon, effectuée notamment sous pavillon de complaisance libyen constituant quelques exemples des difficultés auxquelles les Etats membres sont confrontés, lorsqu’ils ne cautionnent pas ouvertement eux-mêmes les transgressions comme ce fut le cas récemment de la Pologne. Il me semble que la France fournit un effort de surveillance relativement important dans ce domaine, quoique celui-ci demeure plus qu’insuffisant pour enrayer le pillage. On oppose en outre les faibles quantités allouées aux pêcheurs de la Communauté comparées à la surpêche de pays comme la Russie. Plutôt que d’en faire un argument visant à réévaluer les quotas à la hausse, comme le font les pêcheurs, nous serions bien mieux avisés d’élaborer une véritable protection de la ressource au niveau international. Par ailleurs, tout en comprenant le désarroi des professionnels de la mer, j’avoue avoir été assez choqué par cet énième pillage de supermarchés. Pourquoi le vol caractérisé et la dégradation des biens seraient-ils tolérés pour les pêcheurs ou les agriculteurs et condamnés pour le reste de la population ? Evitons d’en revenir au pur clientélisme de type chiraquien. Enfin, je reconnais bien, dans le texte que vous citez, l’approche assez superficielle du philosophe Michel Serres. En effet, la réalité est un peu plus complexe que l’image d’Epinal du bon paysan ou du bon marin, préservant la nature, opposé au citadin qui n’y connaît rien. Des citadins sont parfois bien plus en avance sur la plan de la protection animale et de la défense générale de l’environnement que certains professionnels pêcheurs ou paysans. L’agriculteur industriel breton connaît peut-être les saisons, mais il ne se préoccupe pas toujours du taux de nitrate présents dans les sols et dans les cours d’eau. Il existe autant de différence entre lui et l’un de ses collègues engagé dans l’agriculture biologique qu’entre un citadin pollueur et un militant écologiste.

Lundi 28 juillet 2008

Pêcheur, Le Guilvinec – 1996 © Laurent Dingli

J’ai discuté hier avec un marin pêcheur breton. Je comprends le désarroi de cet homme. Il exerce l’un des métiers les plus difficiles qui soit et la situation de la pêche française est plus que déprimante. Pour autant, le dialogue a été difficile. Lorsque j’ai évoqué la raréfaction de la « ressource » halieutique, j’ai été confronté à une sorte de déni : les scientifiques disent n’importe quoi, la technique embarquée prouve que les poissons sont bien là, etc. Bien sûr, cet homme était très remonté contre le président de la République, les promesses d’aides n’étaient pas tenues. Il dénonçait aussi la pêche espagnole, un sujet récurrent, comme dans le domaine agricole. J’ai évoqué la question des navires usines affrétés par la grande distribution (Carrefour, etc.), qui ratissent les fonds, mais ce sujet n’avait pas l’air de l’inspirer. J’aurais pu aussi évoquer l’impulsion donnée jadis par l’Europe pour s’équiper et moderniser les flottes à une époque où l’on pensait – où plutôt l’on feignait de croire – que la ressource était inépuisable et qu’il n’y avait qu’à l’exploiter. En somme, il serait bien vain de désigner tel ou tel coupable, tous les intervenants ayant une part de responsabilité dans cette situation dramatique. Il est certain que, pendant des années, les responsables politiques n’ont pas adressé un message clair en direction de ce groupe professionnel, c’est le moins que l’on puisse dire. Le lobbying effectué dans les couloirs de Bruxelles par tous les ministres de le pêche français, quel que soit leur sensibilité politique, a conforté la vision que l’Europe exagérait ses alarmes et fixait des quotas trop importants, alors que dans le même temps, les associations écologistes telles Greenpeace ou le WWF, martelaient que les données de Bruxelles étaient largement sous-estimées. Force est de constater aujourd’hui que leurs alertes étaient fondées. Le manque de courage politique est toujours source de drames et ce sont des gens souvent modestes qui paient aujourd’hui le prix d’années d’incurie. Il faut donc aider les pêcheurs à se reconvertir, peut-être équilibrer les quotas alloués à certains pays et faire pression sur les Etats qui n’appartiennent pas à l’UE, un chantier particulièrement difficile à mettre en oeuvre. Protéger les océans de manière drastique est tout simplement une question de survie. On a beaucoup glosé sur l’Union pour la Méditerranée, mais si elle pouvait seulement atteindre son objectif environnemental, c’est-à-dire freiner l’agonie de ses écosystèmes, elle aura atteint un objectif majeur. Ce type de partenariat, extra-communautaire constituera peut-être, dans l’avenir, une réponse parmi d’autres au défi environnemental.

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