Lettre à Nicolas Sarkozy sur la pollution plastique de la Méditerranée, 9 juillet 2018

Nicolas Sarkozy à Crozon en 2011

Je publie aujourd’hui la lettre que, dans ma grande naïveté, j’avais écrite il y a un an à l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, imaginant que sa notoriété et ses contacts au plus haut niveau auraient permis de contribuer à la lutte contre la pollution plastique en Méditerranée.

Monsieur le président,

Avant de développer l’objet de cette lettre, je souhaiterais me présenter très brièvement. Écrivain et historien, je milite également depuis une vingtaine d’années au sein d’associations dédiées à la protection de la nature. Membre du comité de soutien à la Fondation Nicolas Hulot en 2007, j’ai défendu votre action en faveur du « Grenelle de l’environnement ».

Si je me permets de vous écrire aujourd’hui, c’est que j’ai pensé à votre projet d’une Union pour la Méditerranée que les circonstances, notamment au plan international, n’ont malheureusement pas permis de réaliser. Bien que souhaitable, ce projet ne sera certainement pas réétudié avant longtemps, du moins avant que certains problèmes majeurs tels que les conflits locaux, les menaces terroristes et l’absence d’une position européenne commune en matière d’immigration, deviennent moins aigus (et alors même qu’une telle Union eût peut-être permis de les anticiper sinon de les résoudre). En revanche, il paraît possible d’adapter votre projet à une question essentielle qui touche la Méditerranée : la pollution et, en particulier, celle des microparticules de plastique.

Je n’ai pas besoin de vous dire, Monsieur le Président, qu’il s’agit là d’un problème de première importance. De l’état de ce biotope dépend en effet une partie des ressources économiques et sociales d’un grand nombre de pays du pourtour méditerranéen, sans parler de la nécessité de préserver notre patrimoine commun pour les générations à venir. Or la situation, qui est aujourd’hui alarmante, pour ne pas dire catastrophique, requiert l’action rapide et concertée des principaux États riverains. Dans le texte de la proposition de résolution du Parlement européen n° B8-0706/201, datée du 9 janvier 2018, il est stipulé entre autres « que la Méditerranée, avec ses 17 000 espèces marines, est l’un des principaux lieux de la biodiversité mondiale » mais également « que 96 % des déchets flottants analysés en mer Méditerranée sont des matières plastiques » et « que 21 à 54 % de l’ensemble des microparticules de plastique dans le monde se trouvent dans le bassin méditerranéen ». Enfin, d’après les eurodéputés Ivan Jakovčić et Jozo Radoš, auteurs du projet de résolution, « des études récentes montrent que les poissons n’ingèrent pas les particules de plastique par accident mais les recherchent activement, avec tout ce que cela peut avoir comme incidence sur la santé humaine en matière de transfert de polluants ». A terme, l’objectif est « de bannir les sources principales de plastiques marins et de réduire les articles en plastique à usage unique ».

Étant donné les hautes fonctions que vous avez occupées, Monsieur le Président, nul n’est plus à même que vous de devenir l’ambassadeur d’une telle cause. Les relations que vous avez nouées avec les décideurs des États riverains de la Méditerranée, la réputation dont vous jouissez sur le plan international, permettraient sans nul doute d’accélérer les prises de décision des différents acteurs de cette partie du monde. Il ne s’agit évidemment pas de remplacer le travail du Parlement européen ou celui des différentes ONG, mais d’accompagner leur action, de la stimuler, de lui faire profiter de votre énergie et de votre expérience.

