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Rwanda : un déni français

Ossements de victimes du génocide des Tutsis au Rwanda © Wikipedia

Je publie ici plusieurs extraits des commentaires que j’ai écrits au mois de juillet 2015 en réaction à l’article de Philippe Bilger, Un vieil homme indigne. L’auteur y évoquait le cas d’Oskar Gröning, condamné le 15 juillet, à l’âge de 94 ans, par un tribunal de Lunebourg, dans le nord de l’Allemagne, à quatre ans d’emprisonnement pour “complicité” dans l’assassinat de 300 000 Juifs dans le camp d’extermination d’Auschwitz entre 1942 et 1944.

Les commentaires ont digressé sur le Rwanda, un ancien militaire à la retraite, intervenant sous le pseudonyme de “Trekker” ayant défendu la thèse odieuse du double génocide contre laquelle je me suis élevé. D’après, les partisans de cette thèse, défendue notamment par des responsables politiques et d’anciens militaires français, les Tutsi auraient perpétré un génocide équivalent à celui des Utu. A travers cette équivalence, pourtant démentie par les faits, il s’agit bien entendu de minimiser, voire de nier la responsabilité de la France dans le génocide rwandais. L’article de la Revue XXI et l’action en justice de l’association SHERPA rouvrent  le dossier, grâce à des éléments nouveaux. Ces rebondissements permettent d’espérer qu’un jour toute la lumière sera faite sur le rôle précis joué par la France dans l’une des plus grandes catastrophes humaines du 20ème siècle.

Dans un premier temps, le dénommé “Trekker” avait tenté, suivant la même logique, de minimiser la responsabilité de la France dans la déportation des juifs pendant l’Occupation en déviant le sujet sur la fermeture des Etats-Unis à l’immigration juive. Voici exactement ses propos tels qu’il les adressa à un autre intervenant du blog de Philippe Bilger, propos que je m’en voudrais de déformer :

“@Parigoth,

Vous faites bien de rappeler que les alliés ignoraient l’ampleur du fait concentrationnaire et plus encore les exterminations qui se déroulaient en leur sein. Certes dès 1942 et 1943 Londres et Washington avaient reçu plusieurs rapports sur ces faits, et notamment celui très précis de Jan Karski résistant Polonais non juif. Churchill fut dubitatif face à ces informations, et Roosevelt avec les principaux membres de son gouvernement ne les crurent pas. Ils pensèrent que les faits étaient largement exagérés car ils étaient totalement hors norme, de plus le MI6, SOE et OSS disposaient de très peu d’agents en Pologne et Allemagne pouvant valider ces informations.

Même Morgenthau qui était juif et principal conseiller de Roosevelt, eut la même incrédulité ainsi que les responsables des grandes organisations juives – congrès juif mondial entre autres. La grande presse US traita ces informations sous forme d’encarts succincts et assortis de grandes réserves. Londres et Washington ne doutaient pas des massacres des juifs à l’Est par les einsatzgruppen, ce dont les soviétiques les avaient informés, mais de là à croire des rapports tels ceux de Jan Karski !

Bravo pour votre rappel judicieux de la conférence de Wannsee le 20 janvier 1942, où fut décidée dans le plus grand secret la solution finale, il permet de bien contextualiser les rafles des juifs avant et surtout après celle-ci. En France lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’ en juillet 1942 et de même en province, policiers et gendarmes requis pour cela savaient seulement que ces juifs devaient être internés dans des camps français. Seule la haute hiérarchie de la police et gendarmerie avait été informée que cet internement était provisoire, et que tous les juifs raflés seraient transférés dans les pays à l’est de l’Allemagne dans des colonies agricoles. Les nazis étaient suffisamment roués pour ne pas leur révéler leur véritable sort final, l’extermination dans des camps.

Il en fut de même pour la SNCF et ses conducteurs de train, qui étaient ne l’oublions pas placés sous tutelle militaire allemande, on leur avait seulement dit qu’ils transféraient ces juifs au camp de Drancy. Puis lors de leur déportation vers l’univers concentrationnaire, on leur avait servi la même fable qu’aux dirigeants de la police et gendarmerie. De plus les cheminots français s’arrêtaient à la frontière allemande et étaient remplacés par leurs homologues allemands, ils étaient bien loin de pouvoir constater de visu la destination réelle des juifs transportés.

Alors tous ces procès intentés par des organisations sionistes américaines à la SNCF, gouvernement français, etc. pour complicité de génocide sont d’une monstrueuse hypocrisie. Au plus on pourrait les taxer de complicité de génocide par ignorance de celui-ci, mais cette incrimination tient-elle en droit ? Notre hôte pourrait nous apporter ses lumières sur ce point.

Ces organisations sionistes américaines feraient mieux de se retourner sur le gouvernement US de l’époque, car jusqu’en novembre 1942 il eut une représentation diplomatique à Vichy. Bien que le maréchal Pétain fut très américanophile, et a contrario fort anglophobe, l’ambassade US délivra au compte-gouttes des passeports pour les USA aux juifs résidant en France : seuls ceux « utiles » tels les scientifiques ou artistes de renom en bénéficièrent. La grande masse des juifs surtout étrangers résidant alors en France voulaient émigrer, le gouvernement de Vichy et de même l’occupant allemand voulaient se débarrasser d’eux. Il aurait donc été aisé pour les USA de les faire émigrer en masse, cela avec la bénédiction de Pétain et la neutralité allemande. Car il ne faut pas oublier que ces juifs étrangers résidant en France constituèrent près des trois quarts de ceux envoyés dans les camps d’extermination.

@Trekker

Avec vous, les responsabilités sont toujours inversées suivant vos détestations (les Américains, les sionistes, etc.) et à vous lire on finirait même par s’imaginer que les Tutsi sont responsables de leur propre génocide, que les Allemands le sont de la faillite des Grecs et que les juifs de France auraient survécu sans l’égoïsme des yankees…
Pour le reste, vous êtes trop péremptoire. Le fait d’ignorer les détails de l’extermination justifiait-il de ne pas être poursuivi pour avoir collaboré à la déportation des juifs ? Certainement pas, d’autant plus que si personne, à part dans les hautes sphères alliées comme vous l’avez justement rappelé, ne connaissait ou ne voulait croire aux détails de la Shoah, nombreux étaient ceux qui avaient compris que les juifs étaient persécutés et risquaient la mort : voilà bien l’essentiel. Pensez-vous que des milliers de Français catholiques, protestants ou athées auraient pris de tels risques pour cacher des juifs (dont des enfants) uniquement afin de leur éviter des travaux agricoles et des colonies de vacances un peu forcées ? Personne n’avait conçu l’extermination méthodique des camps car elle dépassait l’entendement, mais le danger était palpable : il fallait avoir un peu de coeur et de bon sens pour le comprendre. Lors d’un crime de masse, le pire, à part l’acte criminel lui-même, réside souvent dans l’indifférence et la lâcheté. A cela s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la population française et, ceci, jusqu’au sommet de la Résistance.
Afin de mesurer ce que savaient les services de renseignements gaullistes sur la persécution des juifs en Allemagne, je vous transcris ci-dessous l’extrait inédit d’un rapport du BCRA daté de septembre 1943 :
“Wittenberge. Des PG (prisonniers de guerre, ndr) du camp III A sont employés dans la Norddeutsche Maschinenfabrik. A l’usine Zellwolle und Zellulose travaillent 40 prisonniers politiques allemands (communistes, déserteurs, etc.) et 100 ouvriers juifs qui sont gardés par des SS ; quand ils vont au travail et quand ils reviennent, on les voit défiler dans les rues de Wittenberge. Trois SS avec des mitraillettes sur le dos marchent en avant, ils crient “Fenster Zu” (Fermez les fenêtres) et la population doit s’écarter du trottoir voir (sic) entrer dans les maisons pour les laisser passer. Un juif qui essayait de ramasser un mégot dans la rue, a été abattu sur place ; un autre,qui dans l’usine ne s’écartait pas assez vite pour laisser passer un gradé SS subit le même sort (…)”
Tout à fait d’accord avec vous en revanche pour le bombardement des villes allemandes. Ce sont les raids incessants contre le réseau ferroviaire et les usines d’armement qui ont fini par paralyser la machine de guerre du IIIe Reich (en plus de bien d’autres facteurs qu’il n’est pas possible de résumer ici).

@ Laurent Dingli | 20 juillet 2015 à 11:13

Je ne cite pas des faits semblant vous déranger, au gré de mes détestations ou sympathies, mais uniquement en me basant sur sur les réalités historiques et non le politiquement correct.

