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Festival de Yulin: Horreur et cruauté en Chine

En plus de signer la pétition de change.org « Shut Down the Yulin Dog Meat Festival in GuangXi China« , vous pouvez réagir sur la page twitter stop yulin 2016, vous trouverez toutes les informations concernant le festival de Yulin et les réactions qu’il suscite sur la page de wildlifeplanet.net, l’article de Janet Kinosian  You Can End Barbaric Yulin Dog Meat Festival: Update 2016 sur le Huffington Post, voir aussi « Yulin dog meat festival: Thousands of animals slaughted in China » sur la page du Telegraph.uk

La Chine, fléau du règne animal

Lors de la rédaction de cet article, en 2008, j’avais conservé un fond d’optimisme. Mais, force est de constater, six ans plus tard, non seulement que la situation ne s’est pas améliorée, mais qu’elle dépasse les pires cauchemars que j’aurais pu avoir. Tandis que l’industrie de la fourrure se porte à merveille, les rhinocéros et les éléphants sont au bord de l’extinction en raison de l’engouement des Chinois pour l’ivoire et de leur superstition en matière médicale.
L’Asie et, au sein de ce continent, la Chine, se signalent malheureusement encore trop souvent par les actes de barbarie et de cruauté commis envers les animaux – que ces derniers soient sauvages ou domestiques, destinés à l’alimentation, à la pharmacopée ou seulement prisés pour leur fourrure. L’objet de cet article n’est pas de stigmatiser la Chine, mais d’informer et de faire pression sur son gouvernement dans le contexte des Jeux olympiques de Pékin. L’arrogance n’est pas bonne conseillère et les insultes se révèlent inefficaces, d’autant plus que des Chinois s’investissent de plus en plus dans la protection animale. C’est par le dialogue, assorti de pressions respectueuses mais fermes, que nous pouvons espérer faire évoluer les choses. Force aussi est de constater, une fois encore, qu’il existe un lien évident entre la violence exercée contre l’homme et celle dont l’animal est la victime. Sans doute la situation est-elle en train d’évoluer, très lentement, grâce à la multiplication des échanges, au progrès de l’information et à la mise en place de partenariats avec les associations. Mais, le chemin à parcourir est encore long et la souffrance, humaine comme animale, requiert des interventions urgentes.
 En Chine, ainsi que dans plusieurs autres pays d’Asie, les chiens et les chats, que l’on consomme, sont traités avec une cruauté inouïe : entassés dans des cages, soumis à des mauvais traitements et à des conditions d’hygiène effroyables, ils attendent la mort au milieu de la terreur et du sang de leurs congénères que l’on dépecent devant eux. On sort les animaux de la cage à l’aide de grandes pinces de fer. Et c’est une bête hurlante que l’on bat à mort devant les autres (1) . Pour la fourrure, les chiens et les chats sont pendus à une corde et on leur arrache la peau sans se soucier de savoir s’ils vivent encore.
Tout, en Chine, est prétexte, pour manifester cette ahurissante cruauté: l’alimentation, la pharmacopée, la fourrure, mais aussi la lutte contre la rage – la plus inepte qui soit dans un Etat prétendu moderne. Ainsi, en 2006 et 2007, pour quelques cas seulement de rage avérés, des dizaines de milliers de chiens et de chats ont été massacrés, sans distinction et avec une violence insoutenable : on abattait les animaux à coup de barre de fer dans la rue, les bien-portants comme les autres, allant même les chercher chez leurs propriétaires. Et, une fois arrachés à leurs maîtres, dont certains étaient en larmes, on les exécutait devant eux. Certains propriétaires, en revanche, se chargeaient eux-mêmes de la basse besogne, afin de toucher la petite prime réservée par les autorités locales à l’abattage. En août 2006, 50 000 chiens furent ainsi massacrés dans le seul comté de Mouding. « Les chiens du comté ont tous été tués, parfois battus à mort dans les rues, sans savoir s’ils étaient vaccinés. « Je promenais mon chien et des policiers l’ont frappé à mort sans explication. » témoignait une femme, encore sous le choc » (2)