J’espère que vous me pardonnerez, Monsieur le Président, la liberté que je prends. Je n’ai nullement la prétention de m’ériger en conseil. Je tiens d’ailleurs à préciser que je n’attends strictement rien de cette démarche à titre personnel, pas même d’y être associé nominalement, et que ma seule motivation est l’espoir que nous puissions éviter la catastrophe annoncée menaçant ce joyau commun qu’est la Méditerranée.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

Laurent Dingli

Je suis animaliste, pas un violent brouteur d’herbe, Causeur, 5 juillet 2018

Ces clichés infondés sur les animalistes

Lettre ouverte à Gabriel Matzneff, Le Point.fr, 25 juin 2018

© Le Point.fr tous droits réservés – all rights reserved

L’historien Laurent Dingli réagit à la chronique de Gabriel Matzneff qui pointait du doigt le racisme dont les Russes sont aujourd’hui l’objet.

Par Laurent Dingli (*)

Alex Hershaft, co-fondateur du Farm Animal Rights Movement sur le lien entre Shoah et condition animale

© Jeff Fleiss – Wikimedia

“J’ai passé mon enfance dans le ghetto de Varsovie, où la quasi totalité de ma famille a péri, massacrée par les Nazis, en même temps que 350 000 autres Juifs polonais.
Les gens me demandent parfois si cette expérience génocidaire a quelque chose à voir avec mon travail pour les Animaux. Je réponds que oui. Mon histoire, mon expérience du massacre des Juifs ont eu tout à voir avec mon travail pour les Animaux.
“Plus jamais ça”. C’était, pour nous, un acte de foi. Un acte de foi de croire que notre sacrifice ne serait pas vain, que le monde serait tellement choqué par ce que l’on nous avait fait qu’il ne permettrait jamais que de telles atrocités soient à nouveau commises, se reproduisent un jour.
En 1975, lorsque j’ai émigré aux Etats-Unis, j’ai visité un abattoir. J’y ai vu des Animaux terrorisés, maltraités, soumis à d’atroces, d’horribles conditions de détention, tandis qu’ils attendaient leur mort. Tout comme les membres de ma famille assassinée dans le camp d’extermination de Treblinka. J’ai vu la même routine, la même routine de tuerie, efficace et impassible, la même qu’à Treblinka. J’ai vu des tas de coeurs, de sabots, d’entrailles, de “déchets” animaux, toutes les parties du corps “inexploitables”, soigneusement empilées, comme les tas de cheveux, de lunettes, de chaussures des Juifs, dans les camps.
Je me souviens de cette citation du célèbre écrivain yiddish Isaac B. Singer : “Pour les Animaux, tous les humains sont des Nazis. Et leur vie est un éternel Treblinka.” Et j’ai compris. Je me suis dit : “Plus jamais ça”. “Plus jamais ça” signifie ne plus JAMAIS commettre de telles violences, de telles infamies, massives, à l’égard d’autres êtres vivants. “Plus jamais ça” signifie ne plus JAMAIS élever les Animaux pour se nourrir ou pour n’importe quelle autre forme d’exploitation. C’est à ce moment-là, précis, que je suis devenu activiste pour le droit des Animaux.”

Alex Hershaft, co-fondateur et président de l'”ASBL Farm Animal Rights Movement” (USA)

Je remercie Nouchka Galili de m’avoir fait découvrir ce texte

L’Aventure Automobile – L’histoire automobile du vingtième siècle n° 3, mai-juin-juillet 2018