Les Tutsis enrôlés dans les troupes de Kagame ont bel et bien une part de responsabilité dans leur génocide : dans le début des années 80 ils se livrèrent à moult atrocités contre les civils Hutus dans les régions qu’ils contrôlaient, et ils abattirent sciemment l’avion présidentiel revenant d’Arusha ce qui provoqua le double génocide Tutsis/Hutus : vous feriez bien de lire les ouvrages et lien que j’ai cités dans un post précédent.

Quant aux juifs résidant en France et notamment ceux étrangers ils ont bel et bien été victimes de l’égoïsme des USA, certes ceux-ci ne pouvaient pas imaginer les chambres à gaz, mais néanmoins ils savaient bien que les juifs étaient promis à un sort peu enviable : voir le commentaire précédent de Parigoth le 19 juillet 2015 à 19:25.

Les policiers et gendarmes qui arrêtèrent les juifs, comme les cheminots qui les convoyèrent jusqu’à la frontière allemande, furent au plus coupable de participer à des mesures répressives contre les juifs. Outre le fait qu’ils avaient été réquisitionnés par les nazis, le refus d’obéissance à leurs ordres était bien souvent la mort, ils savaient au plus que ces juifs seraient internés dans des conditions dures. Vous-même reconnaissez que jusqu’à la découverte de l’univers concentrationnaire, personne n’imaginait un tel génocide.

Je regrette, sur les juifs résidant en France entre 40 et 42, vous reprenez le procès inique fait à notre pays par certaines organisations US sionistes. Celles-ci outre l’attitude américaine à la même époque vis-à-vis des juifs demeurant en France, feraient bien de se pencher sur le comportement du groupe Stern en Palestine jusqu’en 1942, date de son emprisonnement pas les Anglais. Ces extrémistes juifs de droite furent d’indéfectibles suppôts des nazis. Ils considéraient les juifs européens comme des renégats qui ne voulaient pas émigrer en Palestine, écrivaient que le ghetto de Varsovie était bien moins dur que la tutelle anglaise en Palestine, et réclamaient avec insistance à l’ambassadeur allemand à Damas en 1942 des armes pour combattre les Anglais !…

Dans le même registre de complicité dans le génocide, ces mêmes organisations sionistes US devraient aussi faire le procès de Ben Gourion et Golda Meir en 1943 / 44. Ceux-ci déclarèrent et écrivirent que les seuls juifs dont devaient se soucier le mouvement sioniste pour les sauver, c’étaient les 8 à 10 % de jeunes adultes qui seraient utiles à l’édification du futur Etat d’Israël !…

Mais non, Trekker, ce n’est pas parce que vous qualifiez vos approximations et vos a priori de “réalités historiques” avec ce ton professoral un peu burlesque qui vous appartient que vos propos sont fondés.
Personne ne sait qui a provoqué la mort du président Juvénal Habyarimana (à part peut-être le si malin Trekker qui lit Pierre Péan !!) et les extrémistes du Hutu Power ont été suspectés au même titre que les Tutsi tandis que la rapport Trévidic a infirmé celui du juge Bruguière, que des proches de Kagame qui l’accusaient se sont rétractés, etc. Même si Kagame était responsable de ce crime, cela ne justifiait certainement pas de massacrer 800 000 hommes, femmes et enfants. Le penser serait aussi bête que de prétendre que les juifs auraient provoqué eux-mêmes la Nuit de Cristal parce que l’un d’entre eux avait assassiné le conseiller vom Rath. Les massacres de Hutu ? Mais les Tutsi ont été massacrés depuis 1959. Donc, je vais vous donner une petite leçon d’histoire niveau première année de fac : lorsqu’un fait n’est pas avéré après confrontation de sources contradictoires, on utilise le conditionnel et, surtout, on évite le ridicule d’échafauder toute une théorie fumeuse sur la foi de journalistes à succès ou de conspirationnistes.
Pour la complicité du génocide contre les juifs, vous nous ressortez de votre petite boîte à malice les terribles errements du groupe Stern ; c’est un peu votre joker quand vous ne savez plus quoi dire, ou plutôt lorsque vous nous servez votre argumentaire simpliste : les juifs de Palestine aussi auraient pu être inculpés pour crimes contre l’humanité (mais pas la police française ou la SNCF) ! Bravo, il fallait oser publier une telle pauvreté. Il ne vous a pas échappé que les membres du groupe Stern n’avaient pas transporté leurs coreligionnaires vers les camps du IIIe Reich et ne les avaient pas davantage conduits menottés jusqu’au camp de Drancy. J’ai pu rencontrer un policier français qui a prévenu de nombreux juifs pendant la rafle de 1942 (il se trouve qu’il était communiste). D’autres ne l’ont pas fait. C’est aussi simple que cela. En matière de justice, personne n’a dit qu’il fallait condamner le moindre petit exécutant, policier, cheminot, etc., mais votre déviation sur les Etats-Unis ne convainc pas sur le point essentiel, à savoir que les responsables (comme Papon, Bousquet) devaient être inculpés pour leur collaboration active dans la déportation des juifs de France. (Et puis, de grâce, ne revêtez pas l’habit blanc du briseur d’idées reçues, la blogosphère est remplie de théories fumeuses comme la vôtre.

@ Laurent Dingli | 21 juillet 2015 à 10:41

Je passerai sur vos propos fort déplaisants sur mon compte, mais pas sur l’attentat de l’avion présidentiel au retour d’Arusha. Le juge Bruguière établit après une longue enquête la culpabilité de l’entourage de Kagame dans cet attentat, et le juge Trévidic n’a jamais infirmé ce fait. Il a seulement été réalisé sur place une expertise technique tendant à prouver le contraire, mais fortement contestée par les parties civiles ; après il n’a plus commis d’actes d’instruction à ma connaissance, et avant de quitter ce dossier il l’a seulement laissé en l’état : ni classement sans suite ni renvoi devant une cour de justice.

J’ai uniquement écrit que cet attentat est le facteur déclencheur du génocide des Tutsis, car la haine entre les deux communautés était réelle et ancienne : massacres effectués par les Tutsis à l’encontre des Hutus, dans les zones dont ils avaient pris le contrôle au début des années 80 : voir le rapport d’enquête parlementaire français. Par ailleurs il faut faire un peu d’histoire, les Tutsis qui représentent ~  20% de la population du Rwanda, servaient en grande majorité d’auxiliaires dans l’administration coloniale belge. A l’indépendance de ce pays, les Hutus qui les considéraient comme collaborateurs de l’ex-colonisateur les chassèrent en partie en Ouganda et conjointement en massacrèrent une partie. Paul Kagame servait fin 1970 dans l’armée ougandaise, ainsi que ses troupes. En conséquence ils étaient considérés en 1980 comme des militaires d’un pays étranger puissant tentant de conquérir le Rwanda. Bien évidemment cela ne justifie pas ce double génocide mais l’explique.

La mise en cause de Pierre Péan est quasi systématique depuis qu’il a publié un livre sur le massacre de Sabra et Chatila, dont la responsabilité est due à Sharon et à ses troupes présentes sur place. De plus il a le mauvais goût de rappeler que depuis les années 60, les services secrets de l’état d’Israël sont fort présents en RDC, Ouganda et région dite des grands lacs.

Quant au groupe Stern, certes il n’a participé ni de près ni de loin à la déportation des juifs en Europe. Mais pour autant dans un premier temps il avait proposé de les déporter à Madagascar (ceci s’est avéré impossible du fait de la guerre), mais il se refusait à les accueillir en Palestine et s’est comporté comme un collaborateur zélé des nazis. En France il n’aurait bien évidemment pas été inculpé pour crimes contre l’humanité, mais fusillé pour intelligence avec l’ennemi !…

L’Irgoun moins marqué à droite que Stern fit quand même sauter en 1940 dans le port d’Haïfa un bateau anglais ne transportant que des juifs vers la Nouvelle-Zélande ou l’Australie pour les mettre à l’abri de persécutions. Mais ces « infâmes renégats » n’avaient pas fait le choix de la Palestine !… Sur la responsabilité indirecte des USA dans la déportation de juifs, lisez donc, ce que vous ne semblez pas avoir fait, le commentaire précédent de Parigoth le 19 juillet 2015 à 19:25.

@ Laurent Dingli | 21 juillet 2015 à 10:41

Concernant l’attentat contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana, vous devriez lire avec attention l’article fort détaillé du colonel de gendarmerie (ER) Michel Robardey qui se trouvait à l’époque à Kigali.