Tout le monde sait, aujourd’hui de quelle manière infâme, les Chinois martyrisent les ours à collier dont-ils prélèvent la bile, en leur occasionnant mille souffrances. Selon la WSPA, au moins 12.000 ours sont maintenus en captivités dans les fermes chinoises, vietnamennes et coréennes. Les animaux sont enfermés dans une cage de la taille d’une cabine téléphonique, renversée sur le côté afin de pouvoir extraire leur bile. Les associations tentent d’informer les populations et les Etats concernés sur les alternatives à la pharmacopée traditionnelle dérivée de produits animaux, notamment par l’utilisation de substance de synthèse ou à base d’herbes. Pourtant, malgré l’interdiction du commerce de la bile d’ours par la CITES et l’engagement pris par la Chine, le Vietnam et la Corée, l’exploitation se poursuit sur leur territoire. Un représentant américain, Raoul M. Grijalva doit présenter devant le Congrès un Bear Protection Act 2008 (H.R. 5534) afin d’interdire le commerce de produits dérivés de viscères d’ours, incluant la bile. Une enquête de la WSPA a en effet prouvé la présence de produits illicites dans plusieurs boutiques de médecine traditionnelle chinoise, notamment à Boston, Chicago et New-York.

Même chose pour les requins, décimés, mutilés de leur aileron et rejetés ainsi, encore vivant, dans l’océan. Les associations luttent pied à pied pour modifier les habitudes alimentaires et les méthodes d’abattage. A titre d’exemple, fin juin 2008, sous la pression du Sea Shepherd Conservation Society et de Bite-Back, le groupe de restaurants Hakkasan, l’un des 20 premiers restaurants au monde, a décidé de retirer la soupe d’ailerons de requins de ses menus. Les actions de Bite-Back et Sea Shepherd visent toute entreprise qui fait des bénéfices sur la vente de mâchoires, cartilage, ailerons, dents, et huile de foie, et les encouragent à cesser leurs activités.
Il faut encore ajouter à cette longue liste de maltraitance, les conséquences de l’élevage intensif. Comme le rappelle l’association Act Asia, l’exploitation industrielle de l’animal est en constante progression en Chine. Or, dans le même temps, il existe très peu de loi de protection animale. Sur place, les militants sont le plus souvent isolés et travaillent dans des conditions très dures.
Que dire encore des spectacles pendant lesquels des animaux, « achetés » par des touristes sont jetés à un fauve, pour être dévorés et constituer ainsi un plaisant divertissement ? Une belle école de sadisme et d’indifférence à la souffrance pour les enfants de ces touristes chinois en mal d’émotions fortes.
Ci-dessus, touristes chinoises en train de frapper un jeune tigre enchaîné : le summum de la lâcheté et de la bêtise !
Cruauté et extinction des espèces

La cruauté envers l’animal se conjugue parfois avec l’extinction des espèces. C’est notamment le cas du requin et du tigre. Ce dernier est en voie de disparition en raison de la déforestation de son habitat, du braconnage visant à alimenter la pharmacopée chinoise et du commerce de la peau. Presque tout, dans l’animal – sang, abats, graisse, yeux – est censé receler des vertus curatives. La plupart des cinq sous-espèces de tigres sont en voie d’extinction. Le tigre blanc, variété du tigre du Bengale, n’existe plus à l’état sauvage ; le Tigre de Bali (Panthera tigris balica) a disparu, dès les année 1940, et celui de Java (Panthera tigris sondaica ) dans les années soixante-dix, exterminé par les chasseurs alors que son habitat s’était déjà considérablement réduit. A Java (Panthera tigris sumatrae), il ne restait plus en 2007, d’après le WWF, que 400 tigres en liberté. Dans l’île de Sumatra, malgré les lois de protection indonésiennes et la vigilance des associations comme le WWF et Traffic, le braconnage se poursuit et les petits marchés locaux continuent de vendre des pièces anatomiques destinées à l’orfèvrerie, à la pharmacie, ou aux souvenirs pour touristes : dents, griffes, os... (3). Le tigre de la Caspienne (Panthera tigris virgata), s’est éteint, en raison de la déforestation et celui de Chine méridionale (Panthera tigris amoyensis), principalement victime de la pharmacopée chinoise, ne pourra plus subsister à l’état sauvage. Dans le Sud de la Chine, au Vietnam, au Cambodge et en Thaïlande, il ne reste plus que quelques centaines de représentants du tigre d’Indochine (Panthera tigris corbetti).