Entreprise dans la tourmente – Renault, Peugeot 1936-1940

Laurent Dingli, docteur en histoire, auteur en 2000 d’un portrait très complet de Louis Renault, (Flammarion), animateur du formidable site consacré au fondateur de la marque de Billancourt (louisrenault.com), publie en ce début d’année 2018 une nouvelle et passionnante étude. Durant quatre années Renault et Peugeot vivent des événements politiques et sociaux qui bouleversent leurs fonctionnements traditionnels de constructeur automobile, et les efforts à la mobilisation en faveur de la défense nationale. Sur ce dernier point, l’auteur détaille d’une façon extrêmement précise et documentée les différents acteurs présents, la terrible impréparation des entreprises, d’ailleurs très aidée sur ce point par les atermoiements du gouvernement, ainsi que les décideurs militaires face aux forces du Reich de plus en plus menaçantes. C’est aussi l’occasion de rappeler une nouvelle fois que si François Lehideux encourage l’activisme prôné par le Parti Populaire Français de Jacques Doriot et le Parti Social Français de François de La Rocque au sein de l’île Seguin, Louis Renault (1877-1944) maintient une position de légaliste républicain, en condamnant vivement ce militantisme d’extrême droite prôné par son neveu par alliance. Par ailleurs, contrairement à une idée trop répandue, c’est bien la déficience des sous-traitants qui va freiner son désir de fabriquer toujours plus de matériels de combats, et non le désir de continuer la production des Novaquatre ! Laurent Dingli met également en scène deux personnages importants pour le récit, Louis Renault, un pragmatique athée de Boulogne-Billancourt, et Jean-Pierre Peugeot (1896-1966) et ses proches, des luthériens provinciaux, qui forcément ne réagissent pas de la même façon dans une période aussi troublée. En lisant l’ouvrage on ressent, dans la narration des événements, une part plus conséquente consacrée au dossier Renault, mais cela ne doit pas être imputé à l’auteur. En effet, si les archives du constructeur au losange ont permis l’ouverture de 40 000 documents sur la période de l’Occupation, les responsables du Groupe PSA n’ont pas donné suite à cette demande sur les années 1939-1945, préférant la confier à quelques personnes travaillant avec le Fond de Dotation maison ! Par bonheur, Laurent Dingli a pu combler ce refus via d’autres archives, mais ce dernier ajoute non sans malice : “il s’agit manifestement d’une confusion entre histoire et communication d’entreprise”.

Entreprises dans la tourmente – Renault, Peugeot 1936-1940, Presses Universitaires François-Rabelais, Collection Perspectives historiques

 

“Un témoignage inédit sur la persécution des juifs d’Europe”, Vingtième siècle, n° 138, avril-juin 2018, p. 157-173

Bonjour à tous et à toutes,

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon dernier article “Un témoignage inédit sur la persécution des juifs d’Europe” dans le numéro 138 d’avril-juin de la revue Vingtième siècle. Il s’agit de l’analyse d’un témoignage sur la déportation des juifs dans le camp de Nisko en Pologne organisée par Adolf Eichmann à l’automne 1939.

Je profite de l’occasion pour remercier une nouvelle fois Christopher R. Browning pour ses précieux commentaires, ainsi que Diane Afoumado, Daniel Catan, Gilles Morin et Annette Wieviorka pour leurs conseils

Disponible en librairie à partir du 19 avril 2018

Laurent Dingli, Entreprises dans la tourmente – Renault, Peugeot (1936-1940), PUFR, 2018

Présentation de l’éditeur : Mai 1936 – Juin 1940 : rarement l’industrie française aura traversé une période aussi tumultueuse qu’au cours des années qui séparent la victoire du Front populaire de ” l’étrange défaite “. Pendant ces quatre années, les entreprises vécurent au rythme haletant des conflits politiques et sociaux, de la modernisation des usines, des grèves et des impératifs de la défense nationale. A travers le cas de deux grandes sociétés automobiles – Renault et Peugeot –, cet ouvrage d’histoire sociale et industrielle évoque la manière dont les entreprises françaises ont tenté de s’adapter aux réformes de 1936 tout en forgeant l’outil industriel capable de riposter à une agression nazie.
En abordant l’évolution de la condition ouvrière, les grands mouvements sociaux, le défi des quarante heures, la production d’armement et l’organisation de l’industrie de guerre, Laurent Dingli retrace l’histoire des deux entreprises de l’avènement du Front populaire à la défaite militaire de juin 1940.

Laurent Dingli, Entreprises dans la tourmente – Renault, Peugeot (1936-1940), Presses universitaires François Rabelais, Tours, 2018

Erratum : p. 318, lire “des milliers d’ouvriers” et non pas des “dizaines de milliers d’ouvriers”. Laurent Dingli, 25 mars 2018. Dernière mise à jour : 25 mars 2018.

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