Il figure aux pages 19 à 21 dans le lien suivant :
http://p4284.phpnet.org/france-turquoise/wp-content/uploads/2012/07/afriquereellenumero3101.pdf

Et du même auteur son article sur le contexte historique du Rwanda :

http://www.france-turquoise.com/justifier-linjustifiable-par-linjustifiable

@Trekker

Je vous réponds et m’arrêterai là pour cette fois :

1. Les terroristes juifs de Stern et de l’Irgoun n’ont rien à faire dans une démonstration sur les complicités françaises dans la déportation des juifs.
2. Gardez vos leçons d’Histoire pour vous, un peu d’humilité ne vous ferait pas de mal.
3. Je n’ai aucun problème avec la dénonciation de la responsabilité d’Israël dans les massacres de Sabra et Chatila (je vous signale toutefois, puisque vous semblez encore une fois ignorer les premières responsabilités, que les massacres ont été perpétrés par des Libanais chrétiens, ce qui ne minimise en rien les responsabilités d’Israël).
4. Vous n’apportez aucune preuve définitive sur l’attentat qui a causé la mort de l’ancien président du Rwanda (la question de la trajectoire du missile n’est pas anecdotique). Surtout, vous vous êtes servi de cet événement pour suggérer de manière assez tendancieuse que les Tutsi étaient pratiquement coresponsables de leur génocide. Je n’aime pas cette façon de présenter les choses que je trouve odieuse et je le dis. Vous avez trop souvent utilisé ce procédé de détournement des responsabilités (les USA dans le cadre du génocide en France, l’Allemagne pour la faillite de la Grèce, les Tutsi au Rwanda, l’omission des Phalangistes au Liban, etc.) pour que je fasse l’économie de cette mise au point.

@Parigoth | 21 juillet 2015 à 18:35
“…L’historien africaniste Bernard Lugan – qui a été expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) – apporte ici plusieurs éléments sur l’attentat ayant coûté la vie au président Habyarimana :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2012/01/lassassinat-du-president-habyarimana.html

Je connais fort bien les travaux de Bernard Lugan, auxquels d’ailleurs Pierre Péan se réfère dans ses deux livres sur les génocides des grands lacs. Je n’ai pas osé le citer, probablement par une forme de lâcheté, afin de ne pas déchaîner l’ire de Laurent Dingli !

@ Parigoth, Trekker

Je ne suis pas pour la pensée unique, je lirai donc avec intérêt les articles de Bernard Lugan que vous avez mis tous deux en lien, bien que cet historien soit en effet très controversé. Pensez tout de même à varier vos sources…

@Laurent Dingli
Je ne suis pas pour la pensée unique, je lirai donc avec intérêt les articles de Bernard Lugan que vous avez mis tous deux en lien, bien que cet historien soit en effet très controversé.

Controversé par qui ?
Par ses confrères de l’Université française, experts en pensée unique marxisante et pas uniquement dans le domaine de l’histoire, cherchant à faire taire tous ceux qui s’écartent de la ligne ?

Bernard Lugan sait de quoi il parle, il a en plus de ses connaissances théoriques, sillonné dans tous les sens bien des pays d’Afrique ce qui lui a permis de tenir compte des réalités, tant honnies des idéologues.

Enfin, en ce concerne l’article de Bernard Lugan sur le Rwanda, il est plus dicté par l’expert au TIPR que par l’historien.

@ Parigoth | 23 juillet 2015 à 10:21

Vous avez entièrement raison pour Bernard Lugan, les critiques souvent virulentes émanent de ses pairs de l’université française. Ces derniers, outre leur lecture de l’Afrique au travers de concepts marxistes ou tiers-mondistes, ne la connaissent guère concrètement : leurs voyages d’études sur quelques régions de ce continent se limitent bien souvent à quelques mois.

Bernard Lugan contrairement à ses confrères français, est lu et reconnu dans de nombreux pays, notamment anglo-saxons. De plus, être nommé expert auprès du TPIR qui jugeait le génocide du Rwanda n’est pas à la portée du premier venu et entre autres de certains charlatans universitaires français.

Si l’école de Saint-Cyr lui confie depuis des années la tenue de conférences sur l’Afrique, ce n’est pas dû au hasard : les officiers supérieurs encadrant son enseignement ont généralement une connaissance très concrète de la réalité africaine.

De plus, si un journaliste d’investigation scrupuleux comme Pierre Péan, bien que ne partageant pas les idées politiques de Bernard Lugan, s’est référé à ses travaux sur le Rwanda, cela ne relève pas du hasard.

@ Parigoth et Trekker

Vous m’envoyez tous deux le même article issu du blog de Bernard Lugan et en profitez pour vous conforter l’un et l’autre dans vos certitudes… Amusant !
Les visions unilatérales ne m’intéressent pas.
Je répète donc ce que j’ai déjà écrit à Trekker : même si Kagame est responsable de cet attentat, cela ne permet nullement d’établir une équivalence entre les responsabilités des Hutu et des Tutsi en matière de génocide.

@ Laurent Dingli | 25 juillet 2015 à 10:43
“…Vous m’envoyez tous deux le même article issu du blog de Bernard Lugan et en profitez pour vous conforter l’un et l’autre dans vos certitudes…”

Je vous ferai remarquer que l’objectivité consiste à s’informer auprès de sources divergentes. Vous ne semblez vous contenter et prendre pour « vérité d’évangile » que les versions actuelles de Libé, du Monde, de l’association Survie et d’ONG anglo-saxonnes : tous des défenseurs zélés de la vérité selon Kagamé !… Quand on vous cite Bernard Lugan c’est quasi l’horreur, et je doute que vous ayez condescendu à lire son article sur le Rwanda car vous seriez alors moins péremptoire.

J’ai par ailleurs cité dans un précédent commentaire les deux ouvrages de Pierre Péan (pas spécialement un homme de droite), les livres des généraux Lafourcade et Tauzin, le site « France Turquoise », et le rapport d’enquête de la commission parlementaire française en 1998 présidé par Paul Quilès. Vous semblez ne pas les avoir lus, ou même feuilletés.

Je vous signale un autre ouvrage sur le sujet « Les larmes de l’honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda » du colonel Jacques Hogard aux éditions Hugo et compagnie.

En outre n’aura pas échappé à votre sagacité que Le Monde et Libération, jusqu’en 2004/2005, prirent globalement fait et cause pour la politique française conduite au Rwanda entre 1990 et 94 ainsi que lors de l’opération Turquoise. Étrangement après (soit dix ans après les faits) ils firent un 180 degrés, mais leurs journalistes traitant alors de cela n’étaient plus les mêmes et étaient loin de connaître aussi bien l’Afrique que leurs prédécesseurs.

Exemple : Stephen Smith responsable du service « Afrique » à Libération de 1986 à 2000, puis à la direction du département « Afrique » du Monde de 2000 à 2005, et depuis professeur invité à l’université Duke aux USA. Il avait alors défendu la position française au Rwanda, la thèse de l’attentat de l’avion présidentiel commandité par Kagamé, celle du double génocide et a pris la défense de Pierre Péan.

De grâce, Trekker, n’ajoutez pas le ridicule de la fatuité à votre ton lourdement sentencieux. J’ai pointé votre façon détestable de détourner les responsabilités sur ce dossier comme sur d’autres, et cela vous agace, je comprends.

@ Laurent Dingli | 25 juillet 2015 à 23:36

Les dérobades et l’injure sont des facilités quand on connaît fort mal un sujet, et surtout quand on se refuse à lire des analyses contredisant ses propres préjugés.

Pas de projection, svp, c’est vous qui vous êtes dérobé après que j’ai démonté votre sottise sur Paul Kagamé, qui serait le seul responsable des millions de morts de RDC et autres affirmations péremptoires dont vous avez le secret (sur les Tutsi, l’Allemagne, les Etats-Unis, etc).
Votre suffisance tourne d’ailleurs au burlesque lorsque vous pensez savoir ce que je lis ou ne lis pas… J’ai signalé que l’analyse de Bernard Lugan, dont j’ai évidemment lu l’article, n’apportait rien de nouveau sur ce qui a été publié concernant l’assassinat de l’ancien président rwandais. Acceptez la contradiction et cessez de m’infliger vos sources partielles et partiales ainsi que votre petit numéro de singe savant, d’autant plus qu’il est fondé sur un mélange de rapports officiels, de littérature militaire et de documentaires mal digérés.

@ herman | 26 juillet 2015 à 05:01
“Il y a des discussions qui n’en finissent jamais ! Souvent, pour ne pas dire toujours… celles entamées par des historiens…”

Hélas Laurent Dingli n’est pas historien et surtout ne connaît pas les règles de base de cette discipline, il est seulement un lecteur d’ouvrages partisans publiés généralement par des personnes très engagées politiquement. Mais naturellement, comme tous ceux connaissant fort mal un sujet, il devient agressif et méprisant.