Quant à la survie du tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica), elle est très précaire puisqu’il ne reste que 500 individus vivants encore dans la nature. Le tigre du Bengale, ou tigre royal, (Panthera tigris tigris), est lui aussi menacé à cause de la surpopulation et de la déforestation en Inde. Sous l’impulsion des Gandhi, l’Inde avait entamé un effort significatif de protection de l’espèce, à partir de 1973, mais le gouvernement indien ne parvient pas à enrayer le déclin. En juin dernier, la Banque mondiale a lancé un projet visant à enrayer la disparition du tigre sauvage. (Edicom).

 

J’allais oublié de mentionner le commerce de l’ivoire auquel la Chine prend une large part, que ce soit sur le plan légal ou illégal. Cet été, la CITES a autorisé Pékin a se fournir auprès de quatre pays africains. Cette décision, très controversée, a été acquise notamment grâce au vote de la Grande-Bretagne. Pour les écologistes, l’entrée de la Chine sur le marché relancera le commerce illégal de l’ivoire et favorisera la recrudescence du braconnage. A noter, que sous la pression des associations comme l’IFAW, la société de commerce en ligne ebay vient de prendre l’engagement de ne plus permettre l’achat et la vente d’objets en ivoire sur son site, décision importante si l’on songe qu’internet constitue l’un des principaux réseaux du commerce illégal. On estime que 20 000 éléphants sont abattus chaque année à cause de l’ivoire de leurs défenses (4).
Le Canada, l’Espagne, l’Egypte, la France et les autres…

Si la Chine est un véritable fléau pour le monde animal, la cruauté reste le triste apanage de l’homme, quelle que soit sa nationalité. En Amérique, le Canada est depuis trop longtemps tristement célèbre pour ses vastes campagnes de chasse aux phoques, une pratique innommable et inutile, qui occasionne de grandes souffrances, malgré les dénégations de ses promoteurs. « Les chasseurs canadiens utilisent des gourdins, des hakapiks (instruments avec une pointe métallique) ou des fusils. Les témoins ont pu voir sur place des phoques lutter contre la mort pendant plus d’une heure, après avoir eu le crâne fracassé. La vision de nombreuses dépouilles sans peau et le son particulièrement horrible produit par les gourdins écrasant le crâne des bébés phoques ont marqué tout particulièrement les observateurs » (5) . Une vidéo, parmi d’autres, publiée sur dailymotion, permet de mesurer la réalité insoutenable de cette pratique. La chasse aux phoques constitue le plus grand massacre de mammifères marins sur la planète. Les phoques sont chassés pour leur fourrure, leur huile, utilisée notamment comme supplément d’oméga 3, et leur pénis, censé avoir des vertus aphrodisiaques, est revendu sur le marché asiatique. Plus d’un million de phoques ont été abattus sur la banquise ces quatre dernières années. Pour la seule année 2008, le gouvernement canadien a fixé le quota d’abattage à 275 000 phoques. Rien n’est pire que la surdité du Canada face aux cris d’indignations qui s’élèvent depuis près de quarante ans, notamment à l’initiative de Brigitte Bardot. Le massacre est aussi pratiqué en Namibie où le quota d’abattage a été fixée cette année à 85.000 otaries. Le 3 juillet dernier, le commissaire européen Stavros Dimas, de passage en France, a annoncé qu’il allait présenter, le 23 juillet, jour de la sainte Brigitte, une proposition visant à interdire l’importation de produits dérivés de la chasse aux phoques au sein de la Communauté européenne.galgo20Cruauté indicible aussi des Espagnols qui n’ont pas de procédés assez barbares pour faire souffrir les galgos, ces lévriers qui ont eu le malheur de perdre une course ou qui, tout simplement, paraissent trop usés pour servir. Alors, on les brûle vif, on leur mutile la truffe, on les pend jusqu’à ce que mort s’ensuive. La cruauté envers les animaux correspond malheureusement en Espagne à une tradition ancienne et toujours vivace. Il suffit d’énumérer les fêtes et célébrations diverses qui donnent lieu à des maltraitances ou à de purs massacres (6).

 Cruauté indescriptible de certains pays arabes comme l’Egypte où les chiens et les chats sont martyrisés et battus à morts, sans parler des animaux qu’on laisse lentement crever de faim, attachés à un pieu, jusqu’à ce qu’ils s’effondrent.
N’oublions pas notre propre pays, la France où, au nom de la tradition, on fait souffrir des milliers d’animaux : les oies et les canards encagés et gavés à vie pour que nous puissions manger leur foie (7). Et les taureaux de nos corridas dont l’agonie et la mort constituent un sujet de réjouissance, comme en Espagne. Il faut encore ajouter à cela les cuisses de grenouilles, importées d’Asie pour approvisionner le marché européen : Jetées et transportées pendant des heures dans des sacs, elles sont placées sur un billot de bois, profondément entaillées à la nuque, coupées en deux et éviscérées. Les grenouilles sont encore conscientes et peuvent mettre un long moment à agoniser, entassées à même le sol. Les membres inférieurs qui ont été sectionnés sont rincés de façon souvent rudimentaire avec de l’eau parfois impropre à la consommation. La peau est ensuite retirée et les cuisses de grenouilles sont congelées pour l’exportation » (8).
Comment agir ? En ne consommant aucun des produits issus de ces pratiques barbares, en soutenant les associations qui luttent pour les enrayer, en écrivant aux responsables économiques et politiques, susceptibles de faire évoluer la situation, notamment dans le cadre des Jeux olympiques de Pékin, pour ce qui concerne la Chine. L’Europe, a fait énormément de progrès en matière de bien-être animal. C’est une école de respect pour l’être humain, non seulement dans sa relation générale au monde vivant, mais aussi dans les rapports qu’il entretient avec ses propres congénères.

* Pour la protection des requins et des écosystèmes marins : vous pouvez signer la pétition sur le site lapetition.be ; agir et vous informer sur le site The Shark Alliance, (voir notamment les récents projets de protection émanant de la Communauté européenne), rejoindre des associations comme le Seashepherd de Paul Watson ou l’IFAW (International Fund for Animal Welfare), association plus généraliste en matière de protection animale.

* Pour la protection du tigre : La Tiger Watch Foundation tente de protéger les derniers tigres du parc de Ranthambore, dans le Rajahstan indien, en essayant notamment d’assurer la reconversion des braconniers et de promouvoir divers programmes sociaux (école, hôpital, émancipation des femmes, protection de la forêt, etc.) ; voir aussi les sites du Wildlife Conservation India et de l’ONG britannique 21st Century Tiger, la Tiger Foundation, et Save The Tiger Fund (USA). Vous trouverez la description de plusieurs autres associations de protection du tigre sur le site Indian Tiger. L’International Tiger Foundation est une alliance de 35 organisations représentant une centaine d’associations qui se sont fixées comme objectif la préservation du tigre : voir la liste sur le site de STF.
* Pour la protection des ours à collier ou des autres animaux objets de maltraitance en Asie et en Chine : L’association Animal Asia tente de soigner et d’assurer un refuge aux ours à collier qu’elle accueille dans un état parfois critique : certains ne survivent même pas au transport ou meurent quelques temps après. Pourtant, le dévouement de cette équipe permet de soulager bien des souffrances, notamment par la voie chirurgicale. Il faut dire que les blessures de ses animaux sont graves et souvent irreversibles : chair pourrie jusqu’à l’os, plaie ouverte et purulente à l’abdomen, cancer du foie, etc. L’association One Voice, que nous avons souvent eu l’occasion de présenter dans ce blog, déploie des efforts conséquents, notamment pour préserver les populations d’ours en Inde ou alerter l’opinion public et lutter contre la maltraiance en Chine. Pour soutenir l’association et consulter ses autres domaines d’intervention en France comme en Asie, consulter le site de One Voice. L’association oeuvre d’ailleurs en partenariat avec Act Asia dont la mission, essentielle, consiste à former et à soutenir, en Asie, les personnes vouées à la protection animale.