Que, faute d’arguments, un anonyme tel que vous ne reconnaisse pas ma qualité d’historien me laisse totalement de marbre. En revanche, je ne laisserai pas sans réponse votre discours négationniste sur le Rwanda qui, à l’instar des inepties publiées par les hurluberlus de votre acabit, est fondé en gros sur la thèse indécente du double génocide.
A part vous retrancher derrière les articles de Bernard Lugan, de Pierre Péan ou divers sources officielles, civiles ou militaires, vous avez été incapable de répondre aux objections que je vous ai adressées : notamment sur l’incongruité de présenter le seul Kagame comme responsable des millions de morts du Congo (une sottise parmi bien d’autres).
En fait, vous ne faites que recracher les thèses officielles, qu’au passage vous avez mal digérées, et n’avez manifestement aucun esprit critique.
Le rapport Quilès semble constituer votre Bible. Apprenez que le b.a.-ba de l’historien consiste à critiquer les sources, surtout lorsqu’elles sont officielles. C’est pour cette raison qu’on n’apprend pas l’histoire de l’URSS en lisant la Pravda ou celle de la Grande Guerre en épluchant les journaux écrémés par la censure. Seul quelques niais idéalistes ou quelques malhonnêtes n’ont pas encore compris que le rapport Quilès avait surtout pour but de dédouaner la France de ses responsabilités. Les Verts et les communistes avaient réclamé une commission d’enquête : le pouvoir s’est contenté d’effectuer une “mission d’information”, ce qui a notamment eu pour conséquence de ne pas contraindre les témoins à prêter serment. Et les membres de cette mission n’ont passé que deux jours au Rwanda ! Au total, un rapport volumineux mais incomplet et dont l’objectivité est, sur certains points, plus que douteuse.
Vous gobez aussi sans sourciller toutes les conclusions du juge Bruguière et les articles de Bernard Lugan, mais ne dites évidemment rien du document remis en juin 2012 par une journaliste britannique sur l’armement des forces rwandaise ni sur les conclusions très nuancées du juge Trevidic.
Vous ne dites rien non plus des témoignages douteux et changeants effectués par le capitaine Barril, qui était proche du président Habyarimana, puis de sa veuve.
Vous ne dites rien de l’absence d’enquête après l’assassinat de trois Français dont deux gendarmes en mission au Rwanda: Jean-Paul Maïer, Alain Didot et son épouse Gilda, assassinés quelques heures seulement après l’attentat qui a coûté la vie au président rwandais.
Vous ne dites rien sur la manière dont ont été accueillies les six plaintes portées en 2005 pour complicité de génocide et de crimes contre l’Humanité, le juge Brigitte Raynaud ayant dû se battre un an contre le Parquet pour qu’elles soient jugées recevables. Et lorsque la magistrate a voulu se rendre sur place, le ministère de la Défense lui a opposé la sortie prochaine du livre de Pierre Péan (cela ne s’invente pas !) et la mise en cause imminente de Kagame !! Les mêmes arguments que vous remâchez, tel un vil perroquet, dix ans plus tard…
Vous ne dites évidemment rien du soutien apporté par la France au régime d’Habyarimana fondé sur la discrimination et les quotas ethniques, le même Habyarimana que le président Mitterrand considérait comme légitime alors qu’il était parvenu au pouvoir par un coup d’Etat (comme tant d’autres).
Vous ne dites rien évidemment sur le double discours du Pouvoir français qui, tout en prônant officiellement la démocratisation dans le pays, menait en sous-main une guerre contre le FPR, Mitterrand nourrissant une profonde hostilité à l’égard du “parti” des Tutsi.
Vous ne vous êtes apparemment jamais interrogé sur d’étranges coïncidences, comme par exemple le fait que le Hutu Power a été créé quelques jours seulement après la mission de Marcel Debarge au Rwanda, le ministre de la Coopération ayant exalté l’ethnicisme et convié tous les partis à lutter contre le FPR.
Vous ne dites rien bien sûr de l’hostilité affichée par la France envers la paix de 1993 qui, selon Mitterrand, faisait la part trop belle au FPR et aux Tutsi (et prévoyait le retrait définitif des troupes françaises).
Vous laissez penser, comme d’autres négationnistes, que les Hutu réfugiés à Goma auraient été victimes d’un contre-génocide alors que beaucoup sont morts du choléra (de 20 000 à 50 000 – Rapport Quilès, T. I, p. 335). Si ce terrible exode a eu lieu, c’est tout d’abord la faute des génocidaires eux-mêmes.
Rien non plus sur le rôle de l’armée française auprès de l’armée régulière rwandaise à partir de 1990, les Français allant jusqu’à régler les tirs de mortier ou à participer à l’élaboration des plans de bataille (rapport Quilès, T. I, p. 151).
Vous reprenez allègrement les mensonges de la propagande officielle qui veulent faire croire que l’opération Turquoise était une opération purement humanitaire alors que dans l’esprit des gouvernants de l’époque il s’agissait surtout de stopper l’avancée du FPR et de conserver une zone pour les Hutu génocidaires (dans ce cadre la ligne dure incarnée par Mitterrand, Védrine et Juppé semble l’avoir emporté sur la ligne modérée constituée par Balladur et Léotard).
Et comme gage de sérieux, mis à part Péan et autres Lugan, vous m’opposez l’association France Turquoise qui est chargée de défendre publiquement l’action de l’armée et de la France au Rwanda au début des années 1990 ! Et ça ose se prétendre historien ! Sacré comique, va !
Je m’arrête là pour l’instant, mais je vais vous dire une dernière chose en conclusion. Le rôle de la France dans le cadre du génocide n’est pas encore clairement établi pour la simple raison que les archives ne sont pas accessibles et que si quelques pitres suivistes ont, pour des raisons idéologiques, envie de répéter comme des perroquets toutes les vérités officielles, qu’ils ne se retranchent pas derrière la notion d’histoire qui n’a aucun sens ici.

PS: Non sans lucidité, vous évoquiez il y a peu cette “sorte de lâcheté” qui vous empêchait de me répondre. Il faut en effet manquer cruellement d’honneur et de courage pour lancer des attaques ad hominem sous le sceau vulgaire de l’anonymat.

@ Laurent Dingli | 31 juillet 2015 à 00:08

Je ne perdrai pas mon temps à argumenter sur vos nouveaux commentaires auxquels j’ai déjà répondu précédemment, car de plus l’injurieux le dispute au partisan le plus sectaire. Seul vous savez la vérité vraie sur le Rwanda, et bien évidemment la mission d’enquête parlementaire présidée par Paul Quilès n’était que pantalonnade, Bernard Lugan ne peut être que disqualifié de par ses idées politiques d’ordre privé, Pierre Péan n’est qu’un « charlot », et quant aux rapports et ouvrages des militaires ils ne sont qu’élucubrations autojustificatrices… sic et resic… (…)

@Trekker
Je ne perdrai pas mon temps à argumenter sur vos nouveaux commentaires auxquels j’ai déjà répondu précédemment

Non, vous n’avez répondu à rien et votre défilade opportune ne m’étonne guère.

Pour le reste, arrêtez l’intox et cessez de me prêter des propos que je n’ai pas eus. Entre autres, je n’ai jamais jugé les convictions de Bernard Lugan que je ne connaissais pas et dont, par ailleurs, je n’ai que faire, mais cet énième détournement vous permet de jouer la carte piteuse de la victimisation, toujours faute d’arguments probants.

Parlons de vos références : le colonel Tauzin qui a lui-même dirigé les opérations contre le FPR à l’époque de “Birunga” ! Un monument d’objectivité pour le comique involontaire que vous êtes… Didier Tauzin pour qui les Tutsi étaient les “Prussiens de l’Afrique” (sic) qu’il fallait renvoyer en Ouganda, le même Didier Tauzin fort marri que le début de la cohabitation, en France, le contraigne à abandonner la contre-offensive contre le FPR, le même Tauzin qui croit encore dur comme fer que, sans ces empêcheurs de guerroyer en rond, il n’y aurait pas eu de génocide un an plus tard… Ben voyons ! Dès le lendemain de l’assassinat d’Habyarimana, le preux était toujours prêt à en découdre contre le FPR et attendait le feu vert de Mitterrand, imaginant même prendre le commandement d’une armée de reconquête !! On aurait envie de rire si ce n’était tragique… Vous avez d’autres références aussi concluantes ?

@Trekker

Il me semble que Laurent Dingli dans son dernier commentaire s’appuie entre autres sur le rapport Quilès et ce dernier n’est donc pas pour lui qu’une “pantalonnade”.
Avez-vous lu le dernier commentaire de Laurent Dingli avant de lui répondre ?
Par ailleurs, ce n’est peut-être pas une licence d’histoire que de passer à la radio mais je me souviens que Laurent Dingli fut un jour l’invité de Franck Ferrand sur Europe 1 en tant qu’historien…

@herman | 31 juillet 2015 à 20:12

Laurent Dingli bien évidemment se garde de taxer de « pantalonnade » le rapport de la commission parlementaire présidée par Paul Quilès, mais ce terme traduit bien l’appréciation qu’il lui porte dans ses deux commentaires.

Qu’il fut invité sur Europe 1 en tant qu’historien (concernant le Rwanda 🙂 :)… cela ne prouve en rien son objectivité, et je dirais même son honnêteté intellectuelle sur ce sujet. Car toutes ses démonstrations ne sont qu’un décalque des thèses véhiculées par l’association Survie, celle-ci est de fait le propagandiste zélé de Kagame et de certains milieux anglo-saxons.

Vu sa référence aux critiques des parlementaires ELV et communistes au sujet de la commission parlementaire sur le drame rwandais, il se démasque : l’historien ne fait qu’habiller sa haine des militaires français, et ce quelles que soient les opérations auxquelles ils sont mêlés. Cela transparaît manifestement à la lecture de ses appréciations sur les livres et les sources militaires que je lui ai cités.

Certes il n’est pas le seul historien chez qui l’idéologie prime sur l’examen lucide des faits, critiques et comparaisons non partisanes des sources. Il me rappelle fâcheusement, sur un autre thème, une Annie Lacroix-Riz ex de Normale supérieure, agrégée d’histoire, docteur ès lettres et professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VII… dont une pétition comportant les signatures de nombreux historiens a demandé sa révocation de l’université !…

@Trekker

Une fois encore, vous projetez sur moi votre propre sectarisme. C’est décidément votre mode de fonctionnement. Comme j’ai eu le front de souligner quelques-unes de vos énormités sur le Rwanda et la politique française dans la région, et que vous êtes incapable de me répondre, vous me rangez, de manière cocasse, dans le camp des méchants gauchistes internationalistes et de l’anti-France ! Chacun appréciera l’épaisseur de l’argument (à ce propos, merci herman pour votre intervention objective). Je n’ai rien contre l’armée, mais, contrairement à vous, je conserve un esprit critique : certains militaires se sont comportés de manière honorable lors de ce drame ; d’autres ont fait preuve, pour le moins, d’aveuglement volontaire, voire davantage.
Vous vous faites du mal, mon pauvre Trekker. Plutôt que de griffonner votre rage sur le blog de Philippe Bilger à trois heures moins le quart du matin ! vous devriez prendre un bon bain glacé et aller vous coucher.

Pour lire l’ensemble des interventions à cet article, voir Un vieil homme indigne sur le blog de l’ancien magistrat Philippe Bilger, Justice au singulier.

Melania Mazzucco racconta Brigitte: dall’inferno del Congo alla rinascita a Roma

Brigitte Zebé ha 40 anni, vedova, 4 figli, gestiva due cliniche a Matadi, in Congo. I militari governativi l’hanno arrestata e torturata per due mesi in un carcere dal quale è fuggita nella notte di Capodanno del 2012. Approdata alla stazione Termini di Roma il 22 gennaio del 2013, ha vissuto in strada in uno stato di disorientamento. Fino all’incontro con la comunità del centro Astalli (21.000 persone accolte nel 2015 solo nella capitale) e con Melania Mazzucco. La scrittrice ha raccontato la sua vicenda in ‘Io sono con te’ (Einaudi). Melania e Brigitte oggi sono amiche e ripercorrono insieme le tappe di questa rinascita. La donna sogna di ricongiungersi con le sue due bambine rimaste in Africa. E cerca un lavoro e una casa, perché dal 31 dicembre non ne avrà più una.

A cura di Giulia Santerini
video Maurizio Tafuro
montaggio Leonardo Sorregotti

Lire l’article sur le site de la Repubblica

 

De la guerre en Syrie

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Un homme porte une fillette blessée après une attaque menée par les forces du régime syrien, le 3 juin 2014 au nord d’Alep. AFP/BARAA AL-HALABI

Cet article est un résumé de mes interventions sur le site de Philippe Bilger

Réactions à l’article Antigone n’a pas sa place en Syrie dans lequel l’ancien avocat général justifiait l’alliance tactique et militaire avec Bachar-el-Assad

27 février 2015

Faut-il choisir entre la peste (Assad) et le choléra (islamiste) ? Vous répondez par l’affirmative, précisant que le premier serait moins pire que le second et critiquant, avec raison, les indignations à géométrie variable du président de la République.
Si j’approuve votre réalisme, je ne crois pas cependant qu’il faille s’allier avec le dictateur sanguinaire Assad lequel a, entre autres, gazé sa population et torturé des enfants (comme le font d’ailleurs régulièrement les islamistes), sans parler des massacres de masse perpétrés par son père.
Vous semblez par ailleurs céder au lieu commun suivant lequel “on”, c’est-à-dire l’Occident, aurait malheureusement déstabilisé ces pauvres dictateurs sanguinaires qui nous protégeaient si bien du cancer islamiste. Cette croyance, très répandue, est largement fausse dans la mesure où les Occidentaux ne sont pas à l’origine des révolutions arabes et, s’ils ont en effet déstabilisé l’Irak de Saddam Hussein (contre l’avis de la France, je vous le rappelle), si la gestion de la crise libyenne par Nicolas Sarkozy s’est révélée irresponsable et catastrophique comme vous l’aviez souligné ailleurs, si encore la France et les Etats-Unis ont financé les rebelles syriens (très loin cependant derrière le Qatar, dont on estime l’aide à plusieurs milliards, et l’Arabie saoudite), les Occidentaux ne sont pas à l’origine des explosions populaires qui ont secoué la plupart de ces régimes criminels. Cette auto-flagellation permanente tourne au ridicule.

@ Madame Michelle D-LEROY

Vous avez raison, comme Philippe Bilger et beaucoup d’intervenants, lorsque vous dites que l’humanisme ne saurait être une arme permettant de lutter seule et efficacement contre la monstruosité. C’est ce que n’avait pas compris Ghandi lorsqu’il pensait que son modèle de résistance pacifique, qui fonctionnait avec l’occupant britannique, pouvait produire un effet quelconque face à Adolf Hitler et à la SS.
Sans doute François Hollande n’a-t-il pas pris assez tôt la mesure de la guerre civile en Syrie. Mais à sa décharge et à celle de ses ministres, il faut comprendre quelle pétaudière est le Moyen-Orient et qu’on ne s’y jette pas sans prendre en compte le rapport de forces international et l’imbroglio confessionnel, tribal et communautaire. Qu’aurait-il fallu faire ? Agir très vite sans doute. Au début du conflit, l’opposition n’était pas encore corsetée par les mouvements islamistes financés par le Qatar et l’Arabie saoudite. L’unique alternative eût été alors d’intervenir seul, ou presque, sans mandat de l’ONU en s’opposant à la Chine et surtout à la Russie. La France était-elle disposée à réitérer l’aventure libyenne sans avoir les moyens de garantir la sécurité de ce pays pendant des décennies ? Car nous le savons tous ; une intervention courte ne résout rien et ne fait qu’entretenir le chaos dans cette région du monde. La France n’en avait ni les moyens financiers ni les moyens politiques. Je ne soutiens pas ce gouvernement, mais il faut être juste. Si le président est rarement à la hauteur des enjeux intérieurs ou internationaux, des hommes de qualité tels que Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian ont fait ce qu’ils ont pu sous la direction du même François Hollande. Quelle a été la situation récente du Maghreb et du Moyen-Orient : des populations ou de larges minorités excédées d’être persécutées par des dictateurs corrompus, de vivre dans la misère, d’être parfois assassinées en masse, ont décidé de secouer le joug (le cas de l’Irak est à part). Le problème, c’est que ces populations n’ont pour l’extrême majorité d’entre elles, aucune expérience démocratique ni même politique et qu’un pays en révolution ou en post-révolution se trouve dans une position de grande fragilité (voyez notre propre histoire à cet égard). Dans ce contexte de déréliction, un Islam fanatique constitue malheureusement la force la mieux organisée car elle bénéficie pour ainsi dire de la puissance de son manichéisme régressif et criminel. Sans pousser trop loin la comparaison, c’est ce qu’ont connu l’Allemagne et la Russie au lendemain de la Première Guerre mondiale. Bien entendu, la situation est très différente suivant les pays. La Tunisie résiste mieux en raison de son histoire, de sa géographie, à la poussée islamiste, que la Libye.