(1) Une enquête menée récemment par One Voice, donne un aperçu des mauvais traitements dont sont victimes les chiens destinés à l’alimentation. Les membres de l’association ont visité, entre autres, l’usine de M. Wang, dans le Jinan, au sud-est de la Chine : « Dans les cages, les chiens s’agitaient de façon pitoyable : ils avaient de bonnes raisons d’être terrorisés. À l’aide d’une longue pince, un ouvrier a attrapé le cou d’un chien et l’a sorti de sa cage tandis que l’animal se débattait, puis il l’a frappé à la tête et au museau jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Il l’a ensuite traîné vers la zone d’abattage, il a mis le pied sur la tête du chien avant d’introduire un doigt dans son cou et de le saigner. Pendant que son sang s’écoulait sur le béton, l’animal était secoué de spasmes. Cependant, il était toujours vivant. Le boucher l’a laissé agoniser pendant sept minutes dans des conditions effroyables, le temps de tuer plusieurs autres chiens. Enfin, il l’a frappé à mort et l’a mis dans la marmite en ébullition afin d’en détendre la peau. « La peau ne se détache pas si le chien est encore vivant quand on l’ébouillante », nous a-t-on expliqué. La désinvolture dans laquelle une telle brutalité s’exerçait était presque aussi effrayante que les souffrances qu’elle provoquait. Nous avons vu des chiens amenés pour être abattus, comprimés les uns contre les autres dans des cages transportées sur des motos et sur de petits tracteurs. Les chiens étaient brutalement tirés des cages par le cou à l’aide de crochets en fer, ce qui les faisait hurler et se tordre de douleur. À un moment, un petit terrier a réussi à s’échapper au moment où on le sortait de sa cage. Un des ouvriers l’a brutalement attrapé et tiré à l’aide des crochets en fer, et les cinq ou six ouvriers qui assistaient à la scène ont rigolé en l’entendant hurler de douleur et de terreur. Certains chiens – divers terriers mais aussi des croisements de chiens danois – portaient des colliers, ce qui laisse penser qu’ils avaient été des animaux de compagnie. Compte tenu de sa dimension et de la cruauté de ses méthodes, cette usine est ce que nous avons visité de plus choquant en Chine. Notre chauffeur, un Chinois d’une cinquantaine d’années, en avait les larmes aux yeux. De tous les Chinois que nous avons rencontrés, il n’était pas le seul à être choqué et dégoûté par la façon dont les animaux sont traités dans son pays, ce qui nous laisse espérer que le jour où ce que nous avons vu sera montré à une part suffisamment importante de la population, une cruauté aussi épouvantable ne sera plus permise ».

(2) Voir le rapport effectué pour Traffic par Julia Ng and Nemora, Tiger Trade revisited in Sumatra, Indonesia, 2007. Voir aussi l’article de Sciences et Avenir, La triste fin du tigre de Sumatra.
(4) Voir l’article Return of ivory trade as Britain backs China, de Michael McCarthy and Colin Brown dans The Independent du 16 juillet 2008. Depuis juin 1997, le Bostwana et le Zimbabwe peuvent exporter leurs stocks d’ivoire vers le Japon. Voir aussi, en français, l’article du 14 octobre 2008 de l’IFAW, et la Radio des Nations Unies pour l’interview d’un représentant de la CITES.
(5) Claire Cambier dans Aujourd’hui la Chine.
(6) Voir le site de protection des animaux.
(7) « Le gavage, procédé qui permet de produire du foie gras, génère de grandes souffrances pour les oiseaux. Le foie gras est interdit pour motif de cruauté dans la plupart des pays de l’Union. Qu’est-ce que le foie gras, et comment est-il produit ? Le gavage consiste à enfoncer de force un tube de métal de 20 à 30 centimètres dans la gorge d’un canard ou d’une oie. Pour contraindre son corps à produire du foie gras, l’oiseau doit ingérer en quelques secondes une quantité de maïs telle que son foie finit par atteindre de 5 à 10 fois sa taille normale, et développe une maladie, la stéatose hépatique. Suite au choc du gavage, il est pris de halètements, de diarrhées, de vomissements. Plus d’un million d’oiseaux meurent chaque année en France des blessures et maladies du gavage (statistiques de la filière du foie gras) avant d’arriver à l’abattoir. Pour qu’ils ne puissent pas se débattre quand on leur empoigne le cou, la plupart des plus de 30 millions de canards gavés chaque année en France sont enfermés dans une cage si petite qu’ils ne peuvent pas se déplacer ni même se retourner. Le foie, devenu énorme, compresse leurs poumons et les rend haletants. Le passage de l’embuc provoque souvent des lésions ou des perforations de leur gosier. Peu de gens connaissant la réalité du gavage seraient prêts à infliger volontairement et consciemment de tels mauvais traitements à un oiseau pour un bout de foie gras un jour de fête… » (source : rebellyon.info). Voir l’article d’Yves Miserey dans le Figaro du 15-10-2007.
(8) Voir le dossier Ne mangez pas nos cuisses de l’association Stéphane Lamart.
Pour toute référence à cet article, merci de préciser : Laurent Dingli, « La Chine fléau du règne animal », Le site de Laurent Dingli, juillet 2008.
Samedi 19 juillet 2008.
Dernière mise à jour : 29 juillet 2008.