30 septembre 2015

Philippe Bilger, vous écriviez : “Serait-il si choquant d’admettre qu’Assad dorénavant “n’est plus notre adversaire”, comme l’affirme le compétent et actif député Marc Le Fur, tout simplement parce que, dans la hiérarchie des terreurs délibérées et des ennemis capitaux, on a plus besoin d’une solidarité avec lui que de la poursuite de son ostracisme ? Comme il y a pire qu’Assad et que son soutien nous est nécessaire, notre intérêt est évident.”

Je crois que vous ne savez vraiment pas de quoi vous parlez et qu’il faut avoir un peu de décence par rapport aux victimes de ce régime barbare. Un peu court de se lamenter sur le comportement de l’Arabie saoudite quand on justifie cela. Parce que selon votre logique cynique, on peut affirmer sans risque que le soutien de l’Arabie saoudite, régime finalement bien moins criminel que celui de Bachar, nous est aussi utile (…)

23 octobre 2015

Le point de vue des partisans de l’alliance avec Bachar el-Assad est essentiellement fondé sur une hypothèse stratégique – celle d’une coalition victorieuse – et un argument bien plus abstrait faisant office de justification idéologique, sinon morale : la raison d’Etat, elle-même adossée au principe de la légitime défense et à la hiérarchisation des dangers. Pour donner une caution historique à leur prise de position, les partisans de l’alliance avec le dictateur syrien ne cessent d’établir un parallèle avec la Seconde Guerre mondiale, invoquant plus particulièrement le retournement d’alliances consécutif à l’invasion de l’URSS par les troupes du IIIe Reich, en juin 1941.
Je ne crois pas un seul instant que le maintien de Bachar el-Assad au pouvoir, même sur une portion congrue du territoire syrien, constitue un gage de stabilité sur le plan régional. Je voudrais aussi mettre en garde, non seulement contre la pertinence de certaines comparaisons historiques, mais aussi contre l’argument selon moi tout à fait fallacieux de « la raison d’Etat ». Plus que jamais, ce principe fourre-tout est l’alibi de toutes les compromissions et des pires reniements. La raison d’Etat est une manière pratique et sans appel de mettre le droit des gens et la liberté individuelle entre parenthèses au nom d’un principe supérieur dont le promoteur s’érige en général comme le seul juge, ce qui lui permet de faire l’économie de la moindre explication détaillée et circonstanciée. La raison d’Etat est un aveu de faiblesse démocratique et une manière détournée de justifier la force et la tyrannie.
Ce serait donc au nom d’une raison d’Etat prétendument justifiée qu’il faudrait s’allier à Bachar el-Assad, coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Le dictateur, faut-il le rappeler, est l’un des principaux responsables de la situation actuelle et du progrès des mouvements islamistes (avec la destruction de l’Etat irakien causée par l’intervention américaine de 2003). En faisant preuve d’une barbarie inouïe, en réagissant par des représailles sanglantes aux manifestations du « Printemps arabe », Bachar el-Assad est par ailleurs le premier responsable du basculement de la contestation en guerre civile. On se souvient qu’une ville syrienne est entrée en insurrection après que les tortionnaires du régime ont torturé des enfants « coupables » d’avoir écrit des graffiti sur les murs.
Que l’on me comprenne bien. Il ne s’agit pas d’adopter une posture purement morale. A part quelques idéalistes, personne ne pense sérieusement qu’il soit possible de s’allier exclusivement avec des régimes démocratiques. Mais lorsque l’efficacité d’une alliance avec un régime criminel, lui-même largement responsable de la situation actuelle, n’est pas prouvée – et que l’on s’affranchit même de la nécessité de toute explication au nom de la « raison d’Etat », on commet selon moi une double faute, et pratique, et morale.
Enfin, Philippe Bilger, je n’ai pas oublié la sévérité dont vous fîtes preuve à l’égard du braqueur El-Shennawy, dont la libération vous semblait si indigne alors que cet homme, il est vrai multirécidiviste, avait déjà passé 38 années de sa vie en prison. Aucun rapport, me direz-vous ? N’y en aurait-il vraiment aucun entre deux manières si dissemblables de considérer la justice et le crime pour la simple raison qu’il s’agit, dans un cas, d’une affaire intérieure française et, dans l’autre, de notre prétendue sécurité collective ?

On trouvera l’ensemble de mes interventions sur la page Antigone n’a pas sa place en Syrie du blog de Philippe Bilger Justice au singulier.

Honduras : Assassinat de Berta Cáceres, prix Goldman pour l’environnement

Berta Cáceres @ Goldman Prize

Berta Cáceres @ Goldman Prize

Menaces de kidnapping, de meurtre, de viol, de pression sur sa famille… Berta Cáceres se savait en danger. Mais elle ne baissait pas les bras. Près d’un an après avoir été lauréate du Goldman Prize, l’un des prix américains les plus reconnus pour la défense de l’environnement, la militante indigène écologiste hondurienne a été assassinée jeudi par des inconnus alors qu’elle rentrait chez elle, à La Esperanza, à environ 200 km au nord-ouest de Tegucigalpa. Elle s’apprêtait à fêter ses 44 ans. Elle ne bénéficiait pas de protection particulière malgré sa notoriété. Selon la police, Berta Cáceres a été tuée par des voleurs, “mais nous savons tous que c’est pour sa lutte” écologiste a affirmé sa mère, Berta Flores, à la chaîne de télévision brésilienne TV Globo.
Lire la suite de l’article sur le site de Géo

Le Congo ou la banalité de l’horreur

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© logo de l’association Heal Africa

La République démocratique du Congo est une fois encore plongée dans l’horreur : exécutions sommaires, massacres de masse, viols et mutilations, morts d’enfants par malnutrition. Chacun d’entre nous peut agir pour tenter de soulager la souffrance des populations civiles, mais avant d’évoquer les questions pratiques, je voudrais rappeler très succinctement quelle est la situation politique sur place.

rdc_carteLa guerre dans cette région dure depuis près de quinze ans et à déjà fait plusieurs millions de morts. La catastrophe actuelle est, en grande partie, l’une des conséquences du génocide intervenu au Rwanda, en 1994. Un nombre très important d’hutu (miliciens Interahamwe et membres des anciennes forces armées rwandaises) se sont en effet réfugiés en RDC avec leur famille après la reprise du contrôle de Kigali par la minorité tutsi, victime du génocide (au total deux millions de réfugiés). En mai 1997, le président du Zaïre, Mobutu Sese Seko, est renversé par Laurent-Désiré Kabila, lors de la Première guerre du Congo, le pays retrouvant alors son nom de République démocratique du Congo qu’il avait perdu en 1971. Joseph Kabila succède à son père assassiné en 2001 et des négociations inter-congolaises mettent un terme à la seconde guerre du Congo en 2003. Mais la situation reste depuis lors très instable. Convoité notamment pour ses richesses, l’Est du pays est le théâtre d’affrontements répétés entre des forces rebelles intérieures ou appuyées par des gouvernements voisins (Ouganda, Rwanda, Burundi). Dans la province du Nord-Kivu, de violents combats opposent aujourd’hui la troupe du général rebelle d’origine tutsi Laurent Nkunda et l’armée congolaise assistée par des miliciens Maï-Maï et les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). De part et d’autres, des crimes de guerre sont commis, crimes que la Mission de l’ONU en RDC (Monuc), parvient difficilement à empêcher malgré les efforts déployés. Enfin, les négociations engagées sous la pression internationale entre Joseph Kabila, président de la RDC, et Paul Kagame, président du Rwanda, n’ont pas abouti. De part et d’autre, on affiche au contraire une grande détermination pour éliminer l’adversaire. Sur les rivalités ethniques, politiques et géostratégiques diverses, viennent se greffer des intérêts économiques en raison de la présence de minerais précieux, notamment : l’or, le diamant, mais aussi le coltan, utilisé dans les téléphones mobiles ou les ordinateurs.

Des images et des témoignages bouleversants sur le site de la BBC.

Etant donné le rôle très trouble que la France a joué lors du génocide, elle se trouve aujourd’hui dans une situation diplomatique très délicate. Kigali a même rompu ses relations avec Paris en novembre 2006. En ce qui concerne le génocide, le gouvernement français s’en tient aux conclusions de la commission Quilès (6 août 2008) et rejette les accusations portées par Kigali dans un rapport du 5 août contre des militaires et des responsables politiques français. Le président Nicolas Sarkozy a cependant tenté un rapprochement avec le Rwanda. On comprend en outre aisément que l’actuel ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, soit le mieux placé, côté français, pour renouer le dialogue. Toutefois, les poursuites menées par le juge Jean-Louis Bruguière contre l’entourage du président Kagame, et l’arrestation intervenue hier à Francfort de Rose Kabuye, une proche du chef de l’Etat rwandais, ne vont pas apaiser les relations entre les deux pays (1). L’ONU, l’Europe, les Etats-Unis, tentent pour leur part, et chacun à leur niveau, de résoudre la crise. Mais, vues les haines accumulées et la détermination affichée par les belligérants, la tâche de leurs émissaires se révèle difficile – tous ces facteurs font que le chemin de la paix sera sans doute encore très long.

arte_1© Actualités Arte du 9-11-2008 – reportage S. Rosengart – M. Cohen

Grâce à Katy Holt de l’association Save the Children, je voudrais évoquer une histoire dont l’horreur est malheureusement d’une grande banalité au Congo-Kinshasa.

C’est l’histoire d’une femme, Wimana, et de son enfant de un an. Voici les photos et le texte de Katy Holt, publiés sur le site de la BBC, et dont je traduis aujourd’hui la substance :

Wimana Ruhuwreru a été déplacée à sept reprises au cours des quinze derniers mois dans l’est de la République démocratique du Congo en raison des combats permanents qui opposent les hommes du général Laurent Nkunda et les troupes gouvernementales. Plus d’un million six cent mille personnes restent déplacées et la situation se détériore chaque jour alors que les combats se poursuivent.

Obligée de fuir un camp de réfugiés où Wimana avait trouvé refuge, Vendredi lorsque les combats ont débuté, elle est partie pour Goma avec Emmanuel (sur la photo) et ses autres enfants afin d’assurer sa sécurité. Quand ils sont arrivés à Goma, ils n’y avait ni abri, ni nourriture, ni eau pour eux ; ils ont du dormir dehors et n’ont reçu que très peu d’aide.

kate_holt_1Wimana avait cinq enfants, jusqu’à ce que Emmanuel, le plus jeune, meure ce matin de malnutrition. Ici, Wimana et sa fille regarde son cercueil.

Plus tard dans la journée, le cercueil d’Emmanuel est transporté à Goma pour y être enterré.

Wimana et sa fille assistent aux funérailles. Ils regardent pendant que la tombe est creusée et que le petit cercueil est mis en terre.

kate_holt_6Wimana pleure alors qu’Emmanuel est abandonné à son dernier repos.kate_holt_3

Une croix simple faite d’une feuille de bananier et d’un bout de bois marque l’emplacement de sa tombe.

Texte original en anglais et photos de Kate Holt de Save the Children – site BBC News. Traduction Laurent Dingli

Pour agir : vous pouvez faire un don à l’association Save The Children. Présentes aussi sur le terrain, la très remarquable association Heal Africa, ou encore Médecins sans frontières (MSF). Quant aux derniers gorilles des montagnes qui vivent malheureusement dans la zone des combats, se référer à Wildlifedirect.

Sur le rôle de l’Angola et les craintes d’extension régionale du conflit voir l’article du Monde daté du 9 novembre Les combats gagnent un nouveau front en RDC, celui du Point du 10 novembre, Nkunda combattra une force régionale si elle soutient la RDC.

Sur le coltan, voir la vidéo de Daily Motion. En ce qui concerne les difficultés diplomatiques, se reporter à l’article de RFI.

Voir aussi “Congo, au coeur des ténèbres”, l’article que j’ai consacré à l’association Heal Africa qui soigne à Goma les femmes violées et mutilées par les différents belligérants.

(1) Paul Kagame et neuf de ses proches sont jugés responsables de l’attentat perpétré en 1994 contre l’ancien président Habyarimana, attentat qui avait déclenché le génocide. Voir l’article du Monde du 10-11-2008.

Pour toute référence à ce texte, merci de préciser Laurent Dingli, “Le Congo ou la banalité de l’horreur”, Le site de Laurent Dingli, novembre 2008.

Lundi 10 novembre 2008. Dernière mise à jour : 11 novembre 2008.

Ah ! Qu’elles sont belles les routes de mon pays !

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Un Tibétain en exil à New Delhi en Inde s’immole le 26 mars 2012 lors d’une manifestation © STRDEL/AFP

« Oui, mais ils ont de belles routes.» C’est en substance ce que m’avait répondu il y a plus d’un an une conseillère municipale de droite (UMP) alors que je m’étonnais de son enthousiasme à l’issue d’un voyage qu’elle venait d’effectuer au Tibet. Certes, ils ont de belles routes et la Chine a fait sortir les Tibétains du Moyen Age, nous explique-t-on souvent, non sans une pointe de condescendance et d’arrogance. Le ministre Bernard Kouchner lui-même, qui connaît plutôt bien la question, rappelait récemment que le sort des femmes n’était pas toujours enviable dans la société traditionnelle tibétaine. Certes, ils ont de belles routes, des hôpitaux flambant neufs. Mais à quel prix ? L’argument de la modernisation, du développement matériel doit-il servir d’alibi à ce qui est en réalité injustifiable ? Bien sûr, les personnes dont je parle ne justifient rien explicitement, ils se contentent de nuancer, de contrebalancer.

Le ton, d’habitude cordial entre cette femme, conseillère municipale, adjointe au maire d’une ville de taille moyenne, et moi-même, est soudain devenu aigre, puis franchement tendu. Piquée au vif par mes remarques, elle s’est braquée ; elle m’a lancé l’argument habituel de ceux qui n’en ont pas ou qui n’en ont plus : “Mais qu’est-ce que vous en savez, vous n’y êtes pas allé.” Je lui ai rétorqué que je n’avais pas non plus vécu la shoah et que cela ne m’empêchait pas de la condamner. J’ai ajouté, ou je l’ai pensé, je ne m’en souviens plus, que l’on se pâmait aussi à une époque devant les « autostrades » merveilleuses construites par l’Allemagne du IIIème Reich (amalgame quand tu nous tiens !). Bien, je n’ai dit tout cela que pour l’asticoter, pour lui montrer le peu de valeur de son argument sur le fond, car je n’aurai jamais eu l’insigne sottise de comparer la Chine du XXIème siècle à l’Allemagne des années trente. Il n’en reste pas moins que cet argument des « belles routes » ne me convainc pas.

Bien au-delà de la tension passagère qui m’a opposé à une femme par ailleurs charmante, l’anecdote soulève une question de fond. Quel objectif veut-on assigner à nos sociétés ? Quelle est la valeur d’un développement matériel qui ferait fi des droits humains et de l’environnement ? Lorsqu’on a l’outrecuidance de critiquer la Chine, même avec beaucoup de nuances et d’importantes réserves, quelques fâcheux rétorquent immanquablement : Pourquoi n’auraient-ils pas le droit, eux aussi, de se développer comme nous ? Mis à part que personne ne leur dénie ce droit bien légitime et que, même si c’était le cas, les Chinois s’en moqueraient comme de la première casquette de Mao, mis à part cela, force est de constater qu’il pourrait exister des développements plus respectueux de l’homme et de son environnement. Si l’expression de “génocide culturel” employée par le Dalaï Lama ne me plaît guère (je découvre, aujourd’hui même, qu’un journaliste congolais utilise celle de “génocide économique” pour évoquer la situation en RDC : attention aux abus de langage), si l’expression est malheureuse, Pékin n’en a pas moins ravagé la culture tibétaine, en rasant notamment l’essentiel de ses monastères, comme s’il fallait poursuivre la funeste tradition soviétique, la table rase de type Ceaucescu ou celle de la Révolution “culturelle” locale. Passons encore sur les populations chinoises chassées de leur domicile en vue des JO, exploitées de manière indigne pour que nous puissions avoir des produits à bas prix et que la croissance se poursuive. Passons enfin sur des drames moins médiatiques qui se déroulent pourtant dans le même continent, comme le martyre des hmong au Laos ou celui des Karen en Birmanie, autre dictature alliée de la Chine.

Je ne néglige pas cependant tout ce qui se passe de très positif dans ce pays à bien des égards remarquable, je n’oublie pas sa faculté d’adaptation ni le souci naissant de l’environnement, et cela malgré des actes d’une cruauté inouïe trop souvent commis envers les animaux. La Chine évolue vite, dans le bon sens du terme, et elle le fait certainement bien plus rapidement que nous ne l’avons fait nous-mêmes. Il ne s’agit donc pas de jeter l’opprobre sur ce pays capable de s’adapter, mais de rappeler seulement, aussi bien aux Chinois qu’aux Occidentaux eux-mêmes, que le développement matériel n’est pas le critère exclusif du bonheur et qu’il ne saurait remplacer l’éthique.