Ah ! Qu’elles sont belles les routes de mon pays !

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Un Tibétain en exil à New Delhi en Inde s’immole le 26 mars 2012 lors d’une manifestation © STRDEL/AFP

« Oui, mais ils ont de belles routes.» C’est en substance ce que m’avait répondu il y a plus d’un an une conseillère municipale de droite (UMP) alors que je m’étonnais de son enthousiasme à l’issue d’un voyage qu’elle venait d’effectuer au Tibet. Certes, ils ont de belles routes et la Chine a fait sortir les Tibétains du Moyen Age, nous explique-t-on souvent, non sans une pointe de condescendance et d’arrogance. Le ministre Bernard Kouchner lui-même, qui connaît plutôt bien la question, rappelait récemment que le sort des femmes n’était pas toujours enviable dans la société traditionnelle tibétaine. Certes, ils ont de belles routes, des hôpitaux flambant neufs. Mais à quel prix ? L’argument de la modernisation, du développement matériel doit-il servir d’alibi à ce qui est en réalité injustifiable ? Bien sûr, les personnes dont je parle ne justifient rien explicitement, ils se contentent de nuancer, de contrebalancer.

Le ton, d’habitude cordial entre cette femme, conseillère municipale, adjointe au maire d’une ville de taille moyenne, et moi-même, est soudain devenu aigre, puis franchement tendu. Piquée au vif par mes remarques, elle s’est braquée ; elle m’a lancé l’argument habituel de ceux qui n’en ont pas ou qui n’en ont plus : « Mais qu’est-ce que vous en savez, vous n’y êtes pas allé. » Je lui ai rétorqué que je n’avais pas non plus vécu la shoah et que cela ne m’empêchait pas de la condamner. J’ai ajouté, ou je l’ai pensé, je ne m’en souviens plus, que l’on se pâmait aussi à une époque devant les « autostrades » merveilleuses construites par l’Allemagne du IIIème Reich (amalgame quand tu nous tiens !). Bien, je n’ai dit tout cela que pour l’asticoter, pour lui montrer le peu de valeur de son argument sur le fond, car je n’aurai jamais eu l’insigne sottise de comparer la Chine du XXIème siècle à l’Allemagne des années trente. Il n’en reste pas moins que cet argument des « belles routes » ne me convainc pas.

Bien au-delà de la tension passagère qui m’a opposé à une femme par ailleurs charmante, l’anecdote soulève une question de fond. Quel objectif veut-on assigner à nos sociétés ? Quelle est la valeur d’un développement matériel qui ferait fi des droits humains et de l’environnement ? Lorsqu’on a l’outrecuidance de critiquer la Chine, même avec beaucoup de nuances et d’importantes réserves, quelques fâcheux rétorquent immanquablement : Pourquoi n’auraient-ils pas le droit, eux aussi, de se développer comme nous ? Mis à part que personne ne leur dénie ce droit bien légitime et que, même si c’était le cas, les Chinois s’en moqueraient comme de la première casquette de Mao, mis à part cela, force est de constater qu’il pourrait exister des développements plus respectueux de l’homme et de son environnement. Si l’expression de « génocide culturel » employée par le Dalaï Lama ne me plaît guère (je découvre, aujourd’hui même, qu’un journaliste congolais utilise celle de « génocide économique » pour évoquer la situation en RDC : attention aux abus de langage), si l’expression est malheureuse, Pékin n’en a pas moins ravagé la culture tibétaine, en rasant notamment l’essentiel de ses monastères, comme s’il fallait poursuivre la funeste tradition soviétique, la table rase de type Ceaucescu ou celle de la Révolution « culturelle » locale. Passons encore sur les populations chinoises chassées de leur domicile en vue des JO, exploitées de manière indigne pour que nous puissions avoir des produits à bas prix et que la croissance se poursuive. Passons enfin sur des drames moins médiatiques qui se déroulent pourtant dans le même continent, comme le martyre des hmong au Laos ou celui des Karen en Birmanie, autre dictature alliée de la Chine.