Je sais bien qu’il est à la mode, chez certains, notamment à droite, de brocarder les donneurs de leçons, les intellectuels déconnectés de la réalité. Le reproche, il est vrai, ne manque pas de fondement, et combien de Robin des bois de pacotille ne peuplent-ils pas les salons de la rive gauche ? Mais ceci étant dit, cette dénonciation ne suffit pas comme argument à opposer chaque fois que l’on s’émeut de voir les droits du vivant bafoués en Chine ou ailleurs. Les vrais humanistes ignorent les camps, les partis, les ethnies, les religions et les frontières.

Certes, il serait bien futile d’opposer les routes chinoises aux moines persécutés, les progrès destructeurs aux valeurs spirituelles élevées, les avides entrepreneurs aux braves autochtones, soucieux de préserver leurs traditions, ou encore la modernité à un Age d’or qui, par définition, n’a jamais existé. Je suis persuadé que la réforme viendra en grande partie de la Chine elle-même, de sa jeunesse bouillonnante et qu’elle contribuera un jour à nous faire évoluer. Mais en attendant ? Alors que nous transformons chaque année un peu plus la terre en désert, quel monde voulons-nous bâtir ?

J’entendais hier le chroniqueur économique d’Europe 1, Axel de Tarlé, évoquer la possession d’une Porsche comme un critère absolu de bonheur. Quelle pauvreté ! quelle tristesse ! me suis-je dit quand le bonheur se limite à cela, à un vulgaire bout de ferraille, alors que nous piétinons les véritables trésors de cette planète, sa richesse humaine, animale et végétale. Une fois que l’homme à satisfait ses besoins fondamentaux, une fois qu’il a pu assurer au minimum l’avenir de ses enfants et obtenir un certain confort matériel, la qualité de son existence, comme celle des nations, ne se limite pas à disposer de belles routes et de belles voitures. C’est justement cet enseignement, cette autre voix qu’essaie de nous faire entendre le Dalaï Lama avec beaucoup de nuances ; cet homme est porteur d’un message profondément humaniste, celui d’un possible développement respectueux du vivant sous toutes ses formes. Pourvu que nous sachions l’entendre, car cette sagesse-là, la richesse de cette vision du monde, sauront donner un sens à notre modernité.

Liens :Le gouvernement chinois ne semble prêt à aucune concessions comme l’observent différents analystes. Pékin attend la mort du Dalaï Lama afin de pouvoir contrôler son successeur. Les officiels chinois craignent aussi la contagion des revendications autonomistes. Voir l’article de Howard W. French dans le International Herald Tribune d’aujourd’hui.

Samedi 29 mars 2008

Congo, au coeur des ténèbres

asifiwe_fullSi j’ai choisi aujourd’hui ce titre d’une oeuvre célèbre de Joseph Conrad pour illustrer un billet sur la République démocratique du Congo (R.D.C.), c’est que j’ai parfois l’impression, à tort ou à raison, que rien n’a profondément changé dans cette terre de cocagne. Une illusion sans doute, mais que de similitudes avec l’époque du roi des Belges, Léopold II, dont la cruauté fut jadis dénoncée par Edmund Morel ou Roger Casement – et que de rappels sanglants pour un pays qui n’en finit pas de souffrir. Je lis les témoignages de ceux qui vivent sur place et agissent sur le terrain, en l’occurrence les médecins de l’association Heal Africa. Chaque jour, ces derniers s’efforcent d’atténuer les conséquences d’une barbarie ordinaire dont les femmes sont souvent les premières victimes. Je retrouve alors cette grande division binaire du monde, l’éternel clivage entre ceux qui détruisent et ceux qui réparent – ou plutôt, devrais-je dire, ceux qui tentent de le faire, car cette activité rend humble et le rapport ne sera jamais égal entre le bien et le mal. On écoute ces récits de vie, ces bribes de cauchemars racontées avec beaucoup de pudeur, entre deux opérations, par des chirurgiens américains confrontés à l’horreur quotidienne. On mesure tout ce que cette souffrance peut avoir d’irréparable ; on devine la prégnance du traumatisme qui se fixe comme un poison dans le sang des victimes. Mais on se surprend aussi à espérer, même au coeur des ténèbres.

« Les chirurgiens du Wisconsin viennent juste de ramasser leurs affaires pour rentrer chez eux après une longue journée, rapporte ainsi Lyn Lusi dont je traduis les propos. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont réparé le visage de Jeanne. Cela faisait huit mois qu’elle attendait une chirurgie réparatrice et le jour était enfin venu.

“Jeanne m’a dit qu’elle pouvait témoigner du jour et de l’heure, 5 heures de l’après-midi, un dimanche de septembre 2005, quand la 105ème Brigade des Interahamwe s’est battue dans son village. Elle portait sa petite fille de 18 mois dans les bras. Ses voisins ont fui, mais les tirs étaient trop nourris pour qu’elle puisse suivre leur exemple. Elle s’est donc cachée. Cinq hommes l’ont violée. Quand ils ont quitté la hutte, elle s’est dissimulée sous le lit avec sa petite fille. Ils sont revenus avec d’autres soldats. Comme ils ne l’ont pas trouvée, ils ont mis le feu. Elle a essayé de fuir au dernier moment, mais la hutte en flammes s’est effondrée sur elle, tuant son bébé et la brûlant très gravement à la tête, au visage et aux bras. Réparer le visage de Jeanne, c’était régler l’un des problèmes. Mais comment cette femme va-t-elle pouvoir reconstruire sa vie ? (…)

« Seuls un petit nombre de survivants parviennent jusqu’à notre hôpital. Et, dans les bons jours, quelques-uns nous quittent guéris, alors que, sans notre intervention, ils seraient morts. C’est le cas de cette femme de soixante ans, Odile. Elle est rentrée chez elle, il y a quelques jours en se tenant gaillardement sur ses béquilles. Après l’avoir violée, les soldats lui ont tiré dans le genou. Il n’a pas été possible de sauver sa jambe. Elle a maintenant une prothèse ; elle est donc rentrée chez elle avec quelques produits à vendre afin de pouvoir gagner sa vie toute seule. Son courage et sa dignité étaient vraiment magnifiques. C’était une bonne journée (…) ».

Lyn nous relate encore bien des récits de souffrance, notamment l’histoire d’André, un enfant de dix ans dont la belle-mère a brûlé volontairement la main dans l’eau bouillante parce qu’elle l’accusait d’avoir volé 100 Francs (20 cents). C’est une des conséquences de la misère suggère Lyn. A Goma, rappelle-t-elle à ce propos, 45 foyers sur cent vivent avec moins de 50 dollars par mois. « C’est cela le scandale du Congo : un pays si riche qui attirent les prédateurs de toutes les nations du monde mais dont la majeure partie de la population vit dans une accablante pauvreté ». Pour ma part, j’aurais aussi évoqué l’irresponsabilité chronique de certaines élites africaines… Un autre exemple permet de rappeler à quel point les besoins des ONG sont énormes. Ainsi pour soigner une fistule vaginale, contractée par une femme lors d’un viol collectif ou dans le cadre de son travail, des ciseaux spéciaux sont indispensables. L’hôpital n’en possède qu’une seule paire, souvent utilisée par un médecin en tournée. Les malades et les blessées doivent donc attendre.. et souffrir. Une seule paire de ciseaux coûte 500 dollars – soit l’équivalent de dix mois de budget pour une famille entière de Goma. On comprend dans ces conditions la valeur d’un tel instrument et pourquoi certains sont dérobés avant même de parvenir à l’hôpital…

Les membres de Heal Africa ne se penchent pas seulement sur les souffrances du corps, ils traitent aussi les traumatismes psychiques. Un soixantaine de femmes désignées par leur communautés s’apprêtent ainsi à travailler avec l’association pour identifier et aider les femmes violées du Nord Kivu. « Ces courageuses conseillères font preuve de passion et de compassion. Elles marchent pendant des jours pour atteindre les femmes traumatisées dans le sillage des combats ».

Un peu de baume sur une plaie béante.

Judy Anderson de Heal Africa me rappelle aujourd’hui que Bernard Kouchner s’était rendu à Goma où il avait soutenu le programme de chirurgie orthopédique pour les enfants. Par ailleurs, précise Judy, le Dr Lusi vient d’être invité à Paris par le ministre des Affaires étrangères dans le cadre de la journée de la femme, le 7 mars prochain.

Liens : Lyn Lusi, A Good Day in Goma, Heal Africa.

Lundi 25 février 2008. Dernière mise à jour le 27/2/2008