Je ne néglige pas cependant tout ce qui se passe de très positif dans ce pays à bien des égards remarquable, je n’oublie pas sa faculté d’adaptation ni le souci naissant de l’environnement, et cela malgré des actes d’une cruauté inouïe trop souvent commis envers les animaux. La Chine évolue vite, dans le bon sens du terme, et elle le fait certainement bien plus rapidement que nous ne l’avons fait nous-mêmes. Il ne s’agit donc pas de jeter l’opprobre sur ce pays capable de s’adapter, mais de rappeler seulement, aussi bien aux Chinois qu’aux Occidentaux eux-mêmes, que le développement matériel n’est pas le critère exclusif du bonheur et qu’il ne saurait remplacer l’éthique.

Je sais bien qu’il est à la mode, chez certains, notamment à droite, de brocarder les donneurs de leçons, les intellectuels déconnectés de la réalité. Le reproche, il est vrai, ne manque pas de fondement, et combien de Robin des bois de pacotille ne peuplent-ils pas les salons de la rive gauche ? Mais ceci étant dit, cette dénonciation ne suffit pas comme argument à opposer chaque fois que l’on s’émeut de voir les droits du vivant bafoués en Chine ou ailleurs. Les vrais humanistes ignorent les camps, les partis, les ethnies, les religions et les frontières.

Certes, il serait bien futile d’opposer les routes chinoises aux moines persécutés, les progrès destructeurs aux valeurs spirituelles élevées, les avides entrepreneurs aux braves autochtones, soucieux de préserver leurs traditions, ou encore la modernité à un Age d’or qui, par définition, n’a jamais existé. Je suis persuadé que la réforme viendra en grande partie de la Chine elle-même, de sa jeunesse bouillonnante et qu’elle contribuera un jour à nous faire évoluer. Mais en attendant ? Alors que nous transformons chaque année un peu plus la terre en désert, quel monde voulons-nous bâtir ?

J’entendais hier le chroniqueur économique d’Europe 1, Axel de Tarlé, évoquer la possession d’une Porsche comme un critère absolu de bonheur. Quelle pauvreté ! quelle tristesse ! me suis-je dit quand le bonheur se limite à cela, à un vulgaire bout de ferraille, alors que nous piétinons les véritables trésors de cette planète, sa richesse humaine, animale et végétale. Une fois que l’homme à satisfait ses besoins fondamentaux, une fois qu’il a pu assurer au minimum l’avenir de ses enfants et obtenir un certain confort matériel, la qualité de son existence, comme celle des nations, ne se limite pas à disposer de belles routes et de belles voitures. C’est justement cet enseignement, cette autre voix qu’essaie de nous faire entendre le Dalaï Lama avec beaucoup de nuances ; cet homme est porteur d’un message profondément humaniste, celui d’un possible développement respectueux du vivant sous toutes ses formes. Pourvu que nous sachions l’entendre, car cette sagesse-là, la richesse de cette vision du monde, sauront donner un sens à notre modernité.

Liens :Le gouvernement chinois ne semble prêt à aucune concessions comme l’observent différents analystes. Pékin attend la mort du Dalaï Lama afin de pouvoir contrôler son successeur. Les officiels chinois craignent aussi la contagion des revendications autonomistes. Voir l’article de Howard W. French dans le International Herald Tribune d’aujourd’hui.

Samedi 29 mars 